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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109486

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109486

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, la commune de Villeneuve-Saint-Georges doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du

9 août 2021 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle en tant qu'il refuse de reconnaître la commune de Villeneuve-Saint-Georges en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue du 30 janvier 2021 au 24 février 2021.

La commune de Villeneuve-Saint-Georges soutient que l'arrêté interministériel du

9 août 2021 est entaché d'une erreur d'appréciation en ce que de nombreux Villeneuvois sinistrés se sont retrouvés démunis, sans autre possibilité que de financer eux-mêmes des travaux souvent lourds et coûteux, alors qu'elle-même a dû faire face à la montée des eaux et a mis en place une logistique visant à accueillir d'éventuels sinistrés dans un gymnase reconverti en centre d'hébergement en partenariat avec la Croix Rouge, que le parking de la gare RER ainsi que différents points du Chemin des Pêcheurs, dans le quartier Blandin, sont restés hors d'accès pendant 3 semaines, que le directeur de cabinet de la préfecture du Val-de-Marne est venu constater sur place les dégâts occasionnés par les inondations et qu'une demande de subvention a été adressée à l'Etablissement Public Territorial Grand-Orly-Seine-Bièvre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de

3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Une lettre du 13 juin 2023 a informé les parties, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 21 août 2023.

Une ordonnance du 11 septembre 2023 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- la loi n° 82-600 du 13 juillet 1982 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles ;

- le décret n° 2006-672 du 8 juin 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas,

- et les conclusions de M. Allègre, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté interministériel du 9 août 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance, le ministre de l'intérieur et le ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la relance, chargé des comptes publics, ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue, au nombre desquelles ne figure pas la commune de Villeneuve-Saint-Georges pour la période du 30 janvier 2021 au 24 février 2021. Cet arrêté a été publié au journal officiel de la République française le 25 août 2021 et porté à la connaissance de la commune par une lettre de la préfète du Val-de-Marne en date du 7 septembre suivant. La collectivité requérante doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté interministériel du 9 août 2021 en tant qu'il refuse de reconnaître la commune de Villeneuve-Saint-Georges en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue du 30 janvier 2021 au 24 février 2021.

2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances, dans sa version applicable à la date de l'arrêté litigieux : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l'objet de tels contrats. / En outre, si l'assuré est couvert contre les pertes d'exploitation, cette garantie est étendue aux effets des catastrophes naturelles, dans les conditions prévues au contrat correspondant. / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile () ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 125-1 du code des assurances que l'état de catastrophe naturelle n'est constaté par arrêté interministériel que dans le cas où les dommages qui résultent de cette catastrophe ont eu pour cause déterminante l'intensité anormale de l'agent naturel en cause. Les ministres compétents peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune.

4. Il ressort de la lettre de notification en date du 7 septembre 2021 de la préfète du Val-de-Marne que la méthodologie retenue, en l'espèce, pour reconnaitre ou non une commune en état de catastrophe naturelle du fait des inondations est basée sur l'occurrence statistique du phénomène (" durée de retour ") supérieure ou égale à 10 ans. Il ressort du rapport météorologique de Météo France du 14 avril 2021, qui, s'il n'a pas été communiqué à la commune, est visé par la commission interministérielle dans son avis défavorable du

5 août 2021, que les précipitations survenues sur la commune de Villeneuve-Saint-Georges du 30 janvier 2021 au 24 février 2021 présentent une durée de retour inférieure à 10 ans au titre de la pluviométrie et de l'hydrologie. Pour établir ce rapport, il ressort des pièces du dossier que Météo France a pris pour référence de calcul les mesures de lames d'eau " ANTILOPE ", estimation des cumuls de pluie basée sur les observations de réflectivité des radars des stations de Météo France combinées avec des relevés de pluviomètres, et les a comparées avec les bases de données " SHYREG ", méthode développée pour la connaissance régionale des débits de crue de différentes durées et de différentes fréquences, pour les périodes de retour comprises entre 2 et 100 ans. En outre, le rapport hydrologique du 21 mai 2021 établi par le service de prévention des crues de la direction régionale et interdépartementale de l'Environnement et de l'Énergie (DRIEE) Île-de-France relatif à l'épisode de crues survenu du 30 janvier au 24 février 2021 indique notamment que la commune de Villeneuve-Saint-Georges se situe en bord de Seine en amont de la station bathymétrique d'Alfortville, laquelle a relevé que le débit a atteint 868m³/s dans la nuit du 8 février 2021 au 9 février 2021 pour une hauteur mesurée de l'ordre de 2 mètres et que "le débit de la Seine à Alfortville correspondant à une période de retour décennale est de 1200m³/s pour un intervalle de confiance à 90 % de 1100m³/s à 1300m³/s, tandis que le débit correspondant à une quinquennale est de 990 pour un intervalle de confiance à 90 % de 930m³/s à 1100m³/s. L'ajustement de Gumbel issu de la Banque Hydro 2 est bon pour la station d'Alfortville. / Le débit mesuré à Villeneuve-Saint-Georges est bien inférieur à celui caractérisant une crue de période de retour décennale. La crue de février 2021 a une période de retour de l'ordre d'une triennale". En l'espèce, la commune requérante n'apporte aucun relevé ni donnée scientifique susceptibles d'aller à l'encontre de ces valeurs de référence. Elle n'apporte aucun élément technique ou scientifique de nature à remettre en cause ni la méthodologie employée par Météo France, ni les résultats que celle-ci a permis d'obtenir en l'espèce sur le territoire de la commune concernée. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du code des assurances doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Villeneuve-Saint-Georges n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté interministériel du 9 août 2021 refusant de la reconnaître en état de catastrophe naturelle au titre des dommages causés par les inondations et coulées de boue du 30 janvier 2021 au 24 février 2021 est illégal et à en demander l'annulation.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Villeneuve-Saint-Georges est rejetée.

Article 2: La commune de Villeneuve-Saint-Georges versera à l'Etat une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Villeneuve-Saint-Georges et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie pour information en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2109486

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