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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109012

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109012

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGOUJON LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement le 5 octobre 2021, le 12 novembre 2021 et le 8 mars 2022, M. C B, représenté par Me Goujon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle " passeport talent " et fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;

2°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne le versement à son conseil,

Me Goujon, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

La décision de retrait de titre de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant au fait que le requérant ne remplissait plus les conditions de délivrance de son titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation quant au fait que le requérant ait fait obstacle aux contrôles de la préfecture ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Par ordonnance du 15 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er décembre 2021.

L'instruction a été réouverte par la communication d'un mémoire complémentaire le 10 mars 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Goujon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant togolais né le 16 juin 1995 à

Lomé (Togo), est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant mention " passeport talent " valable du 21 décembre 2020 au 20 décembre 2024. Par arrêté du 3 septembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a retiré la carte de séjour pluriannuelle délivrée le 21 décembre 2020 à M. B, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration (). ". Aux termes du 7° de l'article R. 432-4 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles R. 421-41, R. 422-7, R. 423-2 et R. 426-1, le titre de séjour peut être retiré () à l'étranger titulaire du titre de séjour fait obstacle aux contrôles nécessaires à la vérification du maintien des conditions de délivrance de son titre de séjour ou ne défère pas aux convocations ".

3. Pour retirer le titre de séjour " passeport talent " dont M. B bénéficiait, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, ainsi qu'il ressort des termes même de l'arrêt attaqué, sur le seul motif que le requérant faisait manifestement obstacle aux contrôles administratifs. C'est ainsi que le préfet s'est fondé sur le fait que le requérant a laissé sans réponse une demande de pièces datée du 2 avril 2021 et un courrier daté du 7 juin 2021 dans lequel il aurait régulièrement informé le requérant de sa possibilité de produire des observations écrites ou orales dans un délai de quinze jours à l'encontre de la décision de retrait envisagée.

4. Toutefois, premièrement, il ressort des termes même du courrier du 2 avril 2021, dont la réception n'est en tout état de cause pas démontrée, que le préfet s'est limité à demander à M. B de lui transmettre sous quinze jours un certain nombre de documents sans l'informer des conséquences de l'absence de réponse. Deuxièmement, d'abord, si le courrier daté du 7 juin 2021, présenté à l'adresse connue du requérant le 8 ou le 9 juin 2021, a été retourné à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé ", celui-ci démontre, par la production de ses billets d'avion, qu'il ne se trouvait pas en France à la date à laquelle il aurait pu être en mesure de réclamer ledit courrier dès lors qu'il s'était rendu au Togo, son pays d'origine, entre le 9 juin 2021 et le 26 juin 2021 dans le cadre de ses congés. Ensuite, dans ce second courrier du 7 juin 2021, le préfet réitère la demande de pièces, sans fixer un délai de réponse précis mais se borne à demander une réponse " dans les meilleurs délais ". Enfin, dans ce même courrier la seule citation de l'article L. 313-5-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 432-5 du même code ne saurait s'interpréter comme une information suffisante du requérant de la mise en œuvre d'une procédure de retrait en cas d'absence de réponse. Dans ces conditions, compte tenu d'une part, de l'absence, justifiée, du requérant du territoire national au moment de la demande et, d'autre part, de l'impossibilité pour ce dernier d'apprécier les conséquences de son absence de réponse eu égard aux termes mêmes des courriers, ce dernier ne pouvait, sans commettre une erreur d'appréciation, considérer que M. B avait cherché à faire obstacle aux contrôles. Dès lors, le préfet de Seine-et-Marne a, dans les circonstances de l'espèce, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de sa carte de séjour pluriannuelle ainsi que, par voie de conséquence l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination..

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans le cadre du présent contentieux. Par suite, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement de 800 euros au profit de Me Goujon en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 3 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : L'État (préfet de Seine-et-Marne) versera à Me Goujon, conseil de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Goujon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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