jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2109487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2021, M. B E, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision en date du 29 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire sud-francilien a ordonné son maintien à l'isolement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros à Me David, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- l'acte de délégation de signature visant l'auteur de la décision attaquée n'a pas fait l'objet de mesures de publicité permettant aux détenus d'en prendre connaissance ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle ne remplit pas les conditions posées par l'article I-3 de la circulaire de l'administration pénitentiaire du 14 avril 2011 ;
- elle prive le requérant d'une garantie procédurale dès lors qu'elle n'indique pas la durée pour laquelle il doit être maintenu à l'isolement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que son maintien à l'isolement n'est pas justifié par son comportement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la décision attaquée se fonde sur les motifs de sa condamnation, que la sanction dont il a fait l'objet est faible et concerne des faits éloignés dans le temps et isolés, que les propos racistes qui lui sont prêtés ne sont pas matériellement établis et en décalage avec les observations effectuées à son sujet lors de l'évaluation de son degré de radicalisation et qu'il n'a jamais été auteur d'actes prosélytes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été reportée, en dernier lieu, au 14 avril 2022 à midi, par ordonnance du 14 mars 2022.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Issard,
- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, détenu au centre pénitentiaire sud francilien, demande l'annulation de la décision en date du 29 septembre 2021 du directeur du centre pénitentiaire ordonnant son maintien à l'isolement pour une durée de trois mois.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes, de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Et aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 17 novembre 2021, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision de maintien à l'isolement a été signée par Mme C A, directrice des services pénitentiaires, à qui le chef de l'établissement pénitentiaire sud francilien a donné délégation, à cet effet, par un arrêté du 25 mai 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne le même jour.
5. En second lieu, eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, la publication de cet arrêté au recueil des actes administratifs de la préfecture, qui permet de lui donner date certaine, a constitué une mesure de publicité suffisante pour la rendre opposable aux tiers, notamment à l'égard des détenus du centre pénitentiaire sud francilien où était incarcéré M. E à la date de la décision contestée. La décision attaquée a ainsi été signée régulièrement, par délégation, par son autrice.
6. En troisième lieu, la décision attaquée, qui vise les articles R. 57-7-62 à R. 57-7-78 du code de procédure pénale, énonce les considérations de fait au regard desquelles elle a été prise. Ces mentions sont de nature à mettre en mesure M. E de discuter utilement les motifs de précaution et de sécurité ayant fondé la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. E ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues, qui ne contient aucune mesure impérative mais se borne à adresser des recommandations aux services.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire ". Aux termes de l'article R. 57-7-66 du même code : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois. Il peut renouveler la mesure une fois pour la même durée. () ". L'article R. 57-7-62 dispose que : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-76 de ce code : " Il peut être mis fin à la mesure d'isolement à tout moment par l'autorité qui a pris la mesure ou qui l'a prolongée, d'office ou à la demande de la personne détenue ".
9. Aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit n'impose à l'autorité administrative qui décide de placer, en vue de maintenir l'ordre public carcéral ou de prévenir toute atteinte à celui-ci, une personne détenue à l'isolement, de préciser la durée exacte de la mesure, laquelle ne peut en tout état de cause, hors prolongation décidée dans les formes légales et réglementaires, excéder une durée de trois mois. Au demeurant, en vertu de l'article R. 57-7-76 du code de procédure pénale, il peut être mis fin à la mesure soit d'office par l'autorité qui a pris la décision, soit à la demande de la personne détenue. Il appartient ainsi à l'administration de moduler la mesure, qui constitue une mesure de police, et non une sanction disciplinaire, en fonction des impératifs du retour à l'ordre public ou de la prévention du renouvellement des risques de troubles, lesquels impératifs ne sont pas nécessairement déterminables dès l'intervention de la mesure de placement à l'isolement, et sont susceptibles d'évoluer en cours d'exécution de la mesure. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la décision est illégale en ce qu'elle ne prévoit pas précisément sa durée d'exécution, doit être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. " Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. "
11. Il résulte des dispositions précitées que le placement en isolement pendant la détention provisoire constitue une mesure de sûreté compte tenu du risque avéré que présente le détenu pour le maintien de l'ordre carcéral. Pour décider une telle mesure, l'autorité administrative est tenue d'examiner son état de santé physique et psychique, et la dangerosité du détenu, telle qu'elle découle, d'une part, des faits dont il est prévenu et, le cas échéant, des condamnations dont il a fait l'objet, d'autre part, des risques qu'il fait courir à l'environnement carcéral, de son comportement depuis sa détention et de sa personnalité. Ces dispositions n'exigent, toutefois, pas que les actes prouvant la dangerosité de la personne aient été commis dans l'enceinte de l'établissement carcéral.
12. Pour prononcer le maintien à l'isolement de M. E, le garde des sceaux, ministre de la justice, s'est fondé sur le potentiel avéré de passage à des actes violents de l'intéressé, en mentionnant notamment sa prise de contact avec d'autres détenus condamnés pour des actes de terrorisme les 3 et 13 mars 2021, la circonstance qu'il aurait affirmé le 18 août 2021 que " vous qui ne faites pas la prière, vous avez la même vue que les chiens, on peut vous tuer, normal " dans la salle de sport de l'établissement, tel que mentionné dans un rapport d'incident rédigé le 12 août 2021 à 12 h 00, ainsi que le témoignage d'un de ses codétenus selon lequel il aurait incité à des agressions sur des surveillants pénitentiaires, relaté dans le compte rendu d'astreinte portant sur la période du 25 au 29 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que celui tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. E demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. B E, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au directeur du centre pénitentiaire sud francilien.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, première conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
C. ISSARD
La présidente,
I. BILLANDON La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026