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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110670

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110670

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantANDRIVET CAROLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2021, M. A B, représentée par Me Andrivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 13 septembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- méconnaît l'autorité de la chose jugée du jugement du tribunal administratif de Melun du 27 janvier 2020 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les autres décisions doivent être annulées en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2021/006827du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gambien né 29 novembre 1997, se maintenant en situation irrégulière sur le territoire français, a sollicité la régularisation de sa situation administrative au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée le 14 mars 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, par une décision du 25 janvier 2019, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par M. B contre cette décision. Par un arrêté du 28 mars 2019, le préfet du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1910459 du 27 janvier 2020, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 28 mars 2019 en ce qu'il faisait obligation à M. B de quitter le territoire français et a enjoint au préfet le réexamen de sa situation. En exécution de cette décision, la préfète du Val-de-Marne a, par un arrêté du 13 septembre 2021 dont M. B demande l'annulation, rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables et mentionne des éléments relatifs à la situation familiale et professionnelle de M. B ainsi que les diplômes et attestations dont il se prévaut. Il comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour, laquelle est, par suite, suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la préfète n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B fait valoir, d'une part, qu'il est entré sur le territoire français en 2017 en compagnie de sa belle-mère et de sa sœur qui résident toujours en France et d'autre part, qu'il a entrepris d'importants efforts d'intégration se manifestant par son engagement bénévole dans des associations, par le suivi de cours de français, de formations et stages à visée professionnelle. Par ces seuls éléments, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne peut toutefois être regardé comme ayant tissé des liens privés et familiaux tels qu'il aurait vocation à y rester eu égard à la durée de son séjour en France et au regard des liens conservés dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où demeure notamment son père. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour de la préfète de Val-de-Marne porte à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées précédemment, il n'apparaît pas davantage que la préfète ait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. M. B se prévaut de l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du 27 janvier 2020 du tribunal administratif de Melun annulant la décision portant obligation de quitter le territoire pour erreur manifeste d'appréciation. En édictant une nouvelle obligation de quitter le territoire sans relever aucun changement de circonstance, alors que les motifs de cette nouvelle décision sont en substance les mêmes que ceux qui avait été jugés entachés d'une erreur manifeste d'appréciation par le jugement du 27 janvier 2020 devenu définitif, la préfète du Val-de-Marne a méconnu l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache à ce jugement et a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français. L'annulation de cette décision emporte, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour fixant à l'intéressé un délai de départ volontaire de trente jours ainsi que le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. En raison du motif que la fonde, l'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la situation administrative de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

Sur les frais liés au litige :

10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administration et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Andrivet, conseil de M. B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Andrivet de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 13 septembre 2021 est annulé en tant qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Andrivet une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Andrivet renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du

Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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