mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CHARHBILI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 23 novembre 2021 sous le n° 2110875, M. I C, domicilié au 11, rue Dalayrak à Fontenay-sous-Bois (94120), représenté par Me Charhbili, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 22 novembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
M. C soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- le refus de renouvellement du titre de séjour est insuffisamment motivé et viole ainsi les dispositions de la Loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 ;
- l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de motivation suffisante ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de cette même convention.
Vu :
- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 22 novembre 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. H pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 1er décembre 2022 en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 novembre 2021 sont irrecevables car tardives en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ni M. C, requérant, ni la préfète du Val-de-Marne, défendeur, ne sont présents ou représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 50.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "
2. Par un arrêté en date du 22 novembre 2021 notifié à 15 heures 44, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. I C, ressortissant tunisien né le 10 avril 1999 à Ben Gardane, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 24 novembre 2021 à 18 heures 47, M. C demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contenue dans cet arrêté préfectoral.
Sur la recevabilité de la requête :
3. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " ; aux termes du I de l'article R. 776-2 du même code : " () / Conformément aux dispositions du I bis de l'article L. 512-1 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 743-3 du même code. " ; aux termes du II de l'article R. 776-5 de ce code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. "
4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai a été notifié à M. C le 22 novembre 2021 à 15 heures 44 et il comportait mention des voies et délais de recours ; par suite, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant disposait d'un délai de 48 heures à compter de cette notification pour introduire sa requête, soit jusqu'au 24 novembre à 15 heures 44, ce délai de 48 heures n'étant pas un délai franc et n'étant donc susceptible d'aucune prorogation. Or, la requête a été enregistrée le 24 novembre à 18 heures 47, soit plus de trois heures après l'expiration du délai de recours. Il s'ensuit qu'elle est tardive et qu'elle doit donc être rejetée comme irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation contenues dans la requête :
5. Quoiqu'il en soit de la recevabilité de la requête, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté litigieux seront rejetées car aucun des moyens soulevés n'est susceptible de prospérer.
6. En effet, en premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. B G, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F, cheffe de la direction des migrations et de l'intégration, et de Mme D A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est en l'espèce ni établi ni même allégué que Mmes F et A n'auraient, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "
8. D'une part, si M. C soutient que le refus de renouvellement du titre de séjour est insuffisamment motivé et viole ainsi les dispositions de la Loi n° 79-587 du 11 juillet 1979, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté, et notamment pas de son dispositif, que la préfète ait opposé au requérant un refus de renouvellement de son titre de séjour, décision dont au surplus le requérant ne demande pas l'annulation ; par site, un tel moyen sera écarté comme inopérant.
9. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 1° de l'article L. 611-1 précité et mentionne que le requérant ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; l'arrêté précise également que l'intéressé est célibataire sans charge de famille et que ses liens avec la France ne sont pas intenses et stables notamment au regard de sa date d'entrée en France le 23 novembre 2019 ; par suite, la préfète en déduit que la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que, nonobstant l'emploi de quelques formules types, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.
10. En troisième lieu, M. C joint à sa requête son visa d'entrée valable du 15 au 29 novembre 2019 ; il peut, par la production d'un tel document, être entendu comme soulevant une erreur de droit et une erreur de fait tirées de ce que, contrairement à ce qui figure dans l'arrêté litigieux, il est entré régulièrement sur le territoire français. Toutefois, la seule production de ce visa, délivré au demeurant par les autorités allemandes et non par les autorités françaises, ne justifie pas de l'entrée régulière en France à une date qui n'est établie par aucune pièce du dossier.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. C soulève la violation de ces stipulations ; toutefois, sa date d'entrée en France en novembre 2019 n'est pas démontrée par la seule production de son visa Schengen délivré par les autorités allemandes et valable du 15 au 29 novembre 2019 ; quand bien même elle le serait que l'intéressé ne justifierait que de moins de deux ans de présence sur le territoire français, ce qui est insuffisant pour démontrer qu'il y aurait établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux ; et ce d'autant qu'il n'est pas contesté que M. C est célibataire sans charge de famille en France. De plus, s'il démontre une insertion professionnelle en qualité de mécanicien automobile de la société Iscorp sise rue de Picpus à Paris (75012), en joignant à sa requête son contrat de travail à durée indéterminée et ses bulletins de paie, ce n'est que depuis mai 2020, de telle sorte que cette insertion est récente à la date de l'arrêté contesté. Enfin, il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine qu'il a quitté selon ses déclarations à l'âge de 20 ans. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.
12. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être développées, M. C ne saurait soutenir que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
13. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " ; aux termes de cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. C soulève la violation de ces stipulations.
14. Or, d'une part, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas en elle-même le pays de destination ; par suite, il doit être écarté comme inopérant. D'autre part, à supposer qu'un tel moyen puisse être redirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, le requérant ne démontre toutefois pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 novembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I C et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé C. HLa greffière,
Signé M. E
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110875
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602914
Le tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté les demandes de M. A... B..., ressortissant tunisien, visant à l’annulation d’un arrêté préfectoral du 8 mai 2026 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans, et d’un arrêté du 12 mai 2026 l’assignant à résidence. Le juge a estimé que les moyens soulevés, tirés notamment de l’incompétence de l’auteur de l’acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions contestées, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602912
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B... contre l'arrêté préfectoral du 5 mai 2026 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et ne révélait pas de défaut d'examen particulier de sa situation. Il a estimé que l'interdiction de retour, fondée sur les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602898
Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en référé, a rejeté la demande de M. C... visant à suspendre l'arrêté préfectoral du 23 février 2026 suspendant son permis de conduire pour six mois, ainsi que le refus d'aménagement par un éthylotest antidémarrage. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, erreur d'appréciation, méconnaissance de l'article R. 224-6 du code de la route) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. La condition d'urgence n'a pas été examinée. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2602803
Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, était saisi par M. B... d’un recours en excès de pouvoir contre des arrêtés du 6 mai 2026 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour et assignation à résidence. Le préfet a toutefois retiré ces arrêtés par un arrêté du 22 mai 2026, rendant la requête sans objet. En conséquence, le tribunal a constaté qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur les conclusions principales de M. B.... Il a néanmoins admis l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et a rejeté sa demande de frais de justice, faute de justificatifs.
01/06/2026