jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2109583 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 19 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 10 septembre 2021, par laquelle M. E B, demeurant 9 rue Gaston Cantini à Villejuif (94800), représenté par Me Dalmas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 31 août 2021 par lequel le préfet de police de Paris :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police :
- de lui restituer son passeport ;
- de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte journalière de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à venir ;
- de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), afin que ces services procèdent, en application de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, à la mise à jour du fichier en tenant compte de l'annulation prononcée par le jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, notamment administrative ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par deux mémoires en réplique, enregistrés les 19 novembre 2021 et 12 octobre 2022, M. B conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en soutenant, de plus, que l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur, qu'il viole les dispositions de l'article L. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles du 7° de son article L. 313-11 ainsi que les articles L. 131-1 et L. 511-1 du code de l'Education.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 31 août 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2022 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :
- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;
- les observations de Me Dalmas, représentant M. B, requérant présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il est arrivé en France en 2018 et y travaille sans discontinuer depuis le mois de mai de cette année 2018, ce qui est le gage d'une volonté d'intégration par le travail ainsi que la preuve de sa stabilité professionnelle, ce qui est rare de nos jours ; il parle le français, ce qui là encore manifeste son envie d'insertion à la société française ; enfin, il a deux enfants de 2 et 4 ans, et ce dernier n'a été scolarisé qu'en France ; pour toutes ces raisons, l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle, professionnelle et familiale ; de plus, il est motivé de manière stéréotypé, car rédigé par un système de cases à cocher avec des croix ; enfin, il ne peut retourner en Tunisie, pays qui est marqué par une forte instabilité politique et dont l'économie a été très affaiblie par la pandémie du covid-19 ; il est donc certain qu'il ne pourra retrouver du travail en Tunisie pour y faire vivre toute sa famille.
Le préfet de police de Paris n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "
2. Par un arrêté en date du 31 août 2021, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. E B, ressortissant tunisien né le 21 février 1989, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 10 septembre 2021, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. Il résulte des termes de l'arrêté litigieux que le préfet de police a fondé l'obligation faite à M. B de quitter le territoire français sur la double circonstance selon laquelle, d'une part, le requérant est entré en France sous couvert d'un passeport non revêtu du visa réglementaire et d'autre part, qu'il n'est pas porté, dans les circonstances propres au cas d'espèce, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel qu'établi à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas sérieusement contesté en défense que M. B est entré en France début 2018 et qu'il peut donc se prévaloir de plus de trois ans de résidence habituelle à la date de l'arrêté contesté. De plus, l'intéressé vit en France avec sa famille, à savoir son épouse, Mme C A, qui l'a rejoint en octobre 2019, et ses deux enfants nés en 2017 et 2019 dont l'aîné est d'ailleurs régulièrement scolarisé en France. En outre, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, qui parle et comprend le français, justifie d'une insertion professionnelle stable puisqu'il bénéficie depuis le 2 mai 2018 d'un contrat à durée indéterminée avec la SARL SOUA sise à Aubervilliers pour un emploi de chauffeur-livreur au salaire mensuel de 1 539 euros, ce qui lui permet de subvenir aux besoins de sa famille sans être une charge déraisonnable pour le système social français. Enfin, il n'est pas contesté que l'intéressé n'a plus d'attaches familiales en Tunisie, pays dans lequel il ne pourra pas retrouver facilement du travail pour subvenir aux besoins de sa famille. Il résulte de ce qui précède qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation de la situation, notamment professionnelle, du requérant. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, cette mesure d'éloignement encourt l'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions accessoires :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Dans les circonstances de l'espèce, l'annulation prononcée au point précédent implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de mettre fin au signalement de M. B aux fins de non-admission dans le fichier du système d'information Schengen (SIS). Pour le reste, si l'intéressé souhaite obtenir un titre de séjour, il lui appartient de déposer une demande à cette fin auprès de la préfecture de son lieu de domiciliation.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté en date du 31 août 2021 par lequel le préfet de police de Paris a obligé M. B à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de mettre fin au signalement de M. B dans le fichier du système d'information Schengen (SIS) aux fins de non-admission de l'intéressé.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : C. DLa greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Riellant
N°2109583
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026