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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109310

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109310

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBARATA CHARBONNEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2109310, par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 octobre 2021, 17 décembre 2021, 27 janvier 2022 et 17 mai 2022, la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest, représentées par le cabinet Barata Charbonel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2021 par laquelle le maire de Vincennes a décidé de préempter les lots n°s 609, 610, 642 à 645 et 648 à 650 correspondant à des parkings situés sur les parcelles cadastrées section B n° 236, 237, 242 à 245 et 312 sises 2 rue Charles Pathé, rue Daumesnil et rue de Strasbourg (Vincennes) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vincennes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente dès lors que, d'une part, l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois n'a pas délégué le droit de préemption urbain renforcé à son président par une délibération publiée et transmise au représentant de l'Etat, que, d'autre part, le président de l'établissement public territorial n'a pas délégué le droit de préemption urbain renforcé à la commune de Vincennes par une décision publiée et transmise au représentant de l'Etat et, enfin, que la commune de Vincennes n'a pas délégué sa compétence en matière de droit de préemption au maire par une décision publiée et transmise au contrôle de légalité ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un avis du service des domaines ;

- la décision de préemption méconnaît les dispositions de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne porte que sur une partie des lots proposés à la vente ;

- la décision de préemption méconnaît les dispositions de l'article de L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'est pas justifiée par un projet précis et qu'elle ne répond pas à un but d'intérêt général puisque le projet de logements sociaux au profit duquel le droit de préemption est exercé prévoyait déjà des places de stationnement sur son terrain d'assiette et que la diminution du nombre de niveaux consacrés au stationnement n'est pas justifié par son équilibre financier ; en outre, les lots préemptés sont éloignés de plus de 400 mètres de ce projet ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors qu'elle poursuit un objectif purement financier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 novembre 2021 et 25 avril 2022, la commune de Vincennes, représentée par le cabinet Asea, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Esplanade Vincennes et de la société Five Invest la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

II. Sous le n° 2111720, par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2021 et 17 mai 2022, la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest, représentées par le cabinet Barata Charbonel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2021 par laquelle le maire de Vincennes a décidé de préempter le lot n° 711 situé sur des parcelles cadastrées section B n° 236, 237, 242 à 245 et 312 sises 2 rue Charles Pathé, rue Daumesnil et rue de Strasbourg (Vincennes) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vincennes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision en litige a été signé par une autorité incompétente dès lors que, d'un part, l'établissement public territorial Paris Est Marne et Bois n'a pas délégué le droit de préemption urbain renforcé à son président par une délibération publiée et transmise au représentant de l'Etat, que, d'autre part, le président de l'établissement public territorial n'a pas délégué le droit de préemption urbain renforcé à la commune de Vincennes par une décision publiée et transmise au représentant de l'Etat et, qu'enfin, la commune de Vincennes n'a pas délégué sa compétence en matière de droit de préemption au maire par une décision publiée et transmise au contrôle de légalité ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision de préemption méconnaît les dispositions de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle ne porte que sur une partie des lots proposés à la vente ;

- la décision de préemption méconnaît les dispositions de l'article de L. 210-1 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'est pas justifiée par un projet précis et qu'elle ne répond pas à un but d'intérêt général puisqu'étaient déjà prévus des places de stationnement sur le terrain d'assiette du projet de logements sociaux et que la diminution du nombre de niveaux consacrés au stationnement n'est pas justifié par son équilibre financier ; en outre, les lots préemptés sont éloignés de plus de 400 mètres de ce projet ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure dès lors qu'elle poursuit un objectif purement financier.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2022, la commune de Vincennes, représentée par le cabinet Asea, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Esplanade Vincennes et de la société Five Invest la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les sociétés requérantes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Zanella rapporteur public,

- et les observations de Me Charbonnel, représentant la société Five Invest et la SCI Esplanade de Vincennes, et de Me Bennani, représentant la commune de Vincennes.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 30 août 2021, le maire de Vincennes a décidé de préempter les lots n°s 609, 610, 642 à 645 et 648 à 650 correspondant à des parkings situés sur les parcelles cadastrées section B n° 236, 237, 242 à 245 et 312 sises 2 rue Charles Pathé, rue Daumesnil et rue de Strasbourg (Vincennes). Par une décision du 13 décembre 2021, le maire de Vincennes a décidé de préempter le lot n° 711 situé sur des parcelles cadastrées section B n° 236, 237, 242 à 245 et 312 situées dans les mêmes rues. La SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest demandent au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2109310 et n° 2111720, présentées par la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " I. - Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. () / III. - Les actes réglementaires et les décisions ne présentant ni un caractère réglementaire, ni un caractère individuel font l'objet d'une publication sous forme électronique, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, de nature à garantir leur authenticité et à assurer leur mise à disposition du public de manière permanente et gratuite ". Aux termes de l'article L. 2122-22 de ce même code : " " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ".

4. Par une délibération du 27 mai 2020, le conseil municipal de Vincennes a notamment donné délégation au maire d'exercer le droit de préemption au nom de la commune. Toutefois, il ne ressort ni des termes de cette délibération, ni du certificat d'affichage établi par le maire de Vincennes le 19 avril 2022, lequel ne fait pas mention de la date à laquelle l'affichage a été réalisé, que cette formalité aurait été accomplie à la date de l'adoption des décisions en litige. Dans ces conditions, dès lors que le caractère exécutoire de la délibération du 27 mai 2020 n'est pas établi, les requérantes sont fondées à soutenir que les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 de ce code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat () ".

6. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération et au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

7. Les décisions du maire de Vincennes du 30 août 2021 et du 13 décembre 2021 mentionnent que le droit de préemption urbain est exercé sur les lots en cause en vue de la réalisation de places de stationnement afin de permettre la réalisation d'un programme de construction comprenant neuf logements sociaux et dix-huit logement en accession de manière à contribuer à la politique de mixité sociale dans l'habitat menée par la commune.

8. Si l'article UM 12 du règlement du plan local d'urbanisme de Vincennes n'impose pas la création de places de stationnement lors de la construction de moins de neuf logements sociaux, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de financement prévisionnel joint au dossier de demande d'agrément, que l'équilibre financier du projet est en partie assuré par la construction de dix-huit logements en accession lesquels nécessitent des places de stationnement. En outre, la réalisation de logements sociaux a, par nature, pour objet la mise en œuvre d'une politique locale de l'habitat. Il suit de là que l'opération constitue une opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 précité susceptible de justifier l'exercice du droit de préemption.

9. La commune de Vincennes indique alors que l'exercice du droit de préemption sur les lots dont il s'agit, qui sont situés en dehors du terrain d'assiette du programme de construction, est nécessaire à ce projet pour conduire à " optimiser " et à " améliorer la faisabilité de l'opération " à la suite de la suppression d'un niveau de stationnement. Toutefois, il ressort du dossier de demande d'agrément précité que l'opération projetée, pour laquelle un permis de construire a été délivré, prévoit déjà la construction des places de stationnement nécessaires aux logements en accession privée sur trois niveaux de sous-sol pour un coût de 528 000 euros et n'a fait depuis l'objet, ainsi que le soutiennent les sociétés requérantes sans être utilement contredites, d'aucune modification. Dans ces conditions, les objectifs mis en avant par la commune ne peuvent être regardés, à eux seuls, en l'absence de tout élément en ce sens dans les pièces du dossier, comme de nature à établir que les décisions en litige participeraient à la réalisation du programme de construction dont elle se prévaut. En outre, il ressort du point 4 " prix de revient " du dossier de demande d'agrément que la construction des niveaux de stationnement en sous-sol ne représente que 3 % du coût total du projet, estimé à 15 696 019 euros. Il suit de là que les décisions contestées ne peuvent être regardées comme justifiées par un intérêt général suffisant. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir qu'elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest sont fondées à demander l'annulation des décisions du maire de Vincennes du 30 août 2021 et du 13 décembre 2021.

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de cette décision.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Vincennes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans les présentes instances. Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Vincennes une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI Esplanade Vincennes et la société Five Invest et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 30 août 2021 et du 13 décembre 2021 sont annulées.

Article 2 : la commune de Vincennes versera une somme globale de 1 500 euros à la SCI Esplanade Vincennes et à la société Five Invest sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Vincennes tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Esplanade Vincennes, à la société Five Invest, à la commune de Vincennes et à l'établissement public territorial Paris-Est-Marne et Bois.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. B, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. B

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2109310, 2111720

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