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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109418

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109418

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2021, Mme A C, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter du 6 août 2021, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et ses droits ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation, notamment familiale ; en tant que mère d'un enfant mineur, elle est une personne vulnérable au sens de la directive " accueil " ;

- elle est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle omet de prendre en compte l'intérêt supérieur de sa fille mineure ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de celle de sa fille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023 à 12 heures.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Letort, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, née le 11 avril 1981 à Abidjan (Côte d'Ivoire), qui a déposé une première demande d'asile, enregistrée le 6 juin 2018, selon la procédure dite " Dublin ", a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. A défaut d'avoir honoré les convocations de la préfecture des 16 et 23 août 2018 dans le cadre de cette procédure, elle a été déclarée en fuite et le délai de transfert a été prolongé jusqu'au 21 décembre 2019. Ce sont dans ces conditions que, par une décision du 11 octobre 2018, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil lui a notifié son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil, lesquelles ont été suspendues par une décision du 2 novembre 2018. Mme C a présenté une nouvelle demande d'asile, qui a été enregistrée en procédure normale le 15 juin 2021 et a sollicité, par un courrier du 13 août 2021, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 20 août 2021, dont la requérante demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a rejeté sa demande.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 17 novembre 2021, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme C. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou / b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou / c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. / () ". Aux termes de l'article 21 de cette directive : " Dans leur droit national transposant la présente directive, les États membres tiennent compte de la situation particulière des personnes vulnérables, telles que les mineurs, les mineurs non accompagnés, les handicapés, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes ayant des maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, par exemple les victimes de mutilation génitale féminine ". Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / (). / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 20 de la directive 2013/33/UE dite directive " accueil ". Elle fait état des circonstances et des motifs de la suspension des conditions matérielles d'accueil tirés de ce que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en détaillant les dates des convocations manquées par Mme C, et fait mention de l'évaluation de la situation personnelle et familiale de l'intéressée en faisant référence à un entretien ayant eu lieu le 6 août 2021 n'ayant fait apparaître aucun facteur de vulnérabilité particulier. Dans ces conditions, la décision litigieuse comporte l'énoncé suffisamment précis des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il appartient à l'OFII, saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Mme C soutient que la décision attaquée n'a pas été précédée d'un examen de sa situation. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qui relate les circonstances de la suspension des conditions matérielles d'accueil, que l'OFII a procédé à un entretien de vulnérabilité de la requérante le 6 août 2021 ne faisant pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. A cet égard, il ressort de la fiche d'évaluation que l'OFII avait pris en considération la présence de sa fille et celle de son époux et noté l'existence d'un hébergement pour la famille. Dans ces conditions, l'OFII ne peut être regardé comme s'étant dispensé d'un examen de la situation de la requérante, en ignorant sciemment la circonstance qu'elle était accompagnée d'un enfant mineur, alors que, par ailleurs, l'intéressée n'avait pas, contrairement à ce qu'elle allègue, la qualité de parent isolé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de la décision, sera écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Si Mme C se prévaut de ce que sa fille mineure l'aurait rejointe en France au mois de juin 2021, qu'elle l'aurait à charge depuis lors, et que la décision attaquée méconnaîtrait l'intérêt supérieur de sa fille en la privant de toute ressource et de logement, elle ne justifie pas de ce qu'elle serait sans ressources et sans hébergement, alors qu'il ressort, par ailleurs, qu'à la date du dépôt de sa demande d'asile du 15 juin 2021, elle était hébergée au FTDA de Créteil et qu'à la date de l'évaluation du 6 août 2021 produite par l'OFII, son époux, sa fille et elle-même étaient hébergés par le 115. En tout état de cause, la décision attaquée n'a pas pour objet de priver sa fille mineure d'un accès aux dispositifs d'aide de droit commun. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'OFII a méconnu l'intérêt supérieur de son enfant mineur.

9. En quatrième et dernier lieu, la requérante soutient que l'OFII a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment au plan familial, dès lors que la décision en litige la mettrait dans l'impossibilité de subvenir aux besoins de sa fille et les placerait, toutes deux, dans une situation de grande précarité. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'OFII aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 août 2021 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Créteil a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2109418

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