mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110751 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | TALEB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 novembre 2021, 24 février et 4 juillet 2022, Mme B épouse C, représentée par Me Taleb, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle est dépourvue d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- c'est à tort que le préfet mentionne qu'elle ne déclare aucun revenu et constitue une charge déraisonnable pour l'Etat et qu'elle n'allègue aucun risque de subir en Algérie un traitement inhumain ou dégradant ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique ont été entendus :
- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;
- les observations de Me Taleb, avocat de Mme B épouse C ;
- et les observations de Mme B épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse C, ressortissante algérienne, née le 26 octobre 1992, se maintenant irrégulièrement en France, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 26 octobre 2021, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme B épouse C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, Mme B épouse C soutient que le préfet n'a pas, dans son arrêté, fait état de certains éléments concernant sa situation personnelle, telle que la circonstance qu'elle a subi des violences conjugales en Algérie qui se sont poursuivies en France et qu'elle réside en France depuis plusieurs années, ainsi que ses efforts d'intégration culturelle et par le travail, allant jusqu'à justifier d'une demande d'autorisation de travail faite par son dernier employeur. Toutefois ces éléments ne sont pas, par eux-mêmes, de nature à révéler un défaut d'examen particulier de sa situation.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Ces dispositions, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. D'une part, Mme B épouse C soutient qu'elle s'exposerait, en cas de retour en Algérie, à un risque de traitements inhumains et dégradants de la part de sa famille et de sa belle-famille, allant jusqu'à être exclue de sa famille et être séparée de sa fille, dès lors qu'elle a pris l'initiative de se séparer de son époux violent et entamé des démarches administratives et judiciaires en France afin d'obtenir une protection. Toutefois, s'il ne saurait être question de mettre en doute les violences subies en France par Mme B épouse C de la part de son époux, attestées par de nombreuses pièces versées au dossier, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle ne pourrait pas solliciter la protection de l'Etat algérien. D'autre part, la requérante ne démontre pas une insertion professionnelle solide dès lors qu'elle n'a effectué, depuis son arrivée en France en 2016, que des contrats de travail de courte durée dans différents secteurs. Si la requérante se prévaut d'un contrat à durée indéterminée signé le 1er juillet 2020, d'une demande d'autorisation de travail formulée par son employeur à son bénéfice et d'une promesse d'embauche qui lui a été faite par la société Biscra le 29 juin 2021, ces éléments récents ne suffisent pas à établir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si Mme B épouse C se prévaut d'une intégration culturelle et professionnelle réussie et de sa présence en France depuis six ans, elle n'allègue pas être dépourvue de toute attache personnelle dans son pays d'origine qu'elle a quitté à l'âge de 24 ans et où résident encore sa mère et sa sœur avec lesquelles elle n'établit pas qu'elle n'aurait plus de contact. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir que, du fait du choix qu'elle a fait de demander à divorcer, elle se trouverait isolée en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour en litige le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Si Mme B épouse C soutient qu'elle serait séparée de sa fille en cas de retour en Algérie, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour en litige n'aurait pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de son enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 6, Mme B épouse C n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que cette décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes raisons tenant à la situation personnelle et familiale de Mme B épouse C, précédemment exposées, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas, en faisant obligation à la requérante de quitter le territoire français, entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle comporte sur sa situation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
A. Perrin
Le président,
T. Gallaud
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026