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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109645

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109645

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantNGUYEN VAN HO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 octobre 2021 et 2 août 2022, M. D A B, représenté par Me Nguyen Van Ho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à Me Nguyen Van Ho, son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas défendu, mais a produit des pièces le 23 novembre 2021.

M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 octobre 2021.

Par une ordonnance du 18 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 août 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 10 août 1988 à Douala (Cameroun), qui déclare être entré irrégulièrement en France le 3 août 2016, a obtenu un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade valable du 27 février au 26 novembre 2020. L'intéressé a sollicité le 13 octobre 2020 le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 27 mai 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, dès lors, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

4. Pour prendre l'arrêté attaqué, la préfète s'est fondée notamment sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 mars 2021 qu'il a repris à son compte, selon lequel l'état de santé de M. A B nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. M. A B soutient qu'il souffre de graves troubles mentaux ayant entraîné son hospitalisation du 18 avril 2019 au 29 mai 2019 et qu'il nécessite un suivi médical constant. Toutefois, en se bornant à citer plusieurs sources publiques, dont des indicateurs de l'Organisation mondiale de la santé de 2018 montrant une différence dans l'accès aux soins entre la France et le Cameroun et un article en ligne qui fait état d'un manque de psychiatre et d'établissement de santé mentale au Cameroun tout en faisant la promotion d'un établissement de santé mentale à Badungo, un article de presse du 10 novembre 2020 qui indique, sans référence à des sources officielles, que le pays ne compterait que 11 psychiatres et un rapport de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés de juillet 2019 qui se borne à faire état des difficultés générales du système de santé au Cameroun, le requérant n'établit pas, par ces seuls documents de portée générale et dont le contenu ne fait d'ailleurs ni état de l'inexistence des traitements du requérant au Cameroun ni de leur impossible accès à la population de ce pays, qu'il n'y aurait pas un accès effectif. Enfin, si le requérant produit une capture d'écran du site de la direction de la pharmacie, du médicament et des laboratoires du ministère de la santé du Cameroun indiquant que la spécialité " Loxapine " prescrite en France au requérant dans le cadre de son traitement n'est pas commercialisée au Cameroun, il n'établit pas cette seule pièce qu'il ne pourrait accéder dans son pays d'origine à un traitement approprié, en accédant à un médicament générique contenant le même principe actif, ou encore à d'autres molécules adaptées.

5. Par suite, M. A B n'apporte pas d'éléments probants, alors qu'il lui revenait de le faire, de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis émis le 12 mars 2021. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. A B se prévaut de ce que sa mère et sa grand-mère sont décédées au Cameroun et qu'il ne connaît pas son père, ce qu'il n'établit au demeurant pas, et de son contrat de travail à durée déterminée du 24 août 2020 au 12 mars 2021 renouvelé pour de courtes périodes pour un emploi à temps partiel d'agent d'entretien. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté, que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille sur le territoire français, qu'il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et qu'il ne justifie d'aucune activité professionnelle stable et inscrite dans la durée à la date de la décision contestée alors que sa déclaration d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2020 indique un montant de salaires déclarés de 3 447 euros. Par suite, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. A B n'est pas, contrairement à ce qu'il soutient, au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour. Par suite, il ne peut valablement soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait dû consulter la commission de titre de séjour avant de rejeter sa demande.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, M. A B n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En second lieu, compte-tenu des circonstances énoncées aux points 4 et 7 de la présente décision, M. A B ne saurait soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. A B se borne à soutenir que les traitements nécessaires à sa pathologie ne sont pas disponibles au Cameroun. Toutefois, compte-tenu des circonstances énoncées au point 4 de la ressente décision, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques et faits dont il se prévaut. Par suite, le moyen doit être écarté.

15. En en second lieu, compte-tenu des circonstances énoncées aux points 4 et 7 de la présente décision, M. A B ne saurait soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendue public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le rapporteur,

J.-N. C

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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