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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110407

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110407

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBLATTER SEYNAEVE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 novembre 2021 et 26 août 2022, la société Nissim 94, représentée par le cabinet Blatter Seynaeve et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Champigny-sur-Marne a procédé au retrait du permis de construire et du permis de construire modificatif qui lui ont été respectivement délivrés les 18 juillet 2017 et 29 septembre 2018 et a refusé de lui accorder ces permis en vue de la construction de deux immeubles comprenant dix logements sur un terrain situé 7 impasse Saint-Amand (Champigny-sur-Marne), ainsi que la décision implicite du 1er novembre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions de retrait :

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire n'était pas entachée de fraude et que le retrait est intervenu plus de trois mois après la délivrance des permis ;

En ce qui concerne les décisions de refus :

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que le maire ne pouvait refuser des permis de construire d'ores et déjà délivrés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, la commune de Champigny-sur-Marne, représentée par le cabinet Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Nissim 94 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Nissim 94 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Grand rapporteur public,

- et les observations de Me Dos Santos, représentant la société Nissim 94, et de Me Richardeau, représentant la commune de Champigny-sur-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Par des arrêtés du 18 juillet 2017 et du 29 septembre 2018, le maire de Champigny-sur-Marne a délivré à la société Nissim 94 un permis de construire et un permis de construire modificatif en vue de la réalisation de deux immeubles à usage d'habitation de type R +4 sur un terrain situé 7 impasse Saint Amand (Champigny-sur-Marne). Par un arrêté du 22 juillet 2021, le maire de cette commune a retiré ces décisions et a refusé d'accorder les autorisations d'urbanisme formées par l'intéressée dans le cadre de l'opération ayant donné lieu au retrait de ces permis. Par un courrier du 31 août 2021, reçu le 1e septembre suivant, la société Nissim 94 a demandé au maire de procéder au retrait de ce dernier arrêté. Sa demande a été implicitement rejetée le 1e novembre 2021. La société Nissim 94 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de retrait des permis de construire :

2. Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".

3. Un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration. Lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai.

4. D'une part, pour retirer les permis de construire dont bénéficiait la société Nissim 94, le maire de Champigny-sur-Marne s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle avait obtenu par fraude ces autorisations d'urbanisme dès lors que, par les pièces jointes à sa demande, elle a cherché à " tromper l'administration sur la bonne insertion du projet dans son environnement " en dissimulant l'environnement pavillonnaire dans lequel le projet devait s'implanter. Toutefois, il ressort des pièces constituant la demande de permis de construire que la notice du projet (pièce PC 4) mentionne l'existence des pavillons présents dans l'impasse Saint Amand et que le service instructeur pouvait se rapporter aux photographies de l'état existant (pièce PC 7-8) ainsi que sur les documents d'insertion (PC 6) qui permettent d'apprécier l'insertion du bâtiment projeté dans son environnement immédiat. Par ailleurs, le maire de Champigny-sur-Marne ne saurait faire grief à la notice de faire état de la présence de bâtiments de type R + 3 et R + 4 dès lors qu'il ressort de ces mêmes pièces que de tels immeubles sont bien implantés à proximité du projet, l'un, impasse Saint Amand, et plusieurs autres, boulevard de Stalingrad. En outre, la circonstance que les plans de façade (pièces PC 5-10 et PC 5-11) feraient, sous la forme d'une silhouette sommaire et non cotée, une représentation erronée de la maison mitoyenne n'est pas davantage de nature à établir l'existence d'une manœuvre frauduleuse dès lors que ces plans n'ont pas pour objet de représenter l'environnement immédiat du projet. Enfin, et alors même que l'un des documents d'insertion paraît représenter un bâtiment de trois étages et non de quatre, cette erreur, à la supposer établie, n'a pas été de nature à induire en erreur le service instructeur qui disposait d'une notice architecturale et de plans de façades permettant d'apprécier la consistance du projet. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société pétitionnaire aurait délibérément fourni à l'administration, à l'appui de sa demande de permis de construire, des informations erronées en vue de tromper l'administration sur l'insertion de son projet dans son environnement. Il suit de là que la société Nissim 94 est fondée à soutenir qu'en l'absence d'établir l'existence d'une fraude, le maire de Champigny-sur-Marne n'a pu légalement retirer le permis de construire du 18 juillet 2017 et le permis de construire modificatif du 29 septembre 2018.

5. D'autre part, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que les permis de construire dont est bénéficiaire la société requérante n'ont pas été obtenu par fraude, la requérante est également fondée à soutenir que la décision en litige est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme pour avoir été prise tardivement, plus de trois mois après la délivrance des autorisations d'urbanisme qu'elle retire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de Champigny-sur-Marne du 22 juillet 2021 en tant qu'il procède au retrait du permis de construire et du permis de construire modificatif qui ont été respectivement délivrés à la société Nissim 94 les 18 juillet 2017 et 29 septembre 2018 doit être annulé.

En ce qui concerne la décision de refus de permis de construire :

7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. Toutefois, si postérieurement à la délivrance du permis de construire, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai. Il s'ensuit que si le maire de Champigny-sur-Marne a, par son arrêté attaqué, retiré les permis de construire accordés à la société requérante, la décision contenue dans le même arrêté, refusant les permis de construire est sans objet. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, elle ne peut qu'être annulée alors qu'au surplus l'annulation, par le présent jugement, de la décision de retrait des permis de construire dont bénéficiait la société requérante a pour effet de les remettre en vigueur.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de Champigny-sur-Marne du 22 juillet 2021 portant retrait du permis de construire du 18 juillet 2017 et du permis de construire modificatif du 29 septembre 2018 et refus de délivrance d'un permis de construire ainsi que le rejet implicite du recours gracieux doivent être annulés.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Champigny-sur-Marne au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la société Nissim 94 qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Champigny-sur-Marne la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Nissim 94 et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Champigny-sur-Marne du 22 juillet 2021 portant retrait des permis de construire du 18 juillet 2017 et du permis de construire modificatif du 29 septembre 2018 délivrés à la société Nissim 94 et portant refus d'une délivrance d'un permis de construire ainsi que la décision de rejet implicite du recours gracieux née le 1e novembre 2021 sont annulés.

Article 2 : La commune de Champigny-sur-Marne versera à la société Nissim 94 la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Champigny-sur-Marne tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Nissim 94 et à la commune de Champigny-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. B, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. B

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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