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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111007

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111007

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCHAMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 novembre 2021 et 12 mars 2024, Mme B A, représentée par Me Chamon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de trois de ses enfants ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui octroyer le bénéfice dudit regroupement familial au profit de ses trois enfants ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la préfète du Val-de-Marne a entaché la décision attaquée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est bénéficiaire d'une carte de résident délivrée le 18 février 2023 et valable jusqu'au 15 février 2033, qu'elle est titulaire d'un bail d'habitation pour un appartement adapté pour ses trois enfants, que son ex-conjoint titulaire d'une carte de résident et d'un bail d'habitation et père de trois de ses enfants est en mesure de prendre en charge l'un de ses enfants pour qui elle demande le regroupement familial, qu'elle se trouve dans l'attente de l'augmentation de son revenu ainsi que d'un logement plus spacieux, qu'elle bénéficie d'une activité professionnelle pérenne depuis le 5 décembre 2020 pour laquelle elle perçoit un salaire mensuel de 1 898 euros et qu'il est dans l'intérêt de sa vie privée et familiale et de celle de ses enfants de bénéficier d'un tel regroupement familial.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 12 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2024 à 12 heures.

Par une décision n° 2023/0385 du 15 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun, d'une part, a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et, d'autre part, a déclaré que Mme A serait assistée par Me Chamon, avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats de Créteil.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article 304-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bousnane, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique du 30 avril 2024 à 10 heures 30.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, qui réside actuellement en France en compagnie de quatre enfants mineurs, a demandé l'autorisation d'être rejointe par trois autres de ses enfants au titre du regroupement familial. Par une décision du 4 octobre 2021, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes :1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ".

3. D'une part, l'article R. 434-4 du même code dispose : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ".

4. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. En application du décret du 19 décembre 2019 portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel brut du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 539,42 euros pour l'année 2020. Ce montant a été porté à 1 554,58 euros pour l'année 2021 par décret du 17 décembre 2020, montant qui doit être majoré d'un cinquième pour une famille de

six personnes ou plus en application de l'article R. 434-4 précité.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 434-5 du code précité : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui :1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; () 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi

n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ". L'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation prévoit : " Pour l'application de certaines aides au logement, un arrêté des ministres chargés du logement et du budget, révisé au moins tous les trois ans, établit un classement des communes du territoire national en zones géographiques en fonction du déséquilibre entre l'offre et de la demande de logements () ". L'arrêté du 1er août 2014 pris en application de l'article 304-1 du code de la construction et de l'habitation précise que la ville de Vitry-sur-Seine se situe en zone A.

4. En premier lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que le père de deux de ses enfants serait en mesure de prendre en charge en France l'un des enfants dont elle demande le regroupement familial, dès lors qu'il résulte des dispositions précédemment citées qu'il appartient à l'étranger qui fait une telle demande de regroupement et, le cas échéant, à son conjoint, de justifier remplir les conditions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors au demeurant qu'aucun bulletin de salaire concernant le reste de la période de douze mois précédant la date de précédant le dépôt de sa demande n'a été produit, que la moyenne des ressources de la requérante aurait atteint la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance majoré d'un cinquième pendant la période de référence définie à l'article R. 431-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, Mme A ne justifie pas disposer, à la date d'arrivée de ses enfants en France, d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique, conformément aux dispositions des articles L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2. Par suite, elle ne remplit pas, en tout état de cause, les conditions prévues par lesdites dispositions pour bénéficier du regroupement familial en faveur de ses enfants.

7. Il résulte de ce qui précède qu'en rejetant la demande de regroupement familial de Mme A, la préfète du Val-de-Marne a fait une exacte application de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Si le préfet est en droit de rejeter une demande de regroupement familial au motif que l'étranger ne remplirait pas l'une ou l'autre des conditions légales requises, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande en pareil cas s'il est porté une atteinte excessive au droit de l'étranger de mener une vie familiale normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou lorsqu'il est porté atteinte à l'intérêt supérieur d'un enfant, garanti par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

10. En l'espèce, Mme A soutient que la décision attaquée porterait atteinte à sa vie privée et familiale en faisant obstacle à ce que ses trois enfants vivent à ses côtés. Toutefois, pour établir la réalité et l'intensité des relations qu'elle entretient avec ses enfants, la requérante se borne à produire leurs actes de naissance, de sorte que ces seuls éléments ne permettent pas de caractériser la nature et l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec eux, en particulier leur ancienneté et leur stabilité. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et alors que la requérante n'établit pas avoir contribué à leur éducation ou à leur entretien, ce refus n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants, consacré par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Chamon et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure

L. Bousnane

Le président

X. Pottier

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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