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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108941

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108941

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 28 septembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 16 août 2021, par laquelle M. I E, demeurant 33 rue Thimonier à Villeneuve-Saint-Georges (94190), demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 15 août 2021 par lequel le préfet de police de Paris :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ; et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine qui suivra la notification du jugement et sous les mêmes conditions d'astreinte.

Par un mémoire en date du 21 mars 2022, M. E, représenté par Me Sarfati, conclut aux mêmes que la requête en demandant, de plus, d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris en date du 15 août 2021 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois et de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à la non-prise en considération de sa double nationalité ;

- elle viole les dispositions des articles L. 231-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure d'éloignement sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- la décision limitant à trente jours son délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques de persécution en cas de retour en Guinée, raisons pour lesquelles il a sollicité l'asile ;

- elle viole les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle viole l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en violation de l'article L. 612-6 du même code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les arrêtés litigieux du préfet de police de Paris en date du 15 août 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. J pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 15 septembre 2022 en présence de Mme Darly, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni M. E, requérant, ni le préfet de police de Paris, défendeur, ne sont présents ou représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un premier arrêté en date du 15 août 2021 notifié à 13 heures, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. I E, ressortissant algérien né le 8 septembre 1978 à Sétif, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination. Par un second arrêté du même jour, la même autorité administrative l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. Par la requête susvisée, enregistrée le 16 août, M. E demande l'annulation des décisions contenues dans ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, l'arrêté contesté a été signé par M. G F, attaché d'administration de l'Etat, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020-00508 du 16 juin 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer, notamment, les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination ainsi que les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. E de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant est dépourvu de documents de voyage, qu'il ne peut justifier de son entrée régulière sur le territoire français ni d'un titre de séjour pour se maintenir régulièrement en France. L'arrêté précise également que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale puisque celui-ci se déclare marié sans enfant à charge, mais sans en apporter la preuve. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

6. D'autre part, si M. E soutient que la décision limitant à trente jours son délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, un tel moyen ne pourra être qu'écarté comme inopérant, l'arrêté ne comportant pas de décision limitant à trente jours son délai de départ volontaire mais une décision de refus de délai de départ volontaire.

7. De plus, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. E a été signalé par les services de police le 14 août 2021 pour port d'arme prohibé, faits constitutifs d'une menace pour l'ordre public. L'arrêté indique enfin que l'intéressé ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

8. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 modifiée et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. E, en l'espèce algérienne, et mentionne en son dernier considérant que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ni y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à caractériser une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

10. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. E de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et suivants du code, mentionne que l'intéressé a allégué être en France depuis un an, qu'il a été interpellé le 14 août 2021 pour port d'arme prohibé et que son comportement constitue donc une menace pour l'ordre public, et enfin qu'il s'est déclaré marié sans enfant à charge. Si l'arrêté ne fait pas mention du critère relatif à la soustraction à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.

12. En troisième lieu, il ressort tant des termes des arrêtés attaqués, qui détaillent les éléments relatifs à la situation du requérant, notamment son entrée irrégulière en France, son interpellation pour port d'arme prohibé le 14 août 2021, le fait qu'il soit marié sans l'établir, qu'il ne peut présenter de documents d'identité et ne justifie d'une résidence effective et permanente, que de leur motivation décrite plus haut que le préfet a suffisamment examinée la situation de M. E avant de prendre à son encontre les décisions contestées. Si le requérant soutient que ce défaut d'examen découle de ce que l'arrêté ne mentionne pas sa double nationalité polono-algérienne, mais seulement sa nationalité algérienne, il ne démontre ni même d'ailleurs n'allègue avoir informé les autorités de ce qu'il avait aussi la nationalité polonaise ; de plus, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas pu présenter de document de voyage transfrontière, à savoir son passeport ; par suite, il était impossible aux autorités, en l'absence du passeport polonais du requérant, de deviner qu'il avait aussi la nationalité polonaise. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté comme infondé.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. E soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, sa durée de présence habituelle en France n'est ni démontrée, ni même alléguée. De plus, si l'intéressé soutient s'être marié en juillet 2007, il ne précise pas si son ex-épouse, Mme H D, ressortissante polonaise, réside en France en situation régulière ; de même, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a deux enfants avec A D, ceux-ci sont nés à Varsovie en 2009 et 2012 ; de plus, il ressort des déclarations du requérant qu'il est sans enfant à charge sur le territoire français, ce qui laisse supposer que ses enfants demeurent en Pologne avec leur mère dont il est d'ailleurs divorcé. Si l'intéressé se prévaut également de la présence en France de sa mère, Mme C B, de nationalité française, cette circonstance est insuffisante à démontrer que l'intéressé aurait établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Et ce d'autant que M. E ne se prévaut d'aucune insertion, notamment professionnelle, ainsi qu'il ressort d'ailleurs de sa déclaration de revenus de 2020 mentionnant des salaires nuls ; il ressort au contraire des termes de l'arrêté et n'est pas contesté que le requérant a été interpellé le 14 août 2021 pour port d'arme, ce qui n'est pas le meilleur gage d'intégration. Enfin, l'intéressé n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

14. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.

15. En deuxième lieu, M. E soulève une erreur de fait quant à la non-prise en considération de sa double nationalité. Toutefois, l'arrêté contesté n'indique pas que M. E n'a pas la double nationalité mais précise seulement qu'il est de nationalité algérienne, ce qui n'est pas matériellement faux. Par suite, l'erreur de fait alléguée doit être écartée comme infondée.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 231-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour. Toutefois, s'ils en font la demande, il leur en est délivré un. " ; aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. "

17. M. E soulève la violation de ces dispositions. Toutefois, d'une part, le préfet ne lui ayant pas opposé un refus de titre de séjour, que le requérant n'a au demeurant même pas demandé, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 231-1 précité doit être écarté comme infondé. D'autre part, M. E étant aussi de nationalité algérienne, le préfet pouvait fonder l'obligation de quitter le territoire français sur les dispositions de l'article L. 611-1 cité au point 1. Par suite, la violation de l'article L. 251 relatif aux obligations de quitter le territoire français applicables aux ressortissants d'un pays membre de l'Union européenne peut être neutralisée. Au surplus, l'intéressé ne démontre pas qu'il justifie d'un droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 du code ; en effet, il est constant que le requérant ne travaille pas en France, et il ne démontre pas que son ex-épouse, Mme D, y bénéficie d'un droit au séjour ; il a au contraire été indiqué au point 10 que celle-ci demeure très probablement en Pologne avec les deux enfants du couple nés à Varsovie et dont l'intéressé a déclaré qu'il n'avait pas la charge en France, étant divorcé de Mme D.

En ce qui concerne le moyen spécifique au refus de délai de départ volontaire :

18. Il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. E n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire serait illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :

19. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. E ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. De plus, si l'intéressé indique être entré en France pour y solliciter l'asile, il ne l'établit pas ; à supposer que tel ait été le cas, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée puisque l'intéressé n'est pas titulaire d'un titre de séjour portant la mention " réfugié " ; or, le requérant n'apporte aucun élément nouveau sur lequel les instances de l'asile ne se seraient pas déjà prononcées. Enfin, si l'intéressé exprime des craintes quant à son retour en Algérie, la décision fixant le pays de renvoi précise bien que l'intéressé sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, ce qui peut aussi être au cas d'espèce la Pologne, où réside selon toute vraisemblance son ex-épouse, puisqu'il a la double nationalité.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, si M. E soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français viole l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'a pas pris en compte les quatre critères énoncés à cet article, et notamment l'éventuelle soustraction à une précédente mesure d'éloignement, il résulte de ce qui a été développé au point 10 que cette prise en compte n'est pas obligatoire, notamment lorsque l'un des critères est sans objet. Par suite, un tel moyen sera écarté comme infondé.

21. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été développé précédemment sur la situation de M. E, tant en ce qui concerne sa vie privée et familiale que son comportement, la durée de 24 mois de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ni ne viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 15 août 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I E et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 26 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. JLa greffière,

F. Darly

La République mande et au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2108941

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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