mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110762 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | GIORNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2021 et 17 octobre 2022, la société " AF Commerce " représentée par la SELARLU Julie Giorno Avocat, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté non daté par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé, entre le 12 juillet 2021 et le 12 juillet 2022, l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité à 23 heures sur certains secteurs de la commune ;
2) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20 heures à 8 heures sur certains secteurs de la commune ;
3) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges une somme de
3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté non daté par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé à 23 heures du 12 juillet 2021 au 12 juillet 2022 l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité :
- il est entaché de vices de forme dès lors qu'il n'est pas daté, qu'il ne comporte pas la signature de son auteur et qu'il n'est pas numéroté ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il revêt le caractère d'un acte non réglementaire en s'apparentant à une décision individuelle de fermeture administrative et qu'il aurait ainsi dû lui être notifié ;
- il est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les troubles invoqués liés à la consommation de boissons alcooliques et la vente à emporter de telles boissons comme facteur générateur de troubles à l'ordre et à la tranquillité publics ne sont pas établis ;
- il porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.
En ce qui concerne l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20h à 8h :
- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait été régulièrement publié au recueil des actes administratifs ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il revêt le caractère d'un acte non réglementaire en s'apparentant à une décision individuelle de fermeture administrative et qu'il aurait ainsi dû lui être notifié ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors que, sous couvert d'un arrêté règlementaire d'interdiction de vente d'alcool, le maire de la commune ne visait que son seul commerce ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les troubles invoqués liés à la consommation de boissons alcooliques et à la vente à emporter de telles boissons comme facteur générateur de troubles à l'ordre et à la tranquillité publics ne sont pas établis ;
- il porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Villeneuve-Saint-Georges, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société AF Commerce au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duhamel,
- les conclusions de M. Grand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté non daté, le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé du 12 juillet 2021 au 12 juillet 2022 l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité à 23 heures sur certains secteurs de la commune. Par un second arrêté du 22 juillet 2021, il a interdit la vente d'alcool à emporter de 20 heures à 8 heures sur divers secteurs de la commune. La société "AF Commerce" qui exploite une épicerie située place Hector Berlioz à Villeneuve-Saint-Georges demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur les conclusions aux fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté non daté par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé à 23 heures du 12 juillet 2021 au 12 juillet 2022 l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité :
2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".
3. Si la commune de Villeneuve-Saint-Georges allègue que l'arrêté en litige n'était pas exécutoire dès lors qu'il n'avait pas fait l'objet d'une transmission au service du contrôle de légalité et que les agents de police municipale ont commis une erreur matérielle en le présentant au gérant de la société requérante en lieu et place de l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20h à 8h, elle ne conteste pas avoir procédé à la notification de cet arrêté dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été mis à exécution ni qu'il aurait fait l'objet d'une mesure de retrait ou d'abrogation. En l'espèce, il est constant que cet arrêté n'est ni signé, ni daté. Par suite, la société " AF Commerce " est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté non daté par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé du 12 juillet 2021 au 12 juillet 2022 à 23 heures l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité doit être annulé.
En ce qui concerne l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20h à 8h :
5. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ".
6. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, notamment l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit.
7. Dès lors que l'exercice de pouvoirs de police administrative est susceptible d'affecter des activités de production, de distribution ou de services, la circonstance que les mesures de police ont pour objectif la protection de l'ordre public ou, dans certains cas, la sauvegarde des intérêts spécifiques que l'administration a pour mission de protéger ou de garantir n'exonère pas l'autorité investie de ces pouvoirs de police de l'obligation de prendre en compte également la liberté du commerce et de l'industrie et les règles de concurrence. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier la légalité de ces mesures de police administrative en recherchant si elles ont été prises compte tenu de l'ensemble de ces objectifs et de ces règles et si elles en ont fait, en les combinant, une exacte application.
8. Pour interdire, par l'arrêté contesté du 22 juillet 2021, la vente d'alcool à emporter de 20 h à 8 h sur certains secteurs de la commune, le maire de Villeneuve-Saint-Georges s'est fondé, en droit, sur les dispositions des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales. En fait, il s'est fondé sur le motif tiré de la nécessité de préserver la sécurité et la tranquillité des habitants ainsi que de minimiser les troubles compte tenu de ce que la consommation excessive sur la voie publique de boissons alcoolisées par des individus favorise en soirée et la nuit des troubles à l'ordre public, des risques pour la santé du public jeune, la présence régulière d'individus en état d'ébriété sur le domaine public occasionnant des troubles de voisinage et des nuisances sonores ainsi que des interventions régulières des forces de police afin de faire cesser les troubles causés par les individus en état d'ivresse.
9. Toutefois, alors que la société requérante allègue que les troubles invoqués liés à la consommation de boissons alcooliques et à la vente à emporter de telles boissons comme facteur générateur de troubles à l'ordre et à la tranquillité publics ne sont pas établis, les éléments pris en compte dans l'arrêté attaqué, compte tenu de leur imprécision en ce qui concerne tant la période au cours de laquelle les nuisances en cause auraient été relevées que leur origine, ne sauraient, à eux seuls, suffisamment établir la matérialité des faits, ni leur lien avec la vente d'alcool après vingt heures. La commune de Villeneuve-Saint-Georges ne produit, par ailleurs, aucun élément circonstancié de nature à attester de la réalité des faits qui ont motivé l'arrêté en litige. Par suite, dès lors que les atteintes à la tranquillité publique ne sont pas établies, la société " AF Commerce " est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20 h à 8 h doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société " AF Commerce ", qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Villeneuve-Saint-Georges demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Saint-Georges une somme de 1 500 euros à verser à la société " AF Commerce ".
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté non daté par lequel le maire de Villeneuve-Saint-Georges a fixé à 23 heures du 12 juillet 2021 au 12 juillet 2022 l'heure de fermeture des débits de boisson et des commerces de proximité sur certains secteurs de la commune est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-Saint-Georges a interdit la vente d'alcool à emporter de 20 heures à 8 heures sur certains secteurs de la commune est annulé.
Article 3 : La commune de Villeneuve-Saint-Georges versera à la société "AF Commerce" une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société "AF Commerce" et à la commune de Villeneuve-Saint-Georges.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. A , président,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
Le rapporteur,
B. DUHAMEL
Le président,
M. ALa greffière,
M.NODIN
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026