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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111398

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111398

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantALBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2021, M. A B représenté par Me Albin et Me Marciano, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le maire de Vaires-sur-Marne a prescrit la fermeture des commerces du 9 octobre 2021 au 9 avril 2022 entre 22 h 30 et 8 h du matin sur certains secteurs de la commune ;

2) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 en tant qu'il vise la place de la République ;

3) de mettre à la charge de la commune de Vaires-sur-Marne une somme de

2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait été régulièrement publié ;

- il constitue une mesure de police disproportionnée entre les troubles à l'ordre public constatés et l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie dont il est victime.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2022, la commune de Vaires-sur-Marne, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duhamel,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 octobre 2021, le maire de Vaires-sur-Marne a prescrit la fermeture des commerces du 9 octobre 2021 au 9 avril 2022 entre 22 h 30 et 8 h du matin sur certains secteurs de la commune, notamment celui de la place de la République sur lequel M. B exploite un commerce de détail sous l'enseigne " Superette de la Place ". M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. B soutient qu'il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été régulièrement publié, cette circonstance, qui a des effets sur le caractère exécutoire de l'acte en litige, est en revanche sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () / 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique () ".

4. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, notamment l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit.

5. Dès lors que l'exercice de pouvoirs de police administrative est susceptible d'affecter des activités de production, de distribution ou de services, la circonstance que les mesures de police ont pour objectif la protection de l'ordre public ou, dans certains cas, la sauvegarde des intérêts spécifiques que l'administration a pour mission de protéger ou de garantir n'exonère pas l'autorité investie de ces pouvoirs de police de l'obligation de prendre en compte également la liberté du commerce et de l'industrie et les règles de concurrence. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'apprécier la légalité de ces mesures de police administrative en recherchant si elles ont été prises compte tenu de l'ensemble de ces objectifs et de ces règles et si elles en ont fait, en les combinant, une exacte application.

6. Pour prescrire, par l'arrêté contesté du 8 octobre 2021, la fermeture des commerces entre 22 h 30 et 8 h du matin du 9 octobre 2021 au 9 avril 2022 sur certains secteurs de la commune, le maire de Vaires-sur-Marne s'est fondé, en droit, sur les dispositions des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales. En fait, il s'est fondé sur la nécessité de préserver la sécurité et la tranquillité des habitants compte tenu de la persistance de troubles caractérisés par " des tapages, des rassemblements de perturbateurs et nuisances sonores, la présence de déchets et déjections sur la voie publique et le déversement de liquide insalubre en dehors des emplacements autorisés " ainsi que sur le " mécontentement de plusieurs riverains dénonçant les désordres nocturnes et les nuisances occasionnées à proximité de certains commerces ".

7. Toutefois, ces éléments, compte tenu de leur imprécision en ce qui concerne, tant la période au cours de laquelle les nuisances en cause auraient été relevées que leur origine, ne sauraient, à eux seuls, suffisamment établir la matérialité des faits, ni leur lien avec l'ouverture des commerces sur ce secteur entre 22 h 30 et 8 h du matin alors que le requérant soutient qu'aucun fait de nature à troubler l'ordre ou la tranquillité publics n'a été relevé à l'encontre de son commerce ou à proximité de celui-ci. La commune de Vaires-sur-Marne ne produit, par ailleurs, aucun élément circonstancié de nature à attester de la réalité des faits qui ont motivé l'arrêté en litige. La circonstance que M. B ait fait l'objet d'une main courante pour avoir usé d'un comportement inadapté vis-à-vis d'une patrouille de police municipale le 21 avril 2021 ainsi que d'une contravention le 19 janvier 2021 pour non-respect du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ne saurait établir l'existence des troubles allégués d'atteintes à la tranquillité publique pour lesquels l'arrêté attaqué a été édicté. Compte-tenu de l'absence de justification de ces atteintes, la prescription de fermeture des commerces de 22 h 30 à 8 h par l'arrêté attaqué est manifestement disproportionnée entre l'objectif recherché de faire cesser les troubles allégués et l'atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.

8. Il résulte de ce qui précède et compte tenu des éléments mis en avant par le requérant pour en contester sa légalité, que l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de Vaires-sur-Marne a prescrit la fermeture des commerces entre 22 h 30 et 8 h du matin du 9 octobre 2021 au 9 avril 2022 sur certains secteurs de la commune doit être annulé en tant qu'il vise la place de la République.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Vaires-sur-Marne demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vaires-sur-Marne une somme de 1 500 euros à verser à M. B.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de Vaires-sur-Marne a prescrit la fermeture des commerces entre 22 h 30 et 8 h du matin du 9 octobre 2021 au 9 avril 2022 sur certains secteurs de la commune est annulé en tant qu'il vise la place de la République.

Article 2 : La commune de Vaires-sur-Marne versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Vaires-sur-Marne.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. C , président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

B. DUHAMEL

Le président,

M. CLa greffière,

M.NODIN

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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