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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109648

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109648

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCHAIB HIDOUCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 octobre et 22 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Chaib Hidouci, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Chaib Hidouci, avocat de Mme B, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Les décisions attaquées sont entachées :

- d'incompétence ;

- du fait de l'absence de signature de l'acte et d'un doute sérieux sur l'auteur de l'acte ;

- d'une insuffisance de motivation ;

- d'une erreur de droit ;

- d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- de l'inconsidération d'un titre de séjour de plein droit.

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît l'article 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 novembre 2022 à midi.

Par un courrier du 20 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, en cas d'annulation des décisions attaquées, de prononcer d'office une injonction au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme B une carte de séjour portant la mention " parent d'enfant français " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bourdin, conseillère rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 9 décembre 1981 à Lubumbashi (Congo), entrée sur le territoire national le 2 septembre 2005, sous couvert d'un visa de type D portant la mention étudiant, a été mise en possession d'une carte de séjour " étudiant " régulièrement renouvelée, puis à compter de 2008 jusqu'au 16 octobre 2014 d'une carte de séjour en qualité de " parent d'enfant français ". Elle a sollicité le 15 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 26 juillet 2021, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

3. Mme B fait valoir qu'elle est la mère d'un enfant français né le 22 juin 2007 dont le père, de nationalité française, a contribué à l'entretien depuis sa naissance mais que ce dernier, âgé de 74 ans, est placé en EHPAD depuis le 16 août 2021 et que l'enfant vit de manière continue avec elle et rend visite à son père autant que possible. La décision portant refus de titre de séjour est fondée sur l'absence de preuve que le père de l'enfant contribue à son entretien et son éducation depuis sa naissance dans les conditions prévues à l'article L. 371-2 du code civil. Ainsi que le relève le préfet dans ses écritures, la requérante ne produit pas de justificatif de la contribution du père à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis le mois de mai 2019 et n'établit pas que le placement en EHPAD empêcherait le père de l'enfant de contribuer à l'entretien de l'enfant. Toutefois, il ressort des pièces produites que ce dernier a mis en place, en mai 2008, une autorisation de prélèvement pour contribuer au règlement de la crèche de son fils, qu'il a mis en place des virements mensuels sur le compte de la requérante pour contribuer à l'entretien de son fils, qu'il a reconnu le 27 décembre 2006 avant sa naissance, à compter du 21 octobre 2009 d'abord pour un montant de 250 euros, puis à compter du 8 janvier 2015 pour un montant de 160 euros, que s'il n'est pas justifié des versements effectués au cours des années 2015 à 2018, il ressort des relevés bancaires produits que Mme B a été destinataire de virement du père de l'enfant, au cours de l'année 2019 et que celui-ci a réglé la cantine de son fils, au cours de l'année 2014. Ainsi, si la contribution à l'entretien et l'éducation de l'enfant français n'est effectivement pas établie, il apparaît néanmoins que le père de l'enfant a contribué à son éducation jusqu'en 2019 et que le refus du titre de séjour porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant dont il n'est pas contesté qu'il est de nationalité française et a toujours résidé en France depuis sa naissance, soit depuis 14 ans à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme B est fondée à invoquer la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être accueillies. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent également être annulées.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que par voie de conséquence des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que soit délivré le titre de séjour sollicité. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " parent d'enfant français ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaib Hidouci, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Chaib Hidouci de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 26 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention "parent d'enfant français" dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à Me Chaib Hidouci, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Chaib Hidouci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfecture de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

S. BOURDIN

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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