jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2109211 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WEINBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 4 octobre 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 23 septembre 2021, par laquelle M. A B, demeurant 10 quai Dubel à Villeneuve-Saint-Georges (94190) dans le Val-de-Marne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 22 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
M. B doit être entendu comme soutenant que :
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisque sa vie et sa liberté sont menacées en cas de retour au Pakistan ;
- sa présence sur le territoire français ne représente aucune menace pour l'ordre public ;
- l'arrêté viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'a pas d'attaches familiales importants dans son pays d'origine ;
- sa situation lui permet de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ; il fait également valoir que l'arrêté n'est pas entaché d'incompétence de sa signataire et qu'il est suffisamment motivé en fait comme en doit.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 16 octobre 2022, M. B, représenté par Me Weinberg conclut aux mêmes fins que la requête en demandant, de plus, :
- d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " au regard des dispositions de l'article L.425-9, L.423-23 ou L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ce dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, injonction assortie d'une astreinte fixée à 25 euros par jour de retard ;
- de mettre à la charge de l'Etat la sommer de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles engagés pour l'instance et non compris dans les dépens par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient, en outre que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle viole les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits de fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation particulière ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'erreur de droit tirée du défaut de saisine du collège des médecins de l'OFII en violation des dispositions de l'article L.611-3 alinéa 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il est entaché d'un défaut d'examen préalable sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen préalable sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de fait en ce qu'il ne trouble pas l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet de l'Essonne en date du 22 septembre 2021 ;
- les pièces complémentaires, enregistrées le 16 octobre 2022, présentées pour M. B ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits de fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.
Ni M. B, requérant, ni le préfet de l'Essonne, défendeur, ne sont présents ou représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 22 septembre 2021 notifié à 19 heures 15, le préfet de l'Essonne a, sur le fondement des 1°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. A B, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1987, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 23 septembre à 17 heures 36, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions attaquées :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021 PREF-DCPPAT-BCA-223 du 9 septembre 2021, régulièrement publié, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme C D, attachée d'administration, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai, ainsi que les décisions relatives au pays de renvoi et les interdictions de retour. Le moyen tiré de ce que l'arrêté a été signé par une autorité incompétente doit, par conséquent, être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant a déclaré être entré en France en octobre 2015 sans être en possession des documents et visas exigés à l'article L. 311-1, qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour, que sa demande d'asile a été rejetée successivement par l'OFPRA et la CNDA par décisions des 9 novembre 2017 et 15 mars 2018 notifiées respectivement les 20 novembre 2017 et 9 avril 2018, que sa demande de réexamen a également été rejetée pour irrecevabilité par décision du 15 janvier 2019 notifiée le 18 avril 2019, et enfin, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public puisqu'il a été interpellé le 15 septembre 2021 pour conduite sans permis de conduire et qu'il a fait l'objet d'un signalement pour les mêmes faits le 17 janvier 2020. L'arrêté précise également que l'intéressé est célibataire sans charge de famille, sans emploi, qu'il ne dispose d'aucune ressource et n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également les articles L. 612-2 L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 15 septembre 2019 et qu'il utilise trois alias différents. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.
7. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. B, en l'espèce pakistanaise, et indique en son avant-dernier considérant que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.
8. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
9. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
10. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. B de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 précités, mentionne la date d'entrée alléguée du requérant en France en octobre 2015, précise sa situation de famille, à savoir célibataire sans enfant à charge, indique que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public et explique pourquoi, et enfin mentionne que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que le préfet n'a pas pris en compte les quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de ce qui précède que tel n'est pas le cas. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.
11. En troisième lieu, il ressort tant des termes de l'arrêté attaqué, qui comporte pas moins de 20 considérants sur trois pleines pages, que de sa motivation décrite ci-dessus que le préfet de l'Essonne a suffisamment examinée la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contestées.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. B soutient qu'il n'a pas d'attaches familiales importants dans son pays d'origine ; il doit, par-là, être entendu comme soulevant la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; toutefois, sa date d'entrée alléguée en France en octobre 2015 ne ressort d'aucune pièce du dossier, sa résidence habituelle pouvant être établie au mieux à compter de juin 2017, date de sa demande d'asile auprès de l'OFPRA ; au demeurant sa durée de séjour en France est la résultante, d'une part, de l'examen de sa demande d'asile et de ses demandes de réexamen par les instances compétentes de 2015 à 2021 ainsi que de son refus de se soumettre à une précédente mesure d'éloignement du 15 septembre 2019 ; de plus, il n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire sans charge de famille en France ; en outre, il ne justifie d'aucune insertion, notamment professionnelle ; en revanche, l'intéressé s'est signalé à deux reprises en janvier 2020 et septembre 2021 pour des faits de conduite sans permis, ce qui n'est pas le meilleur gage d'intégration ni de respect des lois de la République ; enfin, s'il fait valoir être isolé dans son pays d'origine, il n'en justifie pas ; au contraire, il a déclaré lors de son audition du 22 septembre 2021 avoir ses parents et un frère au Pakistan. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
13. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, le préfet n'a pas davantage entaché les décisions querellées d'erreur manifeste d'appréciation de la gravité de ses effets sur la situation personnelle du requérant.
14. En cinquième lieu, M. B soutient que sa présence sur le territoire français ne représente aucune menace pour l'ordre public ; toutefois, il n'est pas contesté qu'il a été signalé à deux reprises en l'espace d'un an et demi pour des faits de conduite sans permis. Quoiqu'il en soit, tant la mesure d'éloignement que le refus de délai de départ volontaire ne sont pas fondés sur la seule circonstance que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public, mais sur d'autres éléments qui ne sont pas contestés. Par suite, à supposer que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ces décisions n'en sont pas moins fondées en droit comme en fait.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
16. D'une part, M. B soulève une erreur de fait tirée de ce qu'il fait valoir des circonstances particulières liées à son état de santé qui nécessite un suivi médical en France dont il ne pourra bénéficier dans son pays d'origine. Toutefois, le préfet n'a pas obligé le requérant à quitter le territoire français pour absence de raisons médicales empêchant son éloignement. Par suite, l'erreur de fait alléguée sera écartée comme infondée.
17. D'autre part, M. B soulève une erreur de droit tirée de la violation des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précité du code ; toutefois, les pièces médicales jointes à la requête, si elles établissent bien que l'intéressé est régulièrement suivi à l'hôpital Lariboisière et à l'hôpital de Villeneuve-Saint-Georges pour une hépatite C, ne démontrent pas que son suivi médical ne pourrait effectivement avoir lieu dans son pays d'origine, le Pakistan, lequel dispose au demeurant des infrastructures médicales pour soigner l'hépatite C.
18. Enfin, si M. B soulève un vice de procédure tiré du défaut de saisine par le préfet du collège des médecins de l'OFII, il résulte de ce qui précède que, l'intéressé n'étant pas au nombre des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était nullement tenu de saisir le collège des médecins de l'OFII de la situation médicale du requérant.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " M. B soutient que sa situation lui permet de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Toutefois, d'une part, l'intéressé n'a jamais sollicité un titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions précitées ; d'autre part, il résulte de sa situation décrite au point 11 qu'il ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire pour se voir admettre exceptionnellement au séjour au titre du travail ; enfin, et en tout état de cause, l'intéressé ne saurait se prévaloir, pour contester une obligation de quitter le territoire français, des dispositions précitées qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit.
20. En troisième lieu, M. B soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.
21. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des rares pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. B décrite plus haut, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Au demeurant, il ressort des pièces produites en défense que l'intéressé a bien été entendu sur plus de quatre pages le 22 septembre 2021 avant que ne soit prise à son encontre l'obligation de quitter le territoire français litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le moyen spécifique au refus de délai de départ volontaire :
22. Il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire serait illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de destination :
23. Il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
24. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. B soutient que sa vie et sa liberté sont menacées en cas de retour au Pakistan ; il doit par-là être tendu comme soulevant la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. De plus, sa demande d'asile a été successivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA en novembre 2017 et mars 2018 et sa demande de réexamen a également été rejetée en janvier 2019 ; or, le requérant n'apporte au soutien de son moyen aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas déjà prononcées.
En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :
25. En premier lieu, il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.
26. En deuxième lieu, M. B soulève une erreur de fait en ce qu'il ne trouble pas l'ordre public. Toutefois, il n'est pas contesté que l'intéressé a été interpellé le 15 septembre 2021 pour conduite sans permis de conduire et qu'il a fait l'objet d'un signalement pour les mêmes faits le 17 janvier 2020. Par suite, eu égard à la répétition de ces faits dans le temps, le préfet a pu sans erreur d'appréciation estimer que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public.
27. En dernier lieu, M. B soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des quatre critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte toutefois de ce qui a été développé sur la situation du requérant que tel n'est pas le cas.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 septembre 2021 doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : C. ELa greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
N°2109211
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026