mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance datée du 24 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête, enregistrée le 13 octobre 2021, par laquelle M. D E, demeurant 25 avenue des sciences à Chelles (77500), représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 septembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris :
- l'a obligé à quitter le territoire français ;
- a fixé le pays de destination ;
2°) d'accueillir sa demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, et lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ; à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- sa requête est recevable car formée dans le délai de recours de quinze jours ;
- la décision du préfet de police de rejet sa demande de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français souffrent d'une insuffisance de motivation en violation de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;
- il est présent en France depuis 2010, justifie d'une parfaite intégration à la société française, s'est marié le 19 août 2005 avec Mme F qui est titulaire d'une carte de résident depuis le 19 mai 2016 valable jusqu'au 18 mai 2026 ; de leur union est issue une fille née le 17 aout 2003 qui est scolarisée en France depuis plusieurs années ; par suite, la mesure d'éloignement comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 décembre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- l'arrêté litigieux du préfet de police de Paris en date du 16 octobre 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er décembre 2022 en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience :
* M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour sont irrecevables en l'absence d'une telle décision ;
* les observations de M. E, requérant présent assisté de Mme B, interprète en langue tamoule, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il travaille en France depuis 12 ans en donnant des cours d'anglais, mais qu'il ne peut en justifier car il ne travaille pas de manière déclarée, étant sans titre de séjour ; son épouse est en situation régulière et sa fille de 12 ans a eu récemment ses papiers et souffre d'épilepsie.
Le préfet de police de Paris n'est ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 50.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "
2. Par un arrêté en date du 29 septembre 2021 notifié le même jour à 18 heures 45, le préfet de police de Paris a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. D E, ressortissant sri-lankais né le 20 janvier 1972, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 13 octobre 2021, M. E demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral, ensemble la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision alléguée de refus d'admission au séjour :
3. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, et notamment pas de son dispositif, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de police de Paris ait pris à l'encontre de M. E une décision de refus d'admission au séjour, admission qu'au demeurant le requérant n'avait pas sollicitée du préfet. Par suite, les conclusions à fin d'annulation d'une telle décision doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne les autres décisions attaquées :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " ; aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code dans sa version nomenclature antérieure au 1er mai 2021 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
5. M. E soutient qu'il est présent en France depuis 2010, justifie d'une parfaite intégration à la société française, s'est marié le 19 août 2005 avec Mme F qui est titulaire d'une carte de résident depuis le 19 mai 2016 valable jusqu'au 18 mai 2026 ; de leur union est issue une fille née le 17 aout 2003 qui est scolarisée en France depuis plusieurs années ; par suite, la mesure d'éloignement comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle et familiale ; il doit, par un tel argumentaire, être entendu comme soulevant la violation des stipulations et dispositions précitées. Il ressort effectivement des pièces du dossier que M. E justifie, par des pièces nombreuses et probantes, sa présence en France depuis de longues années. De plus, il est marié depuis le 19 août 2005 avec Mme F, ressortissante sri-lankaise née le 6 mars 1977 titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'en mai 2026 ; la communauté de vie entre les époux ressort des pièces du dossier, et notamment des avis d'impôt sur le revenu et d'autres documents officiels qui font état de leur adresse commune au 25 avenue des sciences à Chelles (77500) ; de surcroit, de leur union est née le 17 août 2003 une fille prénommée Mathumitha et qui est scolarisée en France depuis plusieurs années. Il résulte de ce qui précède que l'intéressé justifie d'une vie privée et familiale et France à laquelle la mesure d'éloignement litigieuse porte une atteinte disproportionnée en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, cette obligation de quitter le territoire français encourt l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination qui l'assortit.
Sur les conclusions accessoires :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Dans les circonstances de l'espèce, il ne convient pas d'assortir l'annulation prononcée au point précédent d'une quelconque injonction ; si le requérant demande d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé ait sollicité la délivrance d'un tel titre.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en mettant à la charge de l'Etat le versement au requérant de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté en date du 29 septembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris a obligé M. E à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. E la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé C. CLa greffière,
Signé M. A
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110849
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026