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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110870

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110870

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLARROQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021 sous le n° 2110870, M. C E A, demeurant au 66 rue de Chevilly à L'Haÿ-les-Roses (94240), représenté par Me Larroque, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination pris par la préfète du Val-de-Marne le 4 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une attestation de demande d'asile et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant la notification du jugement à intervenir, si la décision devait être annulée pour un motif de fond ; à défaut, de réexaminer son dossier dans le mois qui suivra la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une attestation de demande d'asile et ce, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de constater qu'il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de sa demande de réexamen ; en conséquence, de suspendre l'exécution de la décision du 4 novembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme de correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

M. A soutient que :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle viole les articles L.542-1 et L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à son droit au maintien sur le territoire français le temps que l'OFPRA statue sur sa demande de réexamen enregistrée le 17 septembre 2021 ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit fondée sur la méconnaissance de l'étendue des pouvoirs de l'autorité préfectorale ;

- elle viole les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension :

- il est bien fondé à solliciter la suspension de la mesure d'éloignement litigieuse en application des articles L. 542-6, L. 752-5, L. 752-6 et L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 4 octobre 2021 ;

- les pièces complémentaires, enregistrées le 25 novembre 2022, présentées pour M. A ;

- les pièces, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau, enregistrées le 30 novembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 91-266 du 19 décembre 1991 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er décembre 2022 en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience :

* M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

* les observations de Me Rahmouni, substituant Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur les rejets successifs par l'OFPRA et la CNDA de la demande d'asile de M. A ; or, l'intéressé n'apporte aucun élément nouveau susceptible de remettre en cause cette appréciation.

M. A, requérant, n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-5 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. "

2. Par un arrêté en date du 4 novembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C E A, ressortissant afghan né le 31 décembre 1997 à Wardak, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, enregistrée le 23 novembre 2021, M. A demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 décembre 2021, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet ; il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " ; aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. " ; aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () / 2° Lorsque le demandeur : () / b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen () "

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a fait l'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par décision du 31 mars 2020 notifiée le 11 juillet 2020 et que ce rejet a été confirmé par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) lue le 15 juillet 2021 et notifiée le 20 septembre. Or, l'intéressé a contesté ces décisions en introduisant une première demande de réexamen auprès de l'OFPRA enregistrée le 17 septembre 2021. Cette demande de réexamen, qui est la première introduite par M. A, n'a pas fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en application du 3° de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; par suite, en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 542-2 du même code, le requérant bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à ce que l'OFPRA statue sur la demande de réexamen. Or, il ressort des pièces produites en défense que l'OFPRA n'a statué sur cette demande que par décision du 18 juillet 2022 notifiée le 26 juillet suivant ; par suite, à la date de l'arrêté contesté le 4 novembre 2021, ce n'était pas encore le cas. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le droit de M. A au maintien sur le territoire français le temps que l'OFPRA statue sur sa demande de réexamen enregistrée le 17 septembre 2021 en violation des articles L.542-1 et L.542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle encourt donc l'annulation ; par voie de conséquence, il en est de même de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

6. Il résulte de ce qui précède sur l'annulation de l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français que ses conclusions à fin de suspension de cette mesure d'éloignement sont sans objet.

Sur les conclusions accessoires :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Dans les circonstances de l'espèce, il convient d'assortir l'annulation prononcée au point 5 d'une injonction à la préfète de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 décembre 2021, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination pris par la préfète du Val-de-Marne le 4 novembre 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Larroque la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé C. DLa greffière,

Signé M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110870

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