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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108315

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108315

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Stoffaneller, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou un titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 février 2022 à 12 h 00.

Un mémoire a été enregistré pour Mme A le 15 mai 2023 et n'a pas été communiqué.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la Convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- et les observations de Me Stoffaneller, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante sénégalaise née le 4 avril 1985, est entrée régulièrement en France le 1er février 2017. Elle a donné naissance à un enfant le 8 avril 2018, puis en novembre 2018, ses deux enfants aînés, de nationalité sénégalaise, l'ont rejointe. Le 19 avril 2021, Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 juin 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que sont mentionnés les différents éléments tenant à la situation personnelle et familiale de Mme A depuis son entrée en France. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée comporte les considérations de fait, de manière circonstanciée et non stéréotypée, qui en constituent les fondements, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation en fait doit être écarté.

4. En deuxième lieu, et contrairement à ce que soutient la requérante, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet s'est livré à un examen de sa situation, au vu des éléments dont il avait connaissance, de sorte que le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation particulière est infondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que, pour refuser le droit au séjour de Mme A, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur les motifs tirés de son entrée récente sur le territoire, de son maintien en situation irrégulière, son absence d'hébergement stable et de revenus et des solides attaches dont elle dispose dans son pays d'origine ainsi que la possibilité pour la cellule familiale de s'y reconstituer. Si la requérante fait état de la scolarisation de ses trois enfants présents sur le territoire ainsi que son absence de revenus en raison de l'absence d'autorisation de travailler, elle ne remet pas en cause l'exactitude de ces motifs, tels que mentionnés par le préfet dans la décision attaquée, de sorte que celle-ci n'est pas entachée d'erreur de fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France en 2017, s'y est maintenue depuis lors et n'a sollicité la régularisation de sa situation que le 19 avril 2021, qu'elle a donné naissance à un enfant le 8 avril 2018 et que deux de ses enfants de nationalité sénégalaise, nés les 15 mai 2002 et 12 avril 2006, l'ont rejoint en France au mois de novembre 2018. Il est également constant que la requérante, dépourvue de ressources, et ses enfants sont placés, à la date de la décision attaquée, en hébergement d'urgence depuis le 21 juin 2018. Mme A soutient avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés. Or, la présence de ses trois enfants et leur scolarisation, circonstance constante, est insuffisante, à elle seule, à établir que Mme A dispose d'attaches stables, anciennes et intenses en France. En outre, arrivée récemment sur le territoire, à l'âge de 32 ans, la requérante a vécu la majeure partie de son existence au Sénégal, où résident ses parents ainsi que ses deux autres enfants, au surplus mineurs. Dans ces conditions, la légalité de la décision attaquée s'appréciant à la date de son édiction, Mme A n'établit pas que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et, par suite, méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Au regard du jeune âge de l'enfant de Mme A né en 2018 et de la brièveté du séjour de ses deux autres enfants en France, l'aîné ayant au demeurant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 23 février 2021, la cellule familiale de Mme A pourrait se reconstituer au Sénégal. A cet égard, l'exécution de la décision attaquée n'aurait pas pour effet de séparer Mme A de ses enfants, et ces derniers pourraient en outre poursuivre leur scolarité au Sénégal. Dans ces conditions, la décision attaquée, à la date de son édiction, ne porte aucune atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de Mme A et, par suite, ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, et eu égard à l'absence de toute démarche d'insertion socio-professionnelle de la part de Mme A à la date de la décision attaquée, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une appréciation manifestement erronée sur sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A dirigées contre la décision de refus opposée à son droit au séjour sont rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, et en l'absence de tout autre élément particulier invoqué par la requérante, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée, doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 juin 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Seine-et-Marne et à Me Stoffaneller.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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