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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111186

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111186

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDE CLERCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 4 décembre 2021 au greffe du présent tribunal, M. C D, représenté par Me De Clerck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 19 octobre 2021 par laquelle le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination,

2°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen,

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police de Paris) une somme de 1.500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision en litige ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il est susceptible de comprendre et qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 542-1, L. 611-1 et R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le préfet de police n'établit pas la date à laquelle la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui a été notifiée, que la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison des menaces qui pèsent sur sa sécurité en cas de retour en Fédération de Russie motivées par le positionnement de sa famille contre le régime en place.

Par un mémoire enregistré le 21 décembre 2021, le préfet de police de Paris, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Le 21 février 2022, M. D, représenté par Me De Clerck, a informé que la Cour nationale du droit d'asile avait accordé le statut de réfugié à son père le 18 février 2022.

Le 14 octobre 2022, M. D, représenté par Me De Clerck a informé le tribunal que le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui avait accordé la qualité de réfugié par une décision du 7 juillet 2022, ainsi qu'à sa mère par une décision du 27 juillet 2022.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (5ème section, 3ème chambre) en date du 21 juillet 2021 rejetant le recours formé le 30 mars 2021 par M. D contre la décision en date du 9 septembre 2020 par lequel le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile,

- l'ordonnance du tribunal administratif de Paris du 1er décembre 2021 transmettant au tribunal administratif de Melun le recours formé par M. C D au motif de sa domiciliation à Montévrain (Seine-et-Marne),

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 14 novembre 2022, en présence de Mme Ledrin, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me De Clerck, représentant M. D, requérant, absent, qui rappelle que la qualité de réfugié lui a été accordée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Le préfet de police de Paris, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant russe, né le 5 mars 1996 à Grozny (Tchétchénie), entré en France selon ses dires le 20 août 2018 avec sa famille, soit ses parents et ses deux frères et sœur, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée le 21 juillet 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par une décision du 19 octobre 2021, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. D a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler cet arrêté. La requête a été transmise au présent tribunal en raison de la domiciliation de l'intéressé à Montévrain (Seine-et-Marne), 12 avenue de la Société des Nations. Le 22 mars 2022, M. D a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile et, par une décision du 7 juillet 2022, la qualité de réfugié lui a été reconnue par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Sur les conclusions aux fins d'annulation.

2. Aux termes d'une part de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations." et enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. Aux termes d'autre part de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C D s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par une décision du 7 juillet 2022 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Eu égard à ses conséquences quant au droit au séjour de l'intéressé sur le territoire et en particulier à son droit à une carte de résident de dix ans à compter du 7 juillet 2022 et à sa délivrance au plus tard le 7 octobre 2022 par le préfet de Seine-et-Marne, cette décision a eu pour conséquence nécessaire de rendre sans objet la décision contestée du 19 octobre 2021 du préfet de police de Paris. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. D tendant à son annulation.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police de Paris) une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. C D et tendant à l'annulation de la décision du 19 octobre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Article 2 : Les conclusions de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C D, au préfet de police de Paris et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

M. A

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. B

2111186

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