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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109217

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109217

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 4 octobre 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 29 septembre 2021, par laquelle M. B D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle viole son droit d'être entendu garanti à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union ;

- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il est hébergé de façon régulière et stable ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte grave et disproportionnée à sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est entaché d'incompétence de sa signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation puisqu'il présente des garanties de représentation suffisantes, étant hébergé de façon stable ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de la Seine-Maritime en date du 28 septembre 2021 ;

- les pièces complémentaires, enregistrées le 14 octobre 2022, présentées pour M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Moula, représentant M. D, requérant présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en demandant, de plus, d'enjoindre au préfet d'annuler son signalement dans le système d'information Schengen aux fins de non admission sur le territoire français et de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; M. D soutient, en outre, que le procès-verbal d'audition est très succinct, à tel point qu'on peut se demander si l'entretien a été mené de manière sérieuse car visiblement, certaines réponses ne cadrent pas avec les questions et vice versa ; il travaille depuis quatre ans et a deux frères en France, un en région parisienne chez qui il vit et l'autre à Bordeaux ; en revanche, au Mali, il n'a qu'un demi-frère ; l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur d'appréciation de cette même situation en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'a pas pris en compte les garanties de représentation qu'il présente, notamment en ce qui concerne son domicile qui est fixe puisqu'il demeure chez un de ses frères à Créteil ; enfin, la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine.

Le préfet de la Seine-Maritime n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 28 septembre 2021 notifié à 18 heures 40, le préfet de la Seine-Maritime a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. B D, ressortissant malien né le 31 décembre 1983, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 29 septembre 2021, M. D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, Mme C E, cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture de la Seine-Maritime, a reçu délégation pour signer toutes les décisions en litige par un arrêté préfectoral du 9 septembre 2021 publié le 10 septembre 2021 au recueil des actes administratifs du département.

4. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant a déclaré être entré en France en octobre 2017 sans avoir présenté de document d'identité ou de voyage en cours de validité et n'a formulé aucune demande de titre. L'arrêté précise également que l'intéressé se déclare célibataire, sans enfant à charge, sans emploi et sans ressources et travaille de temps en temps et de manière dissimulée dans le domaine de la restauration ; s'il prétend que ses deux frères résident en France, il n'en justifie pas ; enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside l'un de ses frères ; le préfet en déduit qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel qu'établi à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé s'est soustrait à deux précédentes mesure d'éloignement, un arrêté de transfert vers l'Italie du préfet de l'Essonne du 27 décembre 2017 et une obligation de quitter le territoire français avec délai de 30 jours prise par le préfet de police de Paris le 4 février 2020 ; l'arrêté mentionne également que le requérant est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité et ne peut justifier d'une adresse stable ; il ne présente donc aucune garantie de représentation. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

7. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. D, en l'espèce malienne, et indique en son dernier considérant que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. D de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 précités, mentionne la date d'entrée alléguée du requérant en France en 2017 et en conclut que sa présence sur le territoire français est récente ; l'arrêté rappelle que l'intéressé est célibataire sans enfant à charge et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine ; il indique de plus qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et qu'aucune circonstance humanitaire ne justifie qu'une interdiction de retour ne soit prononcée à son encontre. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que le préfet n'a pas motivé son interdiction de retour au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité du code, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.

11. En troisième lieu, il ressort tant des termes de l'arrêté attaqué, qui comporte pas moins de 36 considérants sur trois pleines pages, que de sa motivation décrite ci-dessus que le préfet de la Seine-Maritime a suffisamment examinée la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contestées, sauf à confondre arrêté préfectoral et biographie complète. Si M. D fait valoir que le préfet n'a pas pris en compte la stabilité de sa situation professionnelle, c'est qu'il ressort de son audition du 28 septembre 2021 que le requérant a déclaré qu'il était sans emploi avant de préciser qu'il travaillait de manière ponctuelle en restauration.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. D soulève la violation de ces stipulations ; s'il fait valoir, d'une part, qu'il réside en France depuis septembre 2017, il résulte toutefois de l'instruction que sa durée de présence sur le territoire français n'est que la résultante de la durée d'examen de sa demande d'asile par les instances compétentes en 2018, sa demande d'asile ayant été rejetée d'abord par l'OFPRA le 29 juin 2018 puis par la CNDA le 15 novembre suivant, et ne lui créée, par elle-même, aucun droit ; de plus, il n'est pas contesté que l'intéressé est sans charge de famille sur le territoire français, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition du 28 septembre 2021 par les policiers du service de la police aux frontières du Havre ; s'il se prévaut de la présence de deux de ses frères en France, cette circonstance, à la supposée établie et à supposer que ses frères soient en situation régulière, n'est de toutes façons pas en elle-même de nature à démontrer que l'intéressé a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux ; et ce d'autant que son intégration professionnelle est très partielle, le requérant ayant déclaré lors de son audition du 28 septembre 2021 être sans emploi avant de préciser qu'il travaillait de manière occasionnelle dans la restauration. S'il produit finalement une demande d'autorisation de travail de la SARL Le Moulin de la Galette, celle-ci n'est pas datée. De même, le contrat de travail de décembre 2018 avec cette même société ainsi que les bulletins de paye depuis mars 2018 sont tous établis au nom de M. A D, et non de M. B D. Enfin, ce dernier ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine où réside, selon ses déclarations, un de ses frères. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

13. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, le préfet n'a pas davantage entaché la mesure d'éloignement querellée d'erreur manifeste d'appréciation de la gravité de ses effets sur la situation personnelle du requérant.

14. En deuxième lieu, si M. D soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il est hébergé de façon régulière et stable, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de cette mesure d'éloignement, le préfet ne l'ayant pas fondée sur l'absence de domicile fixe et stable du requérant mais sur la fait qu'il était entré irrégulièrement en France sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, un tel moyen sera écarté comme inopérant.

15. En troisième lieu, M. D soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aux termes duquel : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " Or, d'une part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.

16. D'autre part, et en tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. D décrite au point 12, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Au surplus, le niveau de détail des informations relatives à la situation personnelle, administrative, professionnelle et familiale du requérant qui figurent dans les 36 considérants de l'arrêté litigieux et qui ont été repris aux points 5 à 10 démontre que le préfet, qui n'a pas de dons divinatoires, a nécessairement fait procéder à un entretien préalable relatif à la situation du requérant. Et en effet, il ressort des pièces produites en défense que cet entretien a été conduit le 28 septembre 2021 par les services de la police aux frontière du Havre. Si le requérant fait valoir que le procès-verbal d'audition est très succinct, à tel point qu'on peut se demander si l'entretien a été mené de manière sérieuse car visiblement, certaines réponses ne cadrent pas avec les questions et vice versa, il n'en reste pas moins que l'audition a bien eu lieu et que la retranscription qui en été faite sur procès-verbal ne permet pas d'affirmer que celle-ci aurait été succincte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé ainsi que comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens spécifiques au refus de délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

18. En second lieu, il résulte de ce qui a été développé au point 6 que le refus de délai de départ volontaire est fondé sur la triple circonstance que M. D est entré irrégulièrement en France et n'est pas titulaire d'un titre de séjour, qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, un transfert " Dublin " du 27 décembre 2017 pris par la préfète de l'Essonne et une obligation de quitter le territoire français du 4 février 2020 prononcée par le préfet de police de Paris et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, étant dépourvu de document d'identité et de voyage en cours de validité ainsi que d'un domicile fixe et stable, c'est-à-dire sur les 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la circonstance, à la supposée établie, que M. D dispose d'un domicile certain, puisqu'il demeure chez son frère au 5 rue Marc Seguin à Créteil est sans influence sur la légalité du refus de délai de départ volontaire qui peut trouver son fondement légal dans les deux autres circonstances, non sérieusement contestées. En tout état de cause, lors de son audition du 28 septembre 2021, le requérant s'est déclaré aux policiers de la police aux frontières du Havre sans domicile fixe ou connu en France, n'ayant pas caché sa volonté de ne pas s'installer en France de manière durable.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

20. En second lieu, il résulte de ce qui a été développé au points 5 à 10 et 12 sur la situation personnelle et familiale du requérant, notamment le fait qu'il soit célibataire sans enfant à charge, qu'il ne travaille pas de manière régulière et qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, que le préfet n'a pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation son interdiction de retour en la fixant à deux ans.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de destination :

21 En premier lieu, il résulte de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

22. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. D soulève la violation de ces dispositions et stipulations en soutenant que sa vie et sa liberté sont menacées en cas de retour au Mali. Toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

23. En dernier lieu, M. D soulève un défaut d'examen par le préfet des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ; toutefois, le préfet indique dans le dernier considérant de son arrêté que l'intéressé ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce qui démontre qu'il a pris en compte ces craintes, lesquelles ne ressortent au demeurant pas clairement de ses déclarations lors de son audition du 28 septembre 2021.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 28 septembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient de rejeter également les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D EC I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

N°2109217

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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