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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108266

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108266

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 septembre 2021 et 14 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite du 8 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Créteil a rejeté son recours dirigé contre la décision du 8 juin 2021 par laquelle la même autorité lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, à défaut d'une part pour l'Office de justifier de l'avoir informé au préalable et dans une langue qu'il comprend, qu'une offre de prise en charge pouvait lui être proposée ainsi que des modalités de refus et de réouverture des conditions matérielles d'accueil, et d'autre part en l'absence d'entretien préalable permettant d'évaluer sa situation de vulnérabilité, notamment au regard de l'épilepsie dont il souffre ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, M. B ayant enregistré sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France sans motif légitime, l'Office était en situation de compétence liée pour refuser de lui attribuer les conditions matérielles d'accueil ;

- à titre subsidiaire, les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 novembre 2022 à 12 h 00.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2108263 du 27 septembre 2021 du tribunal administratif de Melun.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant afghan né le 15 février 1995, a sollicité l'asile le 8 juin 2021 et a été placé en procédure accélérée. Le même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire le 8 juillet 2021 à l'encontre de cette décision de refus. Du silence gardé sur ce recours est née, le 8 septembre 2021, une décision implicite de rejet, dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de [quatre-vingt-dix jours] prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

4. Par une décision du 8 juin 2021, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire, adressé par courriel du 8 juillet 2021 à l'OFII, lequel ne conteste pas en avoir été destinataire. Le silence de l'OFII a ainsi fait naître une décision implicite de rejet le 8 septembre 2021. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dirigées contre la décision du 8 juin 2021 doivent ainsi être regardées comme dirigées contre la décision implicite de rejet de l'OFII qui s'y est substituée après l'exercice de son recours administratif préalable obligatoire prévue aux dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ladite décision implicite de rejet de l'office née le 8 septembre 2021 du silence gardé sur le recours dont il a été saisi, doit être regardée comme fondée sur le même motif que celui de la décision initiale.

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII à Créteil s'est fondé sur le motif tiré de ce que celui-ci avait présenté, sans motif légitime, sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. M. B se prévaut de sa situation de vulnérabilité, constituée par sa précarité et son état de santé, souffrant d'épilepsie et faisant l'objet d'un suivi médical régulier au titre de cette pathologie, ainsi qu'il ressort des documents médicaux datés du 5 juillet 2021 et transmis par le requérant à l'OFII à l'appui de son recours administratif préalable obligatoire. En outre, il ressort des éléments transmis en défense qu'à la suite de son recours administratif préalable obligatoire formé le 8 juillet 2021, M. B, qui avait fait l'objet d'un entretien le 8 juin 2021, a été convoqué pour un entretien de réexamen de sa vulnérabilité le 20 septembre 2021, à l'issue duquel la situation de vulnérabilité de niveau 2 a été reconnue, correspondant à une priorité d'hébergement pour raisons de santé, puis le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été accordé par l'OFII à compter du 23 septembre 2021. Alors même que ces éléments sont postérieurs à la décision attaquée, ils sont de nature à révéler une situation de fait préexistant à l'édiction de la décision litigieuse. Dans ces conditions, la situation particulière de vulnérabilité de M. B doit être regardée comme étant établie à la date de la décision attaquée, justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être annulée.

6. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite née le 8 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII à Créteil a rejeté son recours dirigé contre la décision du 8 juin 2021 par laquelle la même autorité lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement l'octroi, par l'OFII, du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B du 8 juin au 22 septembre 2021 inclus, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte réclamée.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. () ".

10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jaslet, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Jaslet de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Créteil du 8 septembre 2021 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, sous réserve de changement des circonstances de droit et de fait, du 8 juin au 22 septembre 2021 inclus, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Jaslet une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Jaslet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

M. DLa greffière,

L. LE GRALL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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