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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108962

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108962

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLUBELO-YOKA JOSEPH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2021, A B, représentée par Me Lubelo-Yoka, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 juillet 2021 par laquelle les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont refusé d'enregistrer sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ;

4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre

de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet.

Elle soutient que la décision attaquée :

- n'est pas motivée ;

- méconnaît l'article L. 431-2 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/006576 du 20 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise se maintenant irrégulièrement en France a sollicité le 8 juin 2021, auprès du préfet de Seine-et-Marne, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en se prévalant de son état de santé ; elle demande au tribunal d'annuler la décision verbale refusant d'enregistrer sa demande, qui lui a été opposée le 12 juillet 2021.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 20 octobre 2021, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle qu'elle a présentée est devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article R 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a déposé une demande d'asile le 4 décembre 2020 et qu'à la suite du rejet qui lui a été opposé, elle a formulé une demande de réexamen le 6 mai 2021 auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Mme B a ensuite sollicité, le 8 juin suivant, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et elle soutient sans être contredite par le préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, qu'elle s'est présentée à la convocation qui lui a été adressée à la préfecture le 12 juillet 2021 pour déposer les documents nécessaires pour compléter sa demande de titre de séjour mais qu'elle s'est vu refuser l'enregistrement de cette demande faute de produire son passeport en cours de validité. Toutefois, compte tenu de la demande d'asile qu'elle avait présentée et conformément aux dispositions précitées, Mme B pouvait être autorisée à déposer son dossier de demande de carte de séjour sans avoir à présenter l'ensemble des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'opposant aucun motif de nature à justifier que la requérante ne bénéficie pas de ces dispositions, Mme B est fondée à soutenir que la décision de refus d'enregistrement qui lui a été opposée, est entachée d'illégalité. Il suit de là que cette décision doit être annulée sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête.

4. Le présent jugement implique seulement, compte tenu du motif d'annulation retenu et de l'objet même de la décision annulée, qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour formée par Mme B en lui délivrant le récépissé prévu à l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de fixer à quinze jours à compter de la notification du présent jugement le délai dans lequel ces mesures devront intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Par ailleurs, le deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 prévoit que : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide ".

6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut en conséquence se prévaloir des dispositions précitées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lubelo-Yoka, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à celui-ci d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E:

Article 1er : La décision refusant d'enregistrer la demande de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne d'enregistrer la demande de titre de séjour formée par Mme B, en lui délivrant le récépissé prévu à l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Lubelo-Yoka, avocat de Mme B, la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lubelo-Yoka renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Boucher, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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