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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110908

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110908

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLASBEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Lasbeur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence valable dix ans et lui fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer le certificat de résidence qu'elle a sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris au terme d'une procédure irrégulière dans la mesure où la commission de titre de séjour n'a pas été consultée ;

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'administration n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante et n'était pas en situation de compétence liée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- la rupture de la communauté de vie étant liée à des violences exercées par un conjoint et un changement de statut étant envisageable, le certificat de résidence

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud, président ;

- et les observations de Me Lasbeur, avocat de Mme C épouse A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante algérienne née le 30 novembre 1985, est régulièrement entrée en France le 23 juillet 2020 et s'y est vu délivrer un certificat de résidence d'un an, valable du 16 septembre 2020 au 15 septembre 2021, en sa qualité de conjointe

d'un ressortissant français. Elle a demandé la délivrance d'un certificat de résidence valable

dix ans en faisant valoir cette qualité. Par un arrêté du 29 octobre 2021, la préfète du

Val-de-Marne a rejeté sa demande et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Mme C épouse A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

2. Aux termes aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec

un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil

français ; / () le premier renouvellement du certificat de résidence d'un an délivré au titre

du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ".

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète se serait sentie en situation de compétence liée pour rejeter la demande dont elle était saisie ni que l'arrêté attaqué ait été pris sans qu'un examen particulier de la situation de la requérante soit fait, ce qui ne saurait être déduit de la seule circonstance que l'arrêté ne mentionne pas les violences dont cette dernière soutient avoir été victime.

4. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des stipulations citées au point 2 que la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est subordonné à une communauté de vie effective, compte tenu du renvoi au dernier alinéa de l'article 6 qui est fait à ce a) de l'article 7 bis. Ces stipulations ne réservent pas le cas de la rupture de communauté de vie en raison de violences conjugales.

5. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie entre les époux a été rompue le 17 novembre 2020. Dans ces conditions, Mme C épouse A, qui ne peut utilement se prévaloir à cet égard qu'elle a été victime de violences de la part de son époux, n'est pas fondée à soutenir que la préfète a fait une inexacte application des stipulations de l'article

7 bis de l'accord franco-algérien.

6. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la saisine de la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction d'une décision de refus de séjour ne trouvent à s'appliquer qu'aux seuls étrangers justifiant entrer effectivement dans le champ d'application des dispositions auxquelles renvoie cet article et, s'agissant des ressortissants algériens, aux articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien et non à l'ensemble de ceux qui s'en prévalent. Dès lors que, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, elle ne remplit pas les conditions permettant de se voir délivrer de plein droit le certificat de résidence de dix ans qu'elle a sollicité,

Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne était tenue de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

7. En quatrième et dernier lieu, si Mme C épouse A fait valoir qu'elle n'a pu que rompre la communauté de vie avec son époux, compte tenu des violences que ce dernier a commises à son égard, et qu'elle exerce une activité salariée, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France est récente, qu'elle n'établit pas ni même n'allègue y avoir d'autres attaches familiales ni être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit de la requérante et n'a pas davantage entachée sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'emporte la mesure d'éloignement en litige sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquée et que, par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le président-rapporteur,

T. GallaudL'assesseur la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. Perrin

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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