lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2108746 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | STEPHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 24 septembre 2021, la présidente de la 9ème chambre du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 18 septembre 2021, par laquelle M. B D, demeurant 88 rue Fortoiseau à Dammarie-les-Lys (77190), demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la communication de l'ensemble de son dossier sur lequel la préfecture a fondé son arrêté ;
3°) d'annuler l'arrêté en date du 16 septembre 2021 par lequel le préfet de la Savoie :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Par un mémoire et des pièces, enregistrés le 1er février 2022, M. D, représenté par Me Stephan, conclut aux mêmes fins que sa requête en portant à 1 200 euros le montant de la somme demandée au titre des frais irrépétibles.
M. D soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle :
En ce qui concerne spécifiquement l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de sa signataire, Mme C A ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne spécifiquement le refus de délai de départ volontaire :
- il viole le principe du contradictoire garanti à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il viole les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il dispose d'un passeport en cours de validité et d'un hébergement et qu'il a introduit une demande de titre de séjour le 15 septembre 2021 ; enfin, son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
En ce qui concerne spécifiquement l'interdiction de retour :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- elle viole le principe du contradictoire prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle viole les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne spécifiquement la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet de la Savoie en date du 16 septembre 2021 ;
- la pièce, enregistrée le 18 août 2022, présentées par le préfet de la Savoie ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 15 septembre 2022 en présence de Mme Darly, greffière d'audience :
- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;
- les observations de Me Stephan, représentant M. D, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en demandant, de plus, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer le temps de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et en soutenant, en outre, qu'il est arrivé en France en 2013 accompagné de sa fille qui avait besoin de soins médicaux en raison d'une grave maladie génétique ; il a d'ailleurs un titre de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade jusqu'en 2019 qui n'a plus été renouvelé à compter de cette date ; il a alors sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, puisqu'il est en contrat à durée indéterminée depuis novembre 2018 ; sa demande aurait été classée sans suite en août 2021 et il a alors sollicité à nouveau un titre de séjour le 15 septembre 2021 ; l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation puisque le préfet de la Savoie ne fait nullement mention de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour de 2019 ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation eu égard à sa durée de présence en France depuis 2013, dont 6 ans jusqu'en 2019 en situation régulière, et à son insertion professionnelle depuis 2018 ; enfin, sa fille est retournée vivre en Tunisie mais elle effectue de fréquents déplacements en France dans le cadre du suivi de sa pathologie ; le risque de fuite allégué pour fonder le refus de délai de départ volontaire n'est pas établi puisqu'il dispose d'une adresse stable, est inséré professionnellement et a ses papiers d'identité ; de plus, il n'a pas déclaré vouloir faire obstacle à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ; l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée sur les 4 critères de l'article L. 312-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; de plus, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Le préfet de la Savoie n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 16 septembre 2021, le préfet de la Savoie a, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. B D, ressortissant tunisien né le 1er janvier 1975 à Annaba, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. " M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 19 janvier 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions tendant à la production, par l'administration, de l'entier dossier de M. D :
4. Aux termes de l'article L. 613-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II. " L'affaire est en état d'être jugée ; le principe du contradictoire a été respecté ; il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
5. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté du 30 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le 31 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
7. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français puisqu'il comporte pas moins de 16 considérants sur trois pages, vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 3° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour par décision du préfet de Seine-et-Marne du 14 février 2019 notifiée le 16 ; l'arrêté précise également que le requérant ne démontre ni vie privée et familiale insérée dans la durée en France, ni insertion sociale ou professionnelle particulière. Il est également fait mention de ce qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays où résident sa femme et ses enfants. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 612-2 et les 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. D a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français notifiée le 16 février 2019 à laquelle il s'est soustrait ; l'arrêté indique également que l'intéressé ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il est hébergé à titre gratuit ; il en résulte qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.
9. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité de M. D, en l'espèce tunisienne, et mentionne que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ni y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à caractériser une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
10. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
11. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. D de retour sur le territoire français pour une durée d'un an puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 précités, mentionne que l'intéressé ne démontre pas de vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, et indique qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 16 février 2019. L'arrêté précise également que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière pouvant justifier qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée à son encontre et qu'il ressort de sa situation qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que le préfet n'a pas pris en compte les quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.
13. En troisième lieu, il ressort tant des termes de l'arrêté attaqué, qui comporte pas moins de 16 considérants sur trois pages et détaille les éléments relatifs à la situation du requérant, que de sa motivation décrite aux points précédents que le préfet a suffisamment examinée la situation de M. D avant de prendre à son encontre les décisions contestées. Si l'intéressé fait valoir que ce défaut d'examen ressort notamment de ce que l'arrêté est muet sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée en 2019 et toujours en cours, il ressort des dispositions des articles R* 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature en vigueur jusqu'au 1er mai 2021, qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur cette demande ; par suite, c'est à tort que l'intéressé invoque une demande de titre en cours d'instruction pour démontrer le défaut d'examen de sa situation.
14. En quatrième lieu, M. D soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.
15. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. D, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. D soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, sa durée de présence habituelle en France n'est établie que depuis 2015 ; au demeurant, l'intéressé a fait l'objet de deux refus de titre, l'un explicite le 14 février 2019 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en tant que parent accompagnant un enfant mineur malade, l'autre implicite né du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée en 2019. De plus, la circonstance selon laquelle il demeure en France avec sa fille née en octobre 2008 n'est pas suffisante pour démontrer qu'il y aurait établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux dans la mesure où cette dernière fait des allers-retours réguliers entre la France et la Tunisie où réside sa mère et sa fratrie. En outre, l'insertion professionnelle du requérant n'est établie qu'à compter de mars 2021, date de son contrat de travail à durée indéterminée avec la société Opti Fibre 34, et non depuis 2018 comme le soutient le requérant, aucune feuille de paye n'étant produite au titre des années 2018 à 2020. Enfin, M. D n'est pas dépourvu de solides attaches en Tunisie où résident sa femme et ses autres enfants et qu'il a quitté à l'âge de 38 ans pour accompagner l'une de ses filles malade qui avait besoin de soins en France, et non pour s'y établir de façon durable. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
17. En deuxième lieu, et pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas davantage entaché l'obligation de quitter le territoire français d'erreur manifeste d'appréciation.
18. En troisième lieu, si M. D fait valoir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement tant que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour était toujours en cours d'examen, il résulte de ce qui a été développé au point 12 que cette demande a fait l'objet d'un rejet implicite en application des dispositions des articles R* 311-12 et R. 311-12-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature en vigueur jusqu'au 1er mai 2021, du fait du silence gardé pendant quatre mois par l'administration sur cette demande, soit au plus tard fin 2019. Si l'intéressé se prévaut également de ce qu'il a introduit une demande de titre de séjour le 15 septembre 2021 en préfecture de Seine-et-Marne et que sa demande est toujours en cours d'instruction, cette circonstance ne saurait faire obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur un précédent refus de titre.
En ce qui concerne le moyen spécifique au refus de délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, M. D soutient que le refus de départ volontaire viole les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il dispose d'un passeport en cours de validité et d'un hébergement, justifiant ainsi de garanties de représentation suffisantes. Toutefois, il n'est pas contesté que l'intéressé s'est également soustrait à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 16 février 2019. Ainsi, quelles que soient les garanties du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que puisse présenter le requérant, le préfet était fondé à estimer que le risque de fuite était démontré en vertu du 5° du même article, c'est-à-dire compte tenu de la soustraction à une précédente obligation de quitter le territoire français, laquelle a au surplus été validée par le tribunal de céans par décision du 12 mai 2021.
20. En deuxième lieu, si le requérant soutient que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la décision en cause dès lors que le préfet n'a pas fondé son refus de délai de départ volontaire sur la menace à l'ordre public.
21. En troisième lieu, si l'intéressé fait valoir qu'il dispose de solides garanties de représentation puisqu'il a une adresse stable, des papiers d'identité et n'a pas déclaré vouloir faire obstacle à l'exécution de la présente mesure d'éloignement, il n'est pas contesté qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français notifiée le 16 février 2019 ; par suite, les éléments invoqués par l'intéressé peuvent être neutralisés par cette soustraction volontaire à une précédente mesure d'éloignement.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
23. En deuxième lieu, la durée de présence habituelle de l'intéressé en France n'est démontrée que depuis 2015 ; de plus, ses attaches familiales en France sont faibles voire inexistantes, sa fille mineure effectuant de fréquents allers-retours vers la Tunisie où résident sa mère et sa fratrie ; enfin, l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement validée par le tribunal de céans. Ainsi, et quand bien même le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. Il en résulte que le moyen tiré de la violation des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme infondé.
24. En troisième lieu, pour les mêmes raisons, la durée d'un an de cette interdiction n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :
25. Il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 16 septembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Savoie.
Lu en audience publique le 26 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
C. ELa greffière,
F. Darly
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie , en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2108746
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026