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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109394

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109394

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2021, M. A B, demeurant 6 allée Lucien Griveau à Lagny-sur-Marne, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 octobre 2021 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour temporaire.

M. B soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet ne lui a pas fourni un interprète en arabe tunisien, alors qu'il ne comprend ni ne parle le français ;

- en cas de retour en Tunisie, sa vie est menacée et il risque d'y subir des traitements inhumains et dégradants en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est en droit de solliciter l'asile politique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ; il fait également valoir que l'arrêté est suffisamment motivé, qu'il n'est pas entaché d'un défaut d'examen de la situation du requérant, et qu'il ne viole pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de Seine-et-Marne en date du 7 octobre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. G pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.

Ni M. B, requérant, ni le préfet de Seine-et-Marne, défendeur, ne sont présents ou représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 7 octobre 2021 notifié à 15 heures 57, le préfet de Seine-et-Marne a, sur le fondement des 1° et 6° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. A B, ressortissant tunisien né le 29 septembre 2002 à Gabès, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, enregistrée le 9 octobre 2021 à 16 heures 05, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 21/BC/063 du 18 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme F C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du bureau ci-dessus, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les 1° et 6° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant a déclaré être entré sur le territoire français clandestinement sans être titulaire d'un titre de séjour régulièrement délivré ; l'arrêté précise également que M. B travaille occasionnellement de manière illégale et sans autorisation en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail ; l'arrêté indique enfin que le requérant déclare être célibataire sans enfant à charge, sans domicile personnel et certain et sans ressources légales et que, dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel qu'établi à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également le 3° de l'articles L. 612-2 et les 1°, 7° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue pour usage de faux documents le 6 octobre 2021 et qu'il est sans domicile personnel et certain. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

7. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. B, en l'espèce tunisienne, et indique en son avant-dernier considérant que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. B de retour sur le territoire français pour une durée d'un an puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et L. 612-10 précités, mentionne la durée alléguée de séjour en France du requérant depuis 2 ou 3 ans, précise qu'il s'est déclaré célibataire sans enfant à charge et sans domicile personnel et certain, qu'il travaille de manière occasionnelle sans autorisation et qu'il a été interpellé et placé en garde-à-vue le 6 octobre 2021 pour défaut de permis et usage de faux documents. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.

10. En troisième lieu, il ressort tant des termes de l'arrêté attaqué, qui comporte pas moins de 10 considérants et qui précise en son, dernier considérant qu'il a été procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B, que de sa motivation décrite ci-dessus que le préfet de Seine-et-Marne a suffisamment examinée la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions contestées.

11. En quatrième lieu, M. B soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce que le préfet ne lui a pas fourni un interprète en arabe tunisien, alors qu'il ne comprend ni ne parle le français. A supposer, d'une part, que le requérant invoque par-là le défaut d'interprète lors de son audition par les services de police suite à son interpellation du 6 octobre 2021 pour défaut de permis et usage de faux documents, un tel moyen sera écarté comme infondé car il ressort des pièces produites en défense, et notamment du procès-verbal d'audition du 7 octobre 2021 par les services de police de Lagny que le requérant parle et comprend le français, ayant été capable de répondre aux question qui lui étaient posées sans avoir besoin d'un interprète en langue arabe. Au surplus, un tel moyen, qui se rapporte à la procédure judiciaire, est inopérant pour contester une mesure administrative.

12. D'autre part, si le requérant invoque le défaut d'interprète lors de la notification de son arrêté le 7 octobre 2021 à 15 heures 57, un tel moyen sera écarté comme inopérant car il est de jurisprudence constante que les modalités de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". D'une part, la durée de présence alléguée par M. B sur le territoire français depuis deux ou trois mois est notoirement insuffisante pour démontrer que l'intéressé aurait établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux ; d'autre part, il n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire sans enfant à charge, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition du 7 octobre 2021 par les policiers du commissariat de Lagny-sur-Marne ; s'il a déclaré être venu en France pour y rejoindre sa mère, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer la vie privée et familiale de M. B au sens des stipulations précitées ; de plus, il ne peut se prévaloir, eu égard à sa très faible durée de présence, d'aucune intégration, notamment professionnelle ; s'il fait valoir travailler dans l'entreprise de son oncle qui ne le rétribue pas mais subvient à ses besoins, il n'en justifie pas, ayant d'ailleurs déclaré ne pas avoir de contrat de travail ; enfin, l'intéressé ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 19 ans. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

14. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, le préfet n'a pas davantage entaché la mesure d'éloignement querellée d'erreur manifeste d'appréciation de la gravité de ses effets sur la situation personnelle du requérant.

15. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. B soulève la violation de ces dispositions et stipulations en soutenant que sa vie et sa liberté sont menacées en cas de retour en Tunisie. Toutefois, il ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. De plus, si M. B soutient qu'il est en droit de solliciter l'asile politique, il est constant que l'intéressé ne l'a pas fait depuis son arrivée sur le territoire français ; il ressort au contraire de son audition du 7 octobre 2021 que l'intéressé est venu en France pour y rejoindre sa mère, laquelle est d'ailleurs repartie en Turquie.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 7 octobre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient de rejeter également les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : C. GLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

N°2109394

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