vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108714 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PHILOUZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire, enregistrés respectivement le 24 septembre 2021 et le 9 février 2022 sous le n° 2108714, M. D F, demeurant 115 avenue de Paris à Saint-Mandé (94160), représenté par Me Philouze, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 septembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. F soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît son droit d'être entendu et le principe du contradictoire garantis par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle viole les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il présente des garanties de représentation suffisantes ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle viole l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code ;
- elle viole l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne du 23 septembre 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er septembre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :
- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;
- les observations de Me Gaussères, substituant Me Philouze, représentant M. F, requérant présent qui comprend et parle le français sans avoir besoin d'un interprète, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut de motivation qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ; il dispose en effet de solides attaches en France, à savoir sa mère en situation régulière puisqu'elle dispose d'un titre de séjour et son frère qui est de nationalité française ; ceux-ci sont d'ailleurs présents à l'audience ; de plus, son père est décédé et est enterré en France ; sa vie privée et familiale se situe donc en France depuis son entrée sur le territoire français en 2008, même s'il ne peut justifier de sa résidence habituelle par des pièces probantes que depuis 2015 ; l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans est disproportionnée compte tenu de ses attaches familiales en France et de ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, étant inconnu des services de police et de justice ; de même, elle est illégale car la préfète n'a pas pris en compte les quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La préfète du Val-de-Marne, défendeur, n'est ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 23 septembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D F, ressortissant marocain né le 27 mai 1975, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. F demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions attaquées à l'exception de l'interdiction de retour sur le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
4. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. F de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français en juin 2008 et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; l'arrêté précise aussi qu'il est célibataire, sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux avec la France ne sont pas intenses et stables eu égard à sa date d'entrée sur le territoire français en juin 2008 ; la préfète en conclut qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale du requérant qui n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que la décision litigieuse ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également les articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. F a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 3 août 2017 notifiée le même jour ; par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.
6. Enfin, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de M. F, en l'espèce marocaine, et mentionne que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ni y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à caractériser une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
7. En deuxième lieu, il résulte notamment de la motivation de l'arrêté préfectoral litigieux que le préfet s'est livré à un examen suffisant de la situation de M. F avant de prendre à son encontre les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant devra être écarté comme infondé.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. F soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, sa durée de présence depuis sa date d'entrée alléguée en France en 2008 n'est pas démontrée par les pièces du dossier, sa résidence habituelle ne pouvant être considérée comme établie par des éléments probants qu'à compter de l'année 2015 ; de plus, il n'est pas contesté que le requérant est célibataire sans charge de famille en France ; s'il se prévaut de la présence en France de sa mère, Mme A F, qui est en situation régulière car titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en 2022 et chez qui il réside, et de son frère, M. H F, de nationalité française comme le prouve sa carte nationale d'identité, cette circonstance n'est pas en elle-même de nature à établir que le requérant, qui est majeur et avait 46 ans à la date de l'arrêté litigieux, a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux ; il en est de même en ce qui concerne les attestations de ses amis, M. C B et Mlle E I. En outre, M. F ne démontre ni même n'allègue aucune insertion, notamment professionnelle, depuis son entrée alléguée en France en 2008. Enfin, malgré la présence en France de sa mère et de son frère et le décès de son père en 2020, il ne démontre pas, faute d'établir n'avoir qu'un frère, être isolé dans son pays d'origine qu'il a quitté selon ses déclarations à l'âge de 33 ans. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
9. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, la préfète n'a pas non plus entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation quant à la situation du requérant.
10. En quatrième lieu, M. F soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.
11. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. F décrite au point 10, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé.
En ce qui concerne les moyens spécifiques relatifs au refus de délai de départ volontaire et à la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en est le fondement.
13. En deuxième lieu, si M. F soutient que le refus de délai de départ volontaire viole les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il présente des garanties de représentation suffisantes, il n'est toutefois pas contesté qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 3 août 2017 notifiée le même jour sur laquelle il est totalement muet et à laquelle il s'est visiblement soustrait ; par suite, en application du 5° de l'article L. 612-3 précité, c'est à bon droit que la préfète a pu estimer que le risque de soustraction était caractérisé ; par suite, le refus de délai de départ volontaire est fondé.
En ce qui concerne les moyens relatifs à l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
15. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
16. Il résulte de la situation personnelle et familiale de M. F décrite au point 8 que celui-ci établit résider habituellement en France depuis 2015, soit depuis 6 ans à la date de l'arrêté litigieux, et qu'il dispose en France de sa mère en situation régulière et chez laquelle il réside, ainsi que de son frère de nationalité française. De plus, le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public puisqu'il n'est pas contesté qu'il est inconnu des services de police et de justice. Par suite, si le principe d'une interdiction de retour sur le territoire français assortissant l'obligation de quitter ce même territoire n'est pas illégal, sa durée de trois ans, qui correspond à la durée maximale de ce genre de mesure, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même l'intéressé est célibataire sans charge de famille, ne travaille pas et s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement notifiée en août 2017. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens relatifs à l'interdiction de retour, celle-ci doit être annulée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté préfectoral du 23 septembre 2021 doit être annulé uniquement en ce qu'il fixe la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de M. F à trois ans.
Sur les conclusions accessoires :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "
19. Compte tenu du motif d'annulation partielle retenue suspension retenu, il convient d'enjoindre seulement à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la situation de M. F au regard de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il est susceptible de faire l'objet dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
21. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du caractère très partiel de l'annulation retenue au point 17, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La décision en date du 23 septembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a interdit à M. F de retourner sur le territoire français en tant qu'elle fixe la durée de cette interdiction à trois ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la situation de M. F au regard de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il est susceptible de faire l'objet dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : C. GLa greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
N°2108714
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026