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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110767

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110767

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, Mme D A et M. C B, représentés par Me Paulhac, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à titre rétroactif à compter de la demande de rétablissement de ces conditions, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser, si Mme A est admise à l'aide juridictionnelle totale, à Me Paulhac, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Les requérants soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de leur situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de ses conséquences sur leur situation personnelle, eu égard à leur situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens invoqués sont infondés ;

- il ne peut en tout état de cause être fait droit, pour la période débutant au 1er juillet 2022, aux conclusions à fin d'injonction tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, compte tenu de ce que les intéressés se sont vu reconnaître le statut de réfugié.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ainsi que M. C B, son conjoint, ont chacun sollicité l'asile en France, par des demandes enregistrées sous procédure dite " Dublin " le 2 octobre 2019, et ont accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil (CMA) du demandeur d'asile. Par deux courriers du 21 juillet 2020, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a informé chacun d'entre eux de son intention de leur suspendre le bénéfice des CMA, puis y a procédé le 18 septembre 2020, ainsi qu'il en a informé les intéressés par deux courriers du même jour. Les demandes d'asile présentées par Mme A et M. B ont été enregistrées sous procédure dite " normale " le 28 juillet 2021. Les intéressés ont sollicité le rétablissement des CMA précédemment octroyées, par l'intermédiaire d'une assistante sociale, le 2 août 2021. Par une décision du 17 septembre 2021 dont les requérants demandent l'annulation, le directeur territorial de OFII de Créteil a opposé un refus à cette demande.

2. En premier lieu, contrairement à ce qu'invoquent les requérants, l'absence de mention dans la décision attaquée de certaines circonstances propres à leur situation de vulnérabilité ne saurait, à elle seule, caractériser un défaut d'examen, alors que les besoins particuliers de la famille ont fait l'objet, consécutivement à la demande de rétablissement du 2 août 2021, d'un entretien d'évaluation de vulnérabilité le 15 septembre 2021. Au demeurant, s'agissant de l'infection de M. B par le virus de l'hépatite B, il n'est pas contesté que l'intéressé n'en a nullement informé l'OFII. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le directeur territorial de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à l'examen de la situation des requérants avant de prendre la décision litigieuse. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

3. En second lieu, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Les requérants soutiennent en particulier que la décision en litige procède d'une erreur d'appréciation quant à leur situation de vulnérabilité au regard de leur qualité de parents d'un très jeune enfant, alors âgé d'un peu plus de sept mois. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le couple a accédé depuis janvier 2021, via le numéro 115, à une prise en charge avec leur enfant, ainsi qu'il en est notamment attesté par un courrier d'une travailleuse sociale exerçant au sein de la plateforme départementale de l'Essonne d'accompagnement social des ménages hébergés à l'hôtel de la Croix-Rouge française, les requérants se bornent à faire mention de ce qu'ils ont été hébergés " dans différents hôtels sociaux, et parfois dans des hébergements temporaires de connaissance ", sans apporter de précisions sur leurs conditions exactes d'hébergement, notamment en termes de catégorie de structure, de conditions d'accueil ou encore de durée. Ils n'assortissent pas ainsi de précisions suffisantes leurs allégations tenant en un hébergement inadapté à leur situation, en mentionnant seulement un " surpeuplement des appartements " sans l'étayer, ainsi qu'un contexte général d'augmentation des cas de bronchiolite et de reprise de l'épidémie de Covid-19, cette dernière étant au demeurant postérieure à la date de la demande de rétablissement. S'agissant en outre de la sérologie positive de M. B à l'hépatite B, il n'est apporté aucune indication de gravité ou de contagiosité. Par ailleurs, au-delà du besoin d'hébergement, les requérants, dont il ressort des pièces du dossier qu'ils bénéficiaient à la date de la demande de rétablissement d'un accompagnement social, n'allèguent pas même avoir été privés de ressources suffisantes pour leur assurer des conditions d'existence décentes. Dès lors les intéressés, qui ne mentionnent pas davantage les circonstances qui les ont conduits à n'exprimer le souhait que leurs CMA soient rétablies que plus de dix mois après qu'elles leur furent suspendues, ne démontrent pas qu'il aurait été porté sur leurs situations de vulnérabilité respectives une appréciation erronée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur leur situation, doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A et M. B à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A et M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Paulhac.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 février 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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