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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110619

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110619

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMULAND DE LIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 16 novembre et 1er décembre 2021 sous le n° 2110619, M. B A D, se faisant domicilier par France Terre d'Asile (FTDA) au 13 rue Olof Palme à Créteil (94000), représenté par Me Muland de Lik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 septembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne :- lui a refusé le séjour au titre de l'asile ;

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A D soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elles violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation en violation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il viole les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel et approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée en violation de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;

- elle ne fait pas apparaître les circonstances de fait propres à sa situation ;

- elle viole l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 14 septembre 2021 ;

- les pièces, enregistrées le 5 novembre 2022, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 91-266 du 19 décembre 1991 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 10 novembre 2022 en présence de Mme Darnal, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Rahmouni, substituant Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui remet à l'audience certaines pièces relatives à la situation administrative du requérant, notamment sa fiche Telemofpra, et conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la demande d'asile du requérant a été rejetée successivement par l'OFPRA et la CNDA en janvier et juillet 2021 et que l'intéressé ne fait valoir aucun élément nouveau ; par suite, l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur ces rejets, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; enfin, l'intéressé étant célibataire sans enfant, aucune atteinte n'a été portée à sa vie privée et familiale.

M. A D, requérant, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°() " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "

2. Par un arrêté en date du 14 septembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé à M. B A D ressortissant congolais né le 5 février 1984 à Kinshasa, l'admission au séjour, l'a obligé, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 16 novembre 2021, M. A D demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. A D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 16 février 2022, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " ; aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait du refus d'admission au séjour opposé à M. A D puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 313-13 et L. 314-11 8° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature antérieure au 1er mai 2021, et précise que le requérant a vu sa demande d'asile être rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 15 janvier 2021 notifiée le 4 février suivant et que ce refus a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par décision du 23 juillet 2021 notifiée le même jour. L'arrêté en conclut que l'intéressé ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour ou d'une carte de résident au titre de l'asile. L'arrêté mentionne également que M. A D n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour et que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules type, le refus d'admission au séjour est suffisamment motivé en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue aux articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

6. D'une part, en plus de ce qui a été dit au point précédent, l'arrêté litigieux vise également le 4° de l'article L. 611-1 précité. Il en résulte que, nonobstant l'emploi de quelques formules type, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

7. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. A D, en l'espèce congolaise, et indique en son avant-dernier considérant que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. A D soulève la violation des stipulations précédentes ; toutefois, d'une part, il est constant que la durée de séjour en France de l'intéressé, au demeurant faible puisqu'il déclare être entré en France en 2020, n'est que la résultante du traitement par les instances compétentes de sa demande en 2020 et 2021 et ne lui confère en elle-même aucun droit. D'autre part, il n'est pas contesté que l'intéressé est célibataire sans charge de famille en France. De plus, il ne démontre ni même d'ailleurs n'allègue aucune insertion, notamment professionnelle. Enfin, le requérant n'établit pas être isolé dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 36 ans selon ses déclarations et dans lequel il a donc passé l'essentiel de son existence. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

9. Pour les mêmes raisons, la préfète n'a pas davantage entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A D.

10 En quatrième lieu, il résulte tant des termes de l'arrêté attaqué, qui fait état d'éléments propres à la situation du requérant, que de ce qui a été développé au point précédent sur cette même situation, que la préfète a suffisamment examiné la situation de M. A D avant de prendre à son encontre les décisions contenues dans l'arrêté litigieux.

11. En cinquième lieu, M. A D soulève la méconnaissance de son droit d'être entendu. Si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A décrite au point 8, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme infondé.

En ce qui concerne le moyen spécifique au refus d'admission au séjour :

12. Si M. A D soulève la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen ne pourra être qu'écarté comme inopérant en ce qu'il est dirigé contre un décision de refus d'admission au séjour qui ne fixe pas en elle-même le pays de destination.

13. Il résulte ce qui a été développé aux points précédents que le refus d'admission au séjour opposé à M. A D est légal.

En ce qui concerne le moyen spécifique à l'obligation de quitter le territoire français :

14. Il résulte de la légalité du refus d'admission au séjour que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour.

15. Il résulte ce qui a été développé aux points précédents que l'obligation de quitter le territoire français est légale.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 513-2 dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. A D soulève la violation de ces dispositions et stipulations en soutenant qu'il encourt des risques de traitement inhumain et dégradant en cas de retour dans son pays. Or, le requérant ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. A surplus, la demande d'asile de M. A D a été successivement rejetée par l'OFPRA puis la CNDA en janvier et en juillet 2021 ; or l'intéressé n'apporte aucun élément nouveau sur lequel ces instances ne se seraient pas déjà prononcées.

17. En dernier lieu, il résulte tant des termes de l'arrêté litigieux, qui font état du rejet de la demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA successivement ainsi que de ce qui précède sur la situation du requérant au regard de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, qui ne sont pas démontrées par l'intéressé, que le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux ne fait pas apparaître les circonstances de fait propres à la situation du requérant doit être écarté comme infondé.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 septembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 14 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : C. CLa greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110619

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