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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108591

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108591

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantTHISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Thisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 27 mai 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " étranger malade " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir, portant autorisation de travail, à renouveler jusqu'au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de la préfète du Val-de-Marne le versement à son conseil,

Me Thisse, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à ce titre, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à ce titre, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à ce titre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et à ce titre entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les éléments de la procédure ont été communiqués à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 13 juin 1963 à

Kinshasa (Congo), déclare être entré en France le 22 août 2005, sans justifier de la date et des conditions de son arrivée sur le territoire, et s'y maintenir sans discontinuer depuis lors. Sa demande d'admission au bénéfice de l'asile a été rejetée le 21 octobre 2005, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 avril 2006. Par ailleurs, il a été titulaire, sur la période du 29 août 2012 au 11 juillet 2014, de titres de séjour temporaires pour raisons médicales. Le 2 mars 2016, le préfet du Val-de-Marne a pris à son encontre un arrêté de refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été

confirmée par le tribunal administratif de Melun le 10 octobre 2017. Le 16 mars 2021, M. B a sollicité la régularisation de sa situation administrative sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 27 mai 2021 la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture, délégation " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l'Etat et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de renouvellement ou de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Le préfet n'était, dès lors, pas tenu de statuer sur le droit de M. B à séjourner en France à un autre titre que celui qui était invoqué. Or il n'est pas établi, par les pièces produites, que l'intéressé aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage de la motivation de la décision attaquée portant refus de titre de séjour que le préfet ait examiné d'office si l'intéressé était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de cet article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B soutient que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 précité, dès lors qu'il réside en France depuis le 22 août 2005. Toutefois, si son séjour est justifié à partir de 2012 ainsi que la préfète le reconnaît dans sa décision, l'intéressé est arrivé en France à l'âge de 42 ans. Par ailleurs, il est célibataire sans charge de famille sur le territoire national et ne démontre pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident encore trois des membres de sa famille selon ses propres déclarations. Enfin, il ne se prévaut d'aucune attache particulière sur le territoire national ni ne justifie d'une réelle insertion professionnelle sur l'ensemble de la durée de séjour alléguée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Et l'article L. 435-1 du même code précise : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance d'un des titres de séjour cités à cet article auxquels il envisage de refuser ce titre, et non de celui de tous les étrangers qui demandent la délivrance d'un de ces titres de séjour.

7. Si M. B soutient qu'il réside sur le territoire français depuis le 22 août 2005, date de son entrée sur le territoire français, il n'établit pas, par les documents qu'il produit, une durée de présence continue durant au moins dix ans à la date de la décision attaquée, notamment eu égard à l'absence de tout document pour l'année 2011. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, et par adoption des motifs mentionnés au point 5 ci-dessus, le moyen soulevé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne pourra qu'être écarté.

10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle que sa demande d'asile a été rejetée le 21 octobre 2005, décision confirmée par la CNDA le 28 avril 2006. Elle précise également que le requérant n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées ou exposées à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays à destination duquel le requérant est susceptible d'être reconduit doit être écarté comme manquant en fait.

13. En second lieu, si M. B fait valoir qu'il encourt un risque en retournant au Congo, il ne définit pas de manière suffisamment probante le risque encouru et ne présente à l'appui de ses dires aucun document permettant de les définir, alors que la CNDA a rejeté son recours contre sa décision de refus d'asile le 28 avril 2006. Dans ces conditions, le requérant ne peut être considéré comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la préfète du Val-de-Marne n'a méconnu ni les stipulations précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

D. Israël

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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