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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108710

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108710

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2021 sous le n° 2108710, Mme K, demeurant 2 rue d'Anjou à Chevilly-Larue (94550), représenté par Me Gonzalez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 août 2021 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Mme G soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'absence ou d'insuffisance de motivation en droit et en fait en violation de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration en ce que sa motivation est stéréotypée ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle tente de régulariser sa situation depuis le mois de juillet et qu'elle s'est vu délivrer un rendez-vous pour le 6 octobre 2021 à 9 heures en vue de déposer son dossier de demande de titre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses liens affectifs et familiaux en France ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle risque des traitements inhumains et dégradants en raison des fonctions de magistrat exercées par son conjoint en Colombie ;

- elle viole les articles 3, 9 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ; de plus, l'arrêté contesté ne viole pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par trois mémoires en réplique, enregistrés les 6 octobre 2021 et 24 août 2022, Mme G porte le montant réclamé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à 2 000 euros et soutient, de plus, que le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 26 août 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er septembre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Laurent, substituant Me Gonzalez, représentant Mme G, requérante présente qui comprend et parle le français sans avoir besoin d'un interprète, qui reprend les conclusions de ses écritures par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que Mme G a été contrainte de fuir la Colombie du fait des menaces de mort proférées par un groupe de narco-trafiquants à l'encontre de son époux, magistrat colombien, et de sa famille ; elle vit en France avec son époux, son fils mineur, son frère et son père et justifie donc d'une vie privée et familiale intense en France ; l'arrêté porte également atteinte à l'intérêt supérieur de son fils arrivé en France à l'âge de 7 ans maintenant âgé de 10 ans et qui a désormais une perspective d'avenir en France ; sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA en février 2021 puis par la CNDA en juillet 2021, mais pas sur le fond ; elle a par la suite, en octobre 2021, sollicité la régularisation de sa situation par la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " en remettant un dossier de demande complet qui est toujours en cours d'instruction ; la demande d'asile de son époux est toujours en cours d'examen ; diplômée en ingénierie-agroalimentaire, elle disposait d'une situation sociale confortable en Colombie ; arrivée en France, elle a dû faire des ménages même si elle ne peut pas travailler pour le moment car elle a été accidentée.

Le préfet de police de Paris n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°() " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "

2. Par un arrêté en date du 26 août 2021, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé Mme K, ressortissante colombienne née le 10 mars 1994, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par la requête susvisée, Mme G demande l'annulation de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à Mme G de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment son article L. 611-1, et précise que la demande d'asile de la requérante a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 8 février 2021 notifiée le 16 février suivant et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 22 juillet 2021. L'arrêté indique également que Mme G est entrée en France le 1er novembre 2019 selon ses déclarations et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules types, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

4. En deuxième lieu, Mme G soutient que la mesure d'éloignement est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle tente de régulariser sa situation depuis le mois de juillet et qu'elle s'est vu délivrer un rendez-vous pour le 6 octobre 2021 à 9 heures en vue de déposer son dossier de demande de titre. Toutefois, cette circonstance est postérieure à l'arrêté attaqué qui a été pris le 26 août 2021 et ne peut donc être utilement être invoquée pour en contester la légalité. Au surplus, en application des dispositions des articles R* 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquels le silence gardé par l'autorité administrative pendant plus de quatre mois vaut décision implicite de rejet, une décision défavorable est née en février 2022.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Mme G soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, il n'est pas contesté que, d'une part, elle n'est arrivée en France qu'en novembre 2019 ; d'autre part, il est constant que la durée du séjour de la requérante sur le territoire national n'est que la résultante de la durée d'examen de sa demande d'asile par les instances compétentes et ne lui créée, par elle-même, aucun droit. De plus, si la requérante se prévaut de la présence en France de son père, M. F D, et de son frère, M. I G, la seule présence en France de ces personnes, dont la régularité du séjour en France n'est au demeurant pas alléguée, ne suffit pas à démontrer que la requérante, qui est majeure et est âgée de 27 ans à la date de l'arrêté litigieux, aurait établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Au surplus, il résulte de l'instruction que les demandes d'asile du père et du frère de la requérante ont été rejetées par décision de l'OFPRA du 8 février 2021 et que ce rejet a été confirmé par la CNDA le 22 juillet suivant, en même temps d'ailleurs que le rejet de la demande d'asile de Mme G. Quant au conjoint de la requérante, M. B J, il a vu sa demande d'asile du 10 janvier 2022 être rejetée par l'OFPRA le 20 juin 2022. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la requérante, dont tous les membres de sa famille sont en situation irrégulière, reconstitue sa cellule familiale en Colombie ou dans le pays de son choix. Quant à son fils mineur, le jeune A H né le 7 novembre 2011 en Colombie, rien ne s'oppose à ce qu'il suive sa mère. En outre, la requérante ne démontre ni même n'allègue aucune insertion, notamment professionnelle. Enfin, il n'est pas démontré que Mme G est dépourvue de solides attaches en Colombie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Il résulte de ce qui précède qu'en prenant l'arrêté litigieux, le préfet n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme G ; par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

6. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, le préfet n'a pas non plus entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation personnelle et familiale de la requérante.

7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En outre, aux termes de l'article 16 de ladite convention des droits de l'enfant: " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

8. Mme G soulève la violation des stipulations précédentes en soutenant que son fils est scolarisé en France depuis son arrivée en France et que le séparer de sa mère, unique parent présent sur le territoire français, est nécessairement contraire à son intérêt supérieur. Or, d'une part, rien ne s'oppose à ce que le jeune A suive sa mère et son père, tous deux en situation irrégulière en France suite au rejet de leur demande d'asile, dans son pays d'origine ; par suite, la mesure d'éloignement n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la requérante de son fils ; d'autre part, il n'est pas démontré, ni même d'ailleurs allégué, que le jeune A ne pourra pas poursuivre sa scolarité en Colombie, de telle sorte que l'obligation faite à sa mère de quitter le territoire français n'a ni pour objet, ni pour effet de le priver d'instruction scolaire. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme infondé.

9. En cinquième lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Elles ne peuvent donc être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre une mesure d'éloignement.

10. En dernier lieu, En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " D'une part, Mme G ne saurait utilement invoquer de telles stipulations à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, décision qui ne fixe pas en elle-même le pays de destination.

11. D'autre part, à supposer qu'un tel moyen puisse être redirigé contre la décision fixant le pays à destination duquel la requérante est éloignée d'office, l'intéressée ne démontre pas de manière probante qu'elle serait directement et personnellement exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Si elle fait valoir que sa vie est menacée en cas de retour en Colombie du fait des agissements de narco-trafiquants qui s'en sont pris à sa famille eu égard aux activités de magistrat de son époux, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme G a été rejetée par l'OFPRA le 8 février 2021, rejet confirmé par la CNDA le 22 juillet suivant, et la requérante n'apporte toujours aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas déjà prononcées. Il en est d'ailleurs de même pour les demandes d'asile de son père et de son frère, rejetées aux mêmes dates, ainsi que de la demande d'asile de son époux également rejetée par l'OFPRA le 20 juin 2022 qui n'a pas jugé très crédibles les menaces dont lui et sa famille auraient fait l'objet. Il ressort en effet de la lecture de toutes ces décisions que les menaces de mort de la part des narco-trafiquants ou la tentative d'enlèvement du fils de la requérante sont floues, non étayées d'éléments probants et non circonstanciées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 26 août 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles relatives aux entiers dépens, la présente instance n'ayant en tout état de cause donné lieu à aucun dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme K et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : C. CLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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