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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109587

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109587

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2021 et le 10 février 2023, Mme B A, représentée par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation, ce dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Nombret en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de demande formulée à la requérante de pièces complémentaires relatives à sa demande de titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, l'employeur de la requérante n'ayant jamais reçu de demande de pièces complémentaires ;

- que la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

- la décision attaquée méconnait l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 mars 2023 à midi.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rehman-Fawcett a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 23 novembre 1987 à Marcory (Côte d'Ivoire), est entrée en France le 29 septembre 2013 sous couvert d'un visa de long séjour portant mention " étudiant " valable jusqu'au 26 septembre 2014. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour temporaire portant mention " étudiant " du 1er octobre 2014 au 14 octobre 2018. Elle a par la suite bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour portant mention " étudiant en recherche d'emploi ", valable jusqu'au 22 août 2019. Le 15 juillet 2019, elle a sollicité auprès de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le changement de statut d'étudiant à celui de salarié. Par un arrêté du 17 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination. Mme A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a admis la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021. Il n'y a ainsi plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour de Mme A, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée, comporte l'indication des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, notamment au regard de la situation personnelle de la requérante. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles elle se fonde. En particulier, pour refuser de délivrer à l'intéressée un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'est fondé sur le motif tiré de ce que son employeur n'avait pas fourni les pièces nécessaires à l'étude de son dossier. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de la requérante et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen sérieux doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) a adressé à la société Advenis Gestion une demande de complément d'informations, aux fins de vérifier les conditions et la réalité de l'emploi de l'intéressée, à laquelle cette société n'a pas répondu. Si la requérante soutient que cette demande aurait dû lui être adressé, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'elle aurait dû, à peine d'irrégularité de la procédure suivie, être destinataire de cette demande, ni que le préfet devait, si l'employeur ne répondait pas à la demande qui lui était faite, relayer cette demande auprès de Mme A. Les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut la requérante, obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires. Ces dispositions ne trouvaient pas à s'appliquer au cas d'espèce où la DIRECCTE faisait usage, auprès de l'employeur de Mme A, de son pouvoir d'instruction. Par suite, ce moyen inopérant, doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes de l'article L. 414-12 du même code : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié " () respectivement prévues aux articles L. 421-1, () est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Cette autorisation est délivrée dans les conditions prévues par le code du travail ". Aux termes de l'article L. 5221-6 du code du travail : " La délivrance d'un titre de séjour ouvre droit, dans les conditions fixées au titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exercice d'une activité professionnelle salariée ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code : " I. - L'étranger qui bénéficie de l'autorisation de travail prévue par l'article R. 5221-1 peut, dans le respect des termes de celle-ci, exercer une activité professionnelle salariée en France lorsqu'il est titulaire de l'un des documents et titres de séjour suivants : / () / 2° La carte de séjour temporaire () portant la mention "salarié", délivrée en application de l'article L. 421-1 () ; / () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

8. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

9. Dans son mémoire en défense, le préfet soutient que la requérante ne justifiait pas d'un emploi au jour de la décision attaquée. Ce motif n'étant pas au nombre de ceux qui fondent la décision litigieuse, le préfet doit être regardé comme demandant une substitution de motifs. Mme A ne conteste pas avoir été sans emploi le 17 juin 2021, date de l'édiction de la décision. La requérante n'apportant aucune preuve d'un emploi, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif. Ainsi, alors qu'une telle substitution de motif ne prive pas la requérante d'une garantie procédurale, il y a lieu de procéder à cette substitution de motif. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur de droit en rejetant la demande de titre de séjour de la requérante.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

11. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si le demandeur peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte, qu'au soutien des conclusions tendant à l'annulation du rejet d'une demande de titre de séjour, un étranger ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions du code précité, autres que celles sur la base desquelles a été sollicitée la délivrance de ce titre. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la demande de titre de séjour du 15 juillet 2019, que Mme A a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressée soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du même code, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté en litige que le préfet aurait recherché d'office si elle pouvait être admise au séjour, à titre gracieux, sur le fondement de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant et doit, pour cette raison, être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. En ce qui concerne sa vie privée et familiale, Mme A se prévaut de sa présence en France depuis 2013. Toutefois, elle ne verse à la procédure aucun élément relatif à une éventuelle vie conjugale ou familiale qu'elle aurait établi en France. A cet égard, elle ne fait état d'aucun proche, ascendant, conjoint ou enfant qui serait présent sur le territoire. Il s'ensuit que la décision attaquée n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 précité ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision refusant son admission au séjour.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 11, que Mme A n'est pas fondée à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour. Ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme A.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Préfecture de la Seine-Saint-Denis.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière

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