lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110488 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DUFOUR |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 15 novembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 29 octobre 2021, par laquelle M. B F, demeurant 10 rue Gaston Monmousseau à Ivry-sur-Seine (94200), représenté par Me Dufour, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 28 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine : - l'a obligé à quitter le territoire français ;
- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- a fixé le pays de destination ;
- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet compétent :
- de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
- à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. F soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle viole l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-7 du même code ;
- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- il est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il dispose de solides garanties de représentation, étant titulaire d'un passeport et d'une adresse fixe et sérieuse ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'administration n'a pas pris en compte les quatre critères mis en place par le législateur ;
- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet des Hauts-de-Seine en date du 28 octobre 2021 ;
- les pièces complémentaires, enregistrées le 20 septembre 2022, présentées pour M. F ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. H pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique tenue le 10 novembre 2022 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport.
Ni M. F, requérant, ni le préfet des Hauts-de-Seine, défendeur, ne sont présents ou représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 28 octobre 2021 notifié à 19 heures, le préfet des Hauts-de-Seine a, sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. B F, ressortissant tunisien né le 11 octobre 1977, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, enregistrée le 29 octobre 2021, M. F demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. F est entré en France en mars 2002 et qu'il a séjourné de manière régulière sur le territoire français pendant 10 ans, entre 2011 et 2021, puisqu'il était titulaire d'une carte de résident valable du 22 juin 2011 au 21 juin 2021 ; d'autre part, il ressort également des pièces du dossier que l'épouse du requérant, Mme C E, née le 18 avril 1978 à Nanterre, est ressortissante française puisqu'elle est titulaire d'un passeport français valable jusqu'en 2025 ; de l'union entre le requérant et Mme E sont nées trois filles, D, G et A, respectivement les 8 novembre 2009, 14 mars 2014 et 30 mars 2018. Ces enfants sont scolarisés ainsi qu'il ressort des attestations de scolarité produits par le conseil du requérant. De plus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué par le préfet, que la communauté de vie entre M. F et son épouse aurait cessé ; au contraire, les pièces jointes à la requête établissent la permanence de la communauté de vie au 10 rue Gaston Monmousseau à Ivry-sur-Seine, domicile commun du couple. Par suite, en indiquant dans son arrêté que M. F s'était maintenu depuis 2002 en situation irrégulière sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, alors qu'il a été titulaire d'un titre de séjour de dix ans entre 2011 et 2021, que les membres de la famille du requérant étaient en situation irrégulière alors que son épouse est française, ainsi d'ailleurs que ses trois enfants français par filiation et d'ailleurs tous titulaires de passeports français, le préfet a entaché son arrêté d'un défaut d'examen suffisamment sérieux de la situation de M. F.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " En plus de la situation personnelle et familiale de M. F décrite ci-dessus, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé est très bien inséré, notamment sur le plan professionnel, puisqu'il justifie depuis mars 2019 de bulletins de paie pour un emploi de gérant d'une boulangerie-pâtisserie sise à Montrouge ; il en est d'ailleurs de même de son épouse. Il résulte de ce qui précède qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et en l'interdisant de retour sur le territoire français sur lequel le requérant a construit de manière stable et durable sa vie privée et familiale, le préfet des Hauts-de-Seine a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Ce faisant, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché les décisions contenues dans son arrêté d'illégalité interne ; il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, celles-ci encourent l'annulation.
Sur les conclusions accessoires :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Dans les circonstances de l'espèce, il ne convient pas d'assortir l'annulation prononcée au point précédent d'une quelconque injonction.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " En application de ces dispositions et dans les circonstances de l'espèce, il est mis à la charge de l'Etat le versement à M. F de la somme de 800 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté en date du 28 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. F à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. F la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet des Hauts-de-Seine.
Lu en audience publique le 14 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : C. HLa greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110488
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026