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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109609

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109609

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCPA BOUAZIZ-SERRA-AYALA-BONLIEU- LE MEN- HAYOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée sous le numéro 2109609 le 22 octobre 2021 et un mémoire en réplique, enregistré le 21 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Le Men , demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le secrétaire général de la direction des services départementaux de l'éducation nationale de Seine-et-Marne l'a placé en congé d'office pour une durée d'un mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de mentionner le rapport du chef d'établissement ou l'attestation médicale sur la base de laquelle elle a été prise ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la présomption de danger immédiat n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2022, le Recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2023 à midi.

II- Par une requête enregistrée sous le n°2110431 le 16 novembre 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 21 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Le Men, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le secrétaire général de la direction des services départementaux de l'éducation nationale de Seine-et-Marne l'a placé en congé d'office pour une durée d'un mois;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de mentionner le rapport du chef d'établissement ou l'attestation médicale sur la base de laquelle elle a été prise ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la présomption de danger immédiat n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2022, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n°2109609.

Par ordonnance du 25 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin,

- et les conclusions de M. Lacote, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, professeur agrégé stagiaire de mathématiques, a été affecté au collège " Mon Plaisir " à Crécy-la-Chapelle (77 580). Par trois arrêtés des 25 juin, 22 juillet et 30 août 2021, le secrétaire général de la direction des services départementaux de Seine-et-Marne a placé M. A en congé d'office, chacun pour une durée d'un mois, jusqu'au 28 septembre 2021, avec maintien du traitement dans l'attente de l'avis du comité médical départemental. Par deux nouveaux arrêtés des 28 septembre et 29 octobre 2021, le secrétaire général de la direction des services départementaux de Seine-et-Marne a de nouveau placé M. A en congé d'office avec maintien du traitement dans l'attente de l'avis du comité médical départemental, chacun de ces arrêtés étant pris pour une durée d'un mois. Par les deux requêtes susvisées, M. A demande l'annulation des arrêtés des 28 septembre et 29 octobre 2021.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2109609 et n° 2110431, présentées par M. A, concernent la situation d'un même fonctionnaire. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 28 septembre 2021 :

3. Aux termes de l'article R. 911-36 du code de l'éducation dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions contestées: " Lorsque le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie estime, sur le vu d'une attestation médicale ou sur le rapport des supérieurs hiérarchiques d'un fonctionnaire, que celui-ci, par son état physique ou mental, fait courir aux enfants un danger immédiat, il peut le mettre pour un mois en congé d'office avec traitement intégral. Pendant ce délai, il réunit le comité médical en vue de provoquer son avis sur la nécessité d'un congé de plus longue durée. ". Il résulte de ces dispositions que la mesure conservatoire de placement d'un enseignant en congé d'office n'est susceptible d'être prise, dans l'intérêt du service, qu'en vue de prévenir un danger immédiat auquel peuvent être exposés les enfants.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a placé M. A en congé d'office avec maintien du traitement en premier lieu à compter du 28 juin 2021 par arrêté du 25 juin 2021. Son placement en congé d'office a été renouvelé à deux reprises avant l'intervention de la décision litigieuse du 28 septembre 2021. Ces décisions faisaient suite à un signalement de son chef d'établissement en date du 31 mars 2021 relayant les inquiétudes émises par certains parents selon lesquels le professeur aurait fait part devant des élèves, âgés de 11 à 13 ans de son intention de se suicider et qu'il aurait régulièrement partagé avec ses élèves les difficultés qu'il rencontrait dans sa vie personnelle, provoquant ainsi un certain malaise chez ses élèves. Le signalement faisant en outre état de ce que le requérant n'assurait pas la surveillance de ses élèves en classe, les mettant ainsi en danger immédiat. Toutefois, dans son rapport établi dès le 6 avril 2021 adressé en réponse au signalement de son chef d'établissement, M. A a répondu de manière argumentée et cohérente aux reproches qui lui étaient adressés en reconnaissant des difficultés de maintien de la discipline, mais en niant toute mise en danger de ses élèves ainsi que la tenue de tout propos suicidaires. De même, il ressort des éléments produits que les propos de nature suicidaire et la manifestation de ses difficultés personnelles ne sont rapportés que par deux parents et qu'aucun des témoignages des élèves, s'ils font état de difficulté de maintien de la discipline, ne mentionnent des propos de cette nature. De plus, il est constant que le requérant a fait l'objet d'une visite d'inspection dans les semaines précédant les incidents relayés en mars 2021, sans que pour autant il soit allégué par l'administration que des difficultés de cet ordre, similaires à celles évoquées dans le rapport du chef d'établissement du 31 mars 2021, aient été relevées par les inspecteurs. Par ailleurs, le médecin de prévention ayant reçu le requérant en consultation le 17 juin 2021, postérieurement au signalement de mars 2021 et à la relance du chef d'établissement du mois de mai 2021, a indiqué que M. A était tout à fait conscient et cohérent, que son discours était adapté et que les éléments de saisine qui lui ont été transmis faisaient état d'un positionnement avec sa hiérarchie et d'une problématique pédagogique tenant à la gestion de ses classes bien plus que d'une problématique médicale et qu'il invitait le comité médical à se prononcer sur son aptitude physique. En outre, il n'est pas fait état de nouveaux signalements intervenus après le mois de mai 2021. Enfin, postérieurement à la décision en litige, le comité médical s'est prononcé en faveur de l'aptitude aux fonctions, conformément aux conclusions du 21 septembre 2021 rendues par le médecin expert. Il en résulte que l'administration n'établit pas qu'à la date de la décision litigieuse M. A faisait courir à ses élèves un danger immédiat en raison de son état physique ou mental. Par suite, l'administration a entachée sa décision du 28 septembre 2021 d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens et sur la compétence de l'auteur de la décision en litige, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 29 octobre 2021 :

6. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 4 du présent jugement, l'administration n'établit pas que le requérant faisait courir un danger imminent à ses élèves en raison de son état physique ou psychique à la date de la décision en litige. Par suite, l'administration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens et sur la compétence de l'auteur de la décision en litige, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du secrétaire général de la direction départementale des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne en date des 28 septembre et 29 octobre 2021 sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie sera adressée à la Rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière,

2,2110431

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