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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111096

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111096

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, M. A B, représenté par

Me Arents, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 27 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé le rejet de sa demande de revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de procéder au versement du revenu de solidarité active à compter du 28 avril 2021 ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il est de nationalité néerlandaise et qu'il réside en France de façon stable depuis son arrivée en 2005.

La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense en dépit de la mise en demeure adressée le 2 février 2023.

Des pièces, enregistrées le 15 janvier 2024, ont été produites par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Les parties ont été informées, par un courrier du 7 mai 2024 en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet prise sur recours administratif préalable obligatoire, en tant qu'elle refuse l'ouverture des droits au revenu de solidarité active à M. B à compter du 1er mai 2021 dès lors que la caisse d'allocations familiales a reconnu son droit au bénéfice de cette aide à compter de cette même date.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 avril 2021, la caisse d'allocations familiales de

Seine-et-Marne a rejeté la demande d'attribution du revenu de solidarité active que lui avait présentée M. A B le 31 janvier 2020. Il a formé, par un courrier du 27 mai 2021, reçu le même jour, un recours administratif préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental de Seine-et-Marne à l'encontre de cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence de l'administration. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé le refus d'attribution du revenu de solidarité active et d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de procéder au versement du revenu de solidarité active à compter du 28 avril 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, tenant compte de l'activité professionnelle de

M. B à compter du 3 mai 2021, a procédé à l'ouverture des droits au revenu de solidarité active à compter du mois de mai 2021 et au paiement des sommes correspondantes. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives au revenu de solidarité active en tant qu'elles portent sur la période à compter du 1er mai 2021.

Sur les droits au revenu de solidarité active de M. B sur la période du

31 janvier 2020 au 31 avril 2021 :

3. Il appartient au tribunal administratif saisi d'une demande dirigée contre une décision suspendant le versement de l'allocation de revenu de solidarité active, radiant le demandeur de la liste des bénéficiaires de cette allocation ou lui refusant l'ouverture des droits au bénéfice de cette allocation, non pas d'apprécier la légalité de cette décision, mais de se prononcer sur les droits du demandeur à cette allocation jusqu'à la date à laquelle il statue compte tenu de la situation de droit ou de fait applicable au cours de cette période. Au vu de ces éléments, il appartient au juge d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressée, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressée devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Le premier alinéa de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, " le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne ()a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : / 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; / 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ; / () / 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 122-1 de ce code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant visé à l'article L. 121-1 qui a résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquiert un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. // ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est notamment ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France, et au-delà de cinq ans de résidence légale et ininterrompue, il est acquis à titre permanent.

6. Il résulte de l'instruction que M. B est de nationalité néerlandaise et qu'il a demandé le 31 janvier 2020 le revenu de solidarité active. Si le requérant soutient être arrivé en France en 2005 et y résider de manière stable depuis cette date, les éléments versés à l'instruction ne permettent toutefois pas de le démontrer, de sorte qu'il ne peut être regardé comme remplissant les conditions posées au premier alinéa de l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, alors que M. B a déclaré n'exercer aucune activité professionnelle et être célibataire dans sa demande de revenu de solidarité active du 31 janvier 2020 et ne soutient ni même n'allègue dans sa requête disposer de ressources suffisantes pour bénéficier d'un droit au séjour, qu'il rentrait dans un des cas énoncés à l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile donnant un droit au séjour.

7. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a confirmé le refus d'ouverture de droits à l'allocation de revenu de solidarité active du 31 janvier 2020 au 31 avril 2021.

8. Ainsi, le surplus des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie des conséquences, ses conclusions à fin d'injonction.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives au revenu de solidarité active en tant qu'elles portent sur la période à compter du 1er mai 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au président du département de Seine-et-Marne et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

J. Darracq-Ghitalla-Ciock

Le président,

X. Pottier La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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