mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111258 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHERGUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2021, la société Espace Ma Boucherie, représentée par Me Chergui, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué lui appliqué la contribution spéciale pour l'emploi de travailleurs étrangers et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger en situation irrégulière, pour un montant total de 160 108 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors qu'elle n'avait pas connaissance de l'irrégularité de la situation des salariés concernés ;
- l'OFII ne justifie pas de l'emploi des salariés concernés.
Par un mémoire en défense, enregistrés les 5 mai 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président,
- et les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 juillet 2021, les services de police ont, à l'occasion d'un contrôle effectué au sein de la société Espace Ma Boucherie, constaté la présence, en action de travail, de
huit ressortissants étrangers, de nationalité algérienne et marocaine, dépourvus de titre les autorisant à travailler et à séjourner en France et ont constaté que le registre unique du personnel mentionnait neuf autres salariés qui étaient en situation irrégulière. Par une décision du
7 octobre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a appliqué à cette société, à raison de l'emploi irrégulier de dix-sept salariés, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à hauteur de 124 100 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à hauteur de 36 108 euros.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision du 7 octobre 2021 du directeur général de l'OFII vise les articles L. 8251-1, L. 8253-1, R. 8253-4 et R. 8253-2 du code du travail, ainsi que les articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le
procès-verbal établi à la suite du contrôle du 28 juillet 2021 au cours duquel les infractions ont été constatées. Elle précise les montants des sommes dues au titre de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine et mentionne en annexe le nom des dix-sept salariés concernés. Dans ces conditions, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Le premier alinéa de l'article L. 8253-1 de ce code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () ". Aux termes de l'article L. 5221-8 de ce même code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article
L. 5312-1 ". L'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ".
5. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que les contributions qu'elles prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions, lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
6. S'agissant des huit salariés interpellés en situation de travail lors du contrôle du 28 juillet 2021, il résulte de l'instruction et notamment des procès-verbaux d'audition établis par les services de police, que cinq des ressortissants étrangers concernés n'avaient présenté, lors de leur embauche, que des documents ne les autorisant pas à travailler en France, deux salariés ayant présenté un titre de séjour italien, deux autres, un passeport marocain, et le dernier, un titre de séjour espagnol. La société requérante, qui ne s'est pas acquittée des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail, ne peut donc, à leur égard, sérieusement soutenir qu'elle ignorait le caractère irrégulier de leur situation. Par ailleurs, il résulte de l'instruction et des auditions des intéressés que trois autres salariés avaient présenté, lors de leur embauche, la photocopie de faux documents d'identité de pays ressortissants de l'Union européenne, à savoir, pour deux d'entre eux, la photocopie d'une fausse carte d'identité italienne, et, pour le troisième, la photocopie d'une fausse carte d'identité belge, deux de ces salariés précisant au cours de leur audition que le gérant avaient connaissance de leur nationalité réelle. Contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que l'employeur aurait exigé la présentation de l'original de ces documents. Dans ces conditions, la société Espace Ma Boucherie n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'était pas en mesure de savoir que ces documents revêtaient un caractère frauduleux.
7. S'agissant des neuf autres salariés dont l'emploi par la société requérante a été découvert à l'occasion de l'exploitation du registre unique du personnel, si la société produit, dans le cadre de la procédure, des photocopies de documents s'apparentant à des cartes nationales d'identité française concernant cinq salariés, il résulte de l'instruction que quatre de ces salariés étaient en réalité des ressortissants marocains et que le cinquième d'entre eux était un ressortissant algérien, ces nationalités figurant sur le registre du personnel et étant, par suite, connues du gérant.
8. Dans ces conditions, la société requérante n'est fondée à se prévaloir ni de ce qu'elle ignorait le caractère irrégulier de la situation des intéressés, ni de l'absence de démonstration des relations de travail, alors au demeurant que son gérant a reconnu, lors de son audition du 28 juillet 2021, l'emploi irrégulier de l'ensemble des dix-sept travailleurs concernés, en se bornant à indiquer qu'il ignorait jusqu'alors l'existence de démarches à effectuer.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée ne peuvent qu'être rejetées, y compris conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Espace Ma Boucherie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Espace Ma Boucherie, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseur la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
A. Perrin
La greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026