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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110360

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110360

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 14 novembre 2021, le 22 novembre 2021 et le 3 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Paradeise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le maire de Pommeuse a délivré à la société SFR un permis de construire à fin d'installation d'un pylône treillis équipé d'antennes radiotéléphoniques sur le terrain situé rue du Réservoir, ensemble la décision du maire de Pommeuse du 15 septembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable dès lors qu'elle dispose d'un intérêt à agir ;

- son recours est recevable dès lors qu'elle l'a introduit dans le délai de recours contentieux ;

- l'arrêté du 30 mars 2021 est entaché d'incompétence dès lors que la seule autorité compétente pour signer cet arrêté était le maire ;

- l'arrêté méconnait l'article N.11 du règlement du plan local d'urbanisme car le projet ne s'intègre pas dans le paysage et porte atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- il existait d'autres solutions permettant de ne pas édifier un pylône notamment en recourant à la mutualisation des équipements ;

- il méconnait les dispositions de l'article 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques dès lors que la société SFR n'a pas transmis le dossier d'information à la mairie et que les administrés n'ont pas été en mesure d'effectuer des observations sur le dossier d'information et de les adresser au maire de la commune en l'absence de dépôt d'un tel dossier ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que le projet porte sur l'implantation de trois antennes et non d'une seule.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 mars 2022 et le 6 avril 2023, la commune de Pommeuse, représentée par Me Taieb, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas respecté la formalité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme pour introduire son recours gracieux ;

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- l'adjoint au maire de la commune était compétent pour signer l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté ne méconnait pas les dispositions de l'article N.11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- si la société avait pu recourir à la mutualisation de ses infrastructures, elle l'aurait fait ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques est inopérant ;

- le maire n'a pas commis d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 janvier 2022, la société SFR, représentée par Me Guillou, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante n'a pas respecté la formalité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme pour introduire son recours gracieux ;

- son recours est irrecevable dès lors qu'elle ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- l'adjoint au maire de la commune était compétent pour signer l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté ne méconnait pas les dispositions de l'article N.11 du plan local d'urbanisme ;

- si elle avait pu recourir à la mutualisation de ses infrastructures, elle l'aurait fait ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques est inopérant ;

- le maire n'a pas commis d'erreur de fait.

Par une lettre du 18 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 15 septembre 2022 sans information préalable.

Par une ordonnance de clôture immédiate, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des postes et communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paradeise, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 mars 2021, le maire de Pommeuse a délivré un permis de construire à la société SFR à la suite de sa demande déposée le 1er mars 2021 pour l'installation d'un pylône treillis équipé d'antennes sur une parcelle cadastrée section B n°41, située rue du Réservoir. Par un courrier du 31 août 2021, Mme B a formé à l'encontre de cet arrêté un recours gracieux, qui a été rejeté par le maire de Pommeuse le 15 septembre 2021. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le signataire de l'arrêté attaqué, M. A D, adjoint au maire de Pommeuse, avait reçu délégation à l'effet de signer les autorisations et autres documents relatifs à l'urbanisme par un arrêté du 26 mai 2020 régulièrement affiché. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte pourra être écarté.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que le maire a entaché sa décision d'une erreur de fait ne peut qu'être écarté dès lors qu'il ressort des pièces du dossier et notamment du dossier d'information et du plan de masse que le projet litigieux consiste bien en la construction d'un seul pylône devant supporter trois antennes.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article N.11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Pommeuse : " L'autorisation d'utiliser le sol, de bâtir, de créer tout aménagement, peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions particulières, si l'opération proposée, par sa situation, son implantation, l'aspect architectural des bâtiments et ouvrages à édifier, est susceptible de porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites ou aux paysages naturels ou urbains ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux doit s'implanter sur une parcelle située en zone naturelle, non cultivée, d'une surface de 10 402 m² à proximité d'un château d'eau situé sur ladite parcelle, dans un environnement rural, composé aux alentours de terres agricoles, d'espaces forestiers ainsi que d'un hameau composé de maisons individuelles. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que l'environnement de proximité du projet présente un intérêt ou un caractère particulier. Si le pylône d'une hauteur de 36 mètres sera visible directement depuis les maisons du hameau et notamment celle de la requérante qui se situe à moins de 100 mètres du projet, la présence de végétaux et d'arbustes ainsi que le traitement du pylône dans un matériau treillis revêtu d'une couleur gris galvanisé en atténuent toutefois la perception visuelle. Dans ces circonstances, malgré la hauteur du projet, le maire n'a pas méconnu les dispositions précitées.

6. En quatrième lieu, la circonstance que d'autres sites d'implantation étaient possibles pour installer le relais de radiotéléphonie et notamment la mutualisation avec d'autres infrastructures dans la commune est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, le maire n'étant tenu de se prononcer que sur la conformité des projets pour lesquels une autorisation d'urbanisme est sollicitée au regard des règles d'urbanisme en vigueur et non pas d'apprécier l'opportunité du choix d'implantation au regard d'autres sites d'implantation susceptibles d'être plus adaptés. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 34-9-1 du code des postes et communications électronique : " () B. Toute personne souhaitant exploiter, sur le territoire d'une commune, une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences en informe par écrit le maire ou le président de l'intercommunalité dès la phase de recherche et lui transmet un dossier d'information un mois avant le dépôt de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable, sauf accord du maire ou du président de l'intercommunalité sur un délai plus court. () / C. Le dossier d'information mentionné au premier alinéa du B du présent II comprend, à la demande du maire, une simulation de l'exposition aux champs électromagnétiques générée par l'installation. / D. Le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale mettent à disposition des habitants les informations prévues aux B et C du présent II par tout moyen qu'ils jugent approprié et peuvent leur donner la possibilité de formuler des observations, dans les conditions définies par décret en Conseil d'État. / E. Lorsqu'il estime qu'une médiation est requise concernant une installation radioélectrique existante ou projetée, le représentant de l'État dans le département réunit une instance de concertation, le cas échéant à la demande du maire ou du président de l'établissement public de coopération intercommunale. La composition et les modalités de fonctionnement de cette instance sont précisées par décret () ".

8. Les dispositions précitées de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ne sont pas applicables à l'instruction des déclarations ou demandes d'autorisation d'urbanisme, pour lesquelles le contenu du dossier de demande est défini par les dispositions de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du B du II de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques doit être écarté comme étant inopérant.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir invoquées en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pommeuse, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

11. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante la somme de 750 euros à verser à la commune de Pommeuse et la somme de 750 euros à verser à la société SFR au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera une somme de 750 euros à la commune de Pommeuse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Mme B versera une somme de 750 euros à la société SFR au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à la commune de Pommeuse et à la société française de radiotéléphonie.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère.

Mme Senichault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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