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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110841

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110841

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 24 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal de Melun le dossier de la requête, enregistré le 21 octobre 2021, par laquelle M. D F, demeurant 14 rue Robert Schuman à Melun (77000), représenté par Me Yesilbas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés en date du 19 octobre 2021 par lesquels le préfet de police de Paris :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;

- l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'ordonner l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ; à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. F soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée en droit comme en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen attentif et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire en violation de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'incompétence de son signataire ;

- les dispositions du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires aux objectifs de la directive " retour " en ce qu'il ne présente aucun risque de fuite ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce que le préfet s'est senti en compétence liée ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il viole le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 25 janvier 2022, M. F conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soulevant, de plus, une erreur de fait tirée de ce qu'il est entré en France en 2010 et non en 2020.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 19 octobre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. I pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er décembre 2022 en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables en l'absence d'une telle décision ;

- les observations de M. F, requérant présent assisté de M. H, interprète en langue turque, qui produit des pièces complémentaires et conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il vit sur le territoire français depuis 12 ans et qu'il a des cousins en France qui l'aident ; il ne peut pas travailler de manière régulière en France vu qu'il n'a pas de titre de séjour, mais il travaille de manière irrégulière et ponctuelle ; il ne peut absolument pas retourner en Turquie où son père a été tué et où le même sort l'attend.

Le préfet de police de Paris n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 50.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un premier arrêté en date du 19 octobre 2021 notifié à 11 heures 35, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D F, ressortissant turc né le 9 juin 1992, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination. Par un second arrêté du même jour, la même autorité l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois. Par la requête susvisée, enregistrée le 21 octobre 2021, M. F demande l'annulation des décisions contenues dans ces deux arrêtés du préfet de police, ainsi que de la décision le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision alléguée de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

3. S'il ressort de l'article 3 de l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français de M. F que celui-ci est signalé aux fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS), cette mesure ne constitue pas une décision mais n'est qu'une mesure d'exécution de l'interdiction de retour sur le territoire français ; par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le signalement de l'intéressé aux fins de non-admission dans le SIS doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les moyens communs aux autres différentes décisions attaquées :

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. B G, attaché d'administration de l'État, délégation de signature aux fins de signer les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes L. 612-12 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " ; aux termes de aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " ; aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

6. D'une part, il ressort des termes du premier arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. F de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. L'arrêté précise également que l'intéressé s'est déclaré célibataire sans enfant à charge et que, dans ces conditions, la décision qui lui est opposé ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été signalé le 17 octobre 2021 par les services de police pour menace de délit et violences volontaires sur personne chargée d'une mission de service public dans un moyen de transport collectif de voyageurs. L'arrêté mentionne en outre qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dès lors que celui-ci a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 3 juillet 2020. L'arrêté indique enfin que l'intéressé ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes faute de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

8. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. F, en l'espèce turque, et indique en son dernier considérant que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de cette convention européenne. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

10. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de retour doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. Il résulte des termes du second arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. F de retour sur le territoire français pour une durée d'un an puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et suivants du code, mentionne la date d'entrée alléguée du requérant en France en 2020, et précise sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 6, rappelle que son comportement constitue une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation pour les faits évoqués au point 7. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que le préfet n'a pas motivé son interdiction de retour au regard des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité du code, en n'indiquant pas s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 613-2.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède sur la motivation de l'arrêté contesté qui fait état d'éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé, que celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne se serait pas livré à un examen suffisant de sa situation.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ; M. F soulève la violation des stipulations et dispositions précédentes ; toutefois, d'une part, s'il soutient résider en France depuis 2010, il est constant que sa durée de présence en France n'est que la résultante, primo, de la durée de traitement de sa demande d'asile par les autorités compétentes de 2010 à 2012, puis de ses nombreuses demandes de réexamen en 2016, 2017, 2018 et 2020, ce qui ne lui confère aucun droit au séjour, et secundo, de sa soustraction à deux mesures d'éloignement prises à son encontre le 23 août 2012 par le préfet du Loiret et le 18 octobre 2018 par le préfet de l'Oise et validées par jugements des tribunaux administratifs d'Orléans et de céans le 27 décembre 2012 et le 20 mars 2019. D'autre part, s'il soutient vivre en concubinage avec Mme A C, ressortissante française née le 20 janvier 1992, il ressort de son audition du 17 octobre 2021 par la sûreté régionale des transports d'Ile-de-France que M. F s'est spontanément déclaré célibataire sans enfant à charge ; de surcroit, son adresse au 14 rue Robert Schuman à Melun est différente de celle de Mme C au 84 rue Nationale à Morsbach en Moselle, distante de 400 km de Melun et à plus de 4 heures de trajet en voiture, de telle sorte que la communauté de vie n'est nullement établie ; au surplus, lors de l'audience publique du 1er décembre 2022, il a juste fait état de cousins présents en France qui l'aidaient ;. S'il soutient travailler et déclarer ses revenus depuis 2017, il a déclaré non sans contradiction lors de son audition du 17 octobre 2021 travailler dans le bâtiment et n'avoir aucune ressource ; de plus, il a déclaré lors de l'audience publique du 1er décembre 2022 ne travailler de manière non déclarée que ponctuellement, et subvenir grâce à l'aide de ses cousins présents en France ; s'il se prévaut d'une promesse d'embauche de la société Idéal Bâtiment, celle-ci est datée de juillet 2021 et n'est donc antérieure à l'arrêté litigieux que de quelques semaines, alors que l'intéressé demeure en France depuis 2010 ; au demeurant, cette circonstance n'est pas de nature à démontrer que l'intéressé a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Si l'intéressé se déclare respectueux des lois de la République, il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire français malgré cinq rejets de sa demande d'asile par la CNDA en 2012, 2016, 2017, 2018 et 2020 et deux validations d'obligations de quitter le territoire français par les tribunaux administratifs en 2012 et 2019, toutes décisions pourtant rendues au nom du peuple français dont l'intéressé n'a visiblement que faire. Enfin, M. F n'établit pas être isolé dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

14. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, M. F ne saurait soutenir que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". Il ressort des dispositions du titre chapitre III du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

16. En tout état de cause, si le droit d'être entendu en tant qu'il fait partie intégrante du respect des droits de la défense, lequel constitue un principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, un tel droit ne saurait toutefois être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre de façon spécifique l'intéressé. Notamment, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, pas plus que de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. F telle que décrite au point 13, qu'à supposer que celui-ci ait détenu des informations relatives à sa situation personnelle, de telles informations, si elles avaient pu être communiquées à l'autorité préfectorale avant que ne soit pris l'arrêté litigieux, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions qu'il contient. Au demeurant, il ressort des pièces fournies en défense que M. F a bien été entendu le 17 octobre 2021 par la sûreté régionale des transports d'Ile-de-France sur sa situation administrative, personnelle, professionnelle et familiale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les moyens spécifiques au refus de délai de départ volontaire :

17 En premier lieu, la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 dite " directive retour " a été transposée par la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 ; par suite, M. F ne peut utilement se prévaloir des dispositions de cette directive, et notamment pas de ses objectifs, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. Au demeurant, en estimant, dans les cas énoncés par le paragraphe II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenus les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code dans sa nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, qu'il existe, sauf circonstance particulière, des risques que l'étranger se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire, le législateur a retenu des critères objectifs qui ne sont pas incompatibles avec la directive 2008/115/CE, que la loi du 16 juin 2011 précitée a eu pour objet de transposer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la directive n°2008/115/CE doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes du premier arrêté attaqué, ni d'aucune des pièces du dossier, que le préfet se soit senti en situation de compétence liée pour refuser à M. F un délai de départ volontaire. Ce moyen sera donc écarté comme infondé.

19. En troisième lieu, si M. F soutient qu'il présente de solides garanties de représentation, il résulte de l'instruction qu'il s'est soustrait à au moins deux reprises à des précédentes mesures d'éloignement, en l'espèce une première obligation de quitter le territoire français du préfet du Loiret du 23 août 2012 validée par le tribunal administratif d'Orléans le 27 décembre suivant, et une seconde obligation de quitter le territoire français du préfet de l'Oise du 18 octobre 2018 validée par le tribunal administratif de céans le 20 mars 2019. Par suite, le préfet était fondé à estimer qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et à lui refuser un délai de départ volontaire, quelles que soient par ailleurs ses garanties de représentation alléguées.

20. En quatrième lieu, eu égard à la situation de M. F décrite au point 13, le refus de délai de départ volontaire n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens spécifiques à l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été développé plus haut que le préfet n'a pas méconnu les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont remplacé le III de l'article L. 511-1 de ce code dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021, l'intéressé s'étant soustrait à au moins deux précédentes mesures d'éloignements pourtant validées par décisions de tribunaux administratifs.

22. En deuxième lieu, si M. F soulève une erreur de fait en ce qu'il est entré en France en 2010 et non en 2020, cette erreur est sans incidence sur la légalité de l'interdiction de retour compte tenu de ce que sa durée de séjour en France depuis 2010 n'est que la conséquence de la durée d'examen de sa demande d'asile et de ses nombreuses demandes de réexamen et ne lui confère en elle-même aucun droit, ainsi que la soustraction de l'intéressé à deux précédentes mesures d'éloignement.

23. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles décrites aux points 13 et 19 que le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans.

En ce qui concerne le moyen spécifique à la décision fixant le pays de destination :

24. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 513-2 dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Lors de l'audience publique du 1er décembre 2022, M. F soutient qu'il ne peut absolument pas retourner en Turquie où son père a été tué et où le même sort l'attend ; il produit à cette fin une quinzaine de documents nouveaux établissant que son père, M. J F, né le 13 mars 1948, a été tué le 4 août 2021 par une dizaine de personnes qui lui ont tiré dessus alors qu'il se trouvait dans son véhicule. Par un tel récit et de telles pièces, le requérant doit être entendu comme se prévalant des stipulations et dispositions précédentes.

25. Toutefois, M. F ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. En effet, il ne ressort pas des pièces du dossier que son père ait été victime d'agissements des autorités publiques mais d'un règlement de comptes par des personnes qu'il connaissait ; et il n'est ni démontré, ni même soutenu que ce groupe de personnes bénéficierait de l'impunité des autorités turques.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 19 octobre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé C. ILa greffière,

Signé M. E

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110841

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