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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109690

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109690

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBICHET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, M. D B, représenté par le cabinet d'avocats Bichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle ainsi que la décision implicite par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle d'Ile-de-France (CLAC) du CNAPS a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le gestionnaire du CNAPS en charge de l'enquête administrative menée dans le cadre de sa demande de renouvellement de carte professionnelle disposait d'une habilitation pour réaliser cette mission ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement n'est pas contraire aux conditions de moralité prévues par l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le conseil national des activités privées de sécurité, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il soutient le moyen de la requête n'est pas fondé.

Par une lettre du 30 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission locale d'agrément et de contrôle d'Île-de-France, dès lors que la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du 25 août 2021, prise à la suite du recours administratif obligatoire prévu par l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, s'est substituée à cette décision en application de l'article R. 633-9 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- et les conclusions de M. Zanella, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B a saisi, le 6 avril 2021, la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) d'Île-de-France qui a implicitement refusé de lui renouveler sa carte professionnelle délivrée en qualité d'agent de sécurité privée. Par une délibération du 25 août 2021, la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté ce recours et a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de la carte professionnelle. M. B demande au tribunal d'annuler cette délibération et la décision implicite de rejet de la CLAC d'Île-de-France.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle d'Île-de-France :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure alors applicable : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ". Selon l'article R. 632-11 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La Commission nationale d'agrément et de contrôle : / () / 2° Statue sur les recours administratifs préalables formés à l'encontre des décisions des commissions régionales et interrégionales, sur le fondement de l'article L. 633-3. () ". L'article R. 633-9 de ce code, alors applicable, prévoit que : " () Toute décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle se substitue à la décision initiale de la commission locale d'agrément et de contrôle. () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

3. Il résulte de ce qui précède que la décision du 25 août 2021 par laquelle la CNAC a rejeté le recours préalable obligatoire dirigé contre la décision implicite de la CLAC d'Île-de-France, s'est substituée à cette dernière décision. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 décembre 2020 sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'enquête administrative a été réalisée par un agent du CNAPS qui disposait d'une habilitation spéciale pour accéder au fichier de traitement des antécédents judiciaires, laquelle a été accordée par le préfet de police de Paris par un arrêté du 27 juillet 2020. Le numéro matricule de cet agent est mentionné sur sa fiche d'habilitation et correspond à celui porté sur l'extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires, consulté par ce dernier le 1er juin 2021. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'habilitation du gestionnaire en charge de l'enquête administrative, à supposer que le requérant ait entendu le soulever en l'espèce, ne peut, en tout état de cause, être qu'écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes () ". L'article L. 612-20 du même code, dans sa version applicable, dispose que : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / ()/ La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2° et 3°. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

7. Pour refuser à M. B le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée, la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a retenu que l'intéressé a été mis en cause, le 6 novembre 2017, en qualité d'auteur de faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, ces faits ayant donné lieu, le 8 juin 2021, à une médiation pénale prononcée par le procureur de la République du tribunal judicaire de Melun. Le requérant ne conteste pas la matérialité des faits qui est, en tout état de cause, établie par la convocation pour une médiation pénale à l'initiative du procureur de la République. Si l'intéressé fait cependant valoir que les faits reprochés se sont déroulés dans un contexte de " différends familiaux " et de violences réciproques, M. B ne saurait justifier ce contexte par les énonciations contenues dans la main courante qu'il a lui-même déposée le 15 juin 2018 suite à des faits de violence de son épouse à son endroit, dès lors que les faits qui sont relatés sont postérieurs de sept mois aux faits de violence pour lesquels il a été mis en cause et sans lien avec ces derniers. Les faits sur lesquels s'est fondée la commission nationale traduisent un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des biens et des personnes et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée, la circonstance qu'un classement sans suite ait été ordonné par le procureur de la République étant sans incidence sur la matérialité des faits établie. Par suite, en estimant que ces faits révèlent un comportement difficilement contrôlable, qui n'est pas compatible avec l'exercice d'activités de sécurité privée lesquelles nécessitent une maîtrise de soi et le respect de l'intégrité d'autrui et qu'ils sont d'autant plus graves qu'ils ont été commis alors que l'intéressé était titulaire d'une carte professionnelle et ne pouvait ainsi ignorer les obligations déontologiques inhérentes à son activité, la commission nationale n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure en déduisant qu'eu égard à leur caractère grave, les agissements de M. B étaient incompatibles avec l'exercice d'activités privées de sécurité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. C, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Morisset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. C La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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