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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111404

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111404

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantGIORNO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 décembre 2021 et 12 septembre 2022, Mme C D épouse B, représentée par Me Giorno, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le maire de Villejuif a refusé de lui délivré un permis de construire en vue de la surélévation et du changement de destination d'une construction existante située 171 boulevard Maxime Gorki (Villejuif) ;

2°) d'enjoindre au maire de Villejuif de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villejuif une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, en l'état de ses dernières écritures, que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- le motif tiré de la méconnaissance les dispositions de l'article UA 4.3.2 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur de fait dès lors que le projet prévoit bien un système de compostage ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 7.1.2 de ce règlement est entaché d'une erreur de droit dès lors que le projet de surélévation ne modifie pas les façades de la construction ; en tout état de cause, il est prévu de modifier son projet ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il a pour seul objet de faciliter son expropriation afin d'intégrer son terrain à la zone d'aménagement concertée " Aragon ".

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2022 et 10 octobre 2022, la commune de Villejuif, représentée par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse B a sollicité, le 12 octobre 2021, la délivrance d'un permis de construire en vue de la modification d'une toiture pour permettre la création de trois logements et le changement de destination d'une partie du local commercial en logement sur un immeuble situé 171 boulevard Maxime Gorki. Par un arrêté du 8 novembre 2021, le maire de Villejuif a opposé un refus à sa demande. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ".

3. Il résulte des énonciations de l'arrêté contesté, qui cite notamment les dispositions pertinentes du règlement du plan local d'urbanisme, que le maire de Villejuif s'est fondé, pour s'opposer à la demande présentée par Mme B, sur les motifs tirés de ce que le projet ne respecte pas les dispositions des articles UA 4 de ce règlement dès lors qu'il ne prévoit pas de système de compostage sur la parcelle, et UA 7 du même règlement dès lors que le projet de surélévation est implanté en limite séparative au-delà de la bande des vingt mètres de profondeur par rapport à l'alignement. Par suite, et alors que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, l'arrêté en litige est suffisamment motivé en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme : " 4.3.2 - Locaux de stockage () / Pour tout projet, un emplacement devra être prévu pour permettre la mise en place d'un système de compostage biodéchets (individuel et/ou collectif). / Ces dispositions s'appliquent en cas de réaménagement de bâtiments existants, sauf si leurs caractéristiques l'interdisent ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse PC 02, que le projet prévoit l'installation d'un emplacement destiné au compostage des biodéchets. En outre, si la commune de Villejuif soutient que la notice ne ferait pas état des " caractéristiques de ce système de compostage des déchets ", cette exigence ne résulte aucunement des dispositions précitées et n'est, en tout état de cause, prévue par aucun texte législatif ou réglementaire, notamment par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de Villejuif a estimé que le projet en litige devait être refusé au motif qu'il méconnaissait les dispositions de l'article UA 4 du règlement du plan local d'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " 7.1.2. Principe d'implant des constructions par rapport aux limites séparatives, au-delà de la bande de 20 mètres de profondeur par rapport à l'alignement / - Les constructions doivent être implantées en retrait de 6 mètres minimum des limites séparatives / Une implantation sur les limites séparatives est toutefois autorisée : / pour toute construction dont la hauteur de façade n'excède pas 3,50 mètres en limite séparative, / les façades implantées en limite séparative ne doivent pas comporter vue directe ".

7. Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé, un permis de construire ne peut être légalement délivré pour la modification de cette construction, sous réserve de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, que si les travaux envisagés rendent l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues ou s'ils sont étrangers à ces dispositions.

8. Par ailleurs, des travaux tendant à la surélévation d'un bâtiment implanté en méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ou à la voie publique ne sont pas étrangers à ces dispositions et n'ont pas pour effet de rendre le bâtiment plus conforme à celles-ci.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse et des plans de façades contenus dans la demande de permis de construire, que les travaux projetés de modification de la toiture auront pour effet de faire passer la hauteur de la construction de 16 à 16,96 mètres alors que la façade Sud de la construction existante, implantée sur la limite séparative, se situe partiellement au-delà de la bande de vingt mètres de profondeur par rapport à l'alignement. Alors que le point 7.1.2 de l'article 7 du règlement du plan local d'urbanisme précité prévoit la possibilité, et par exception, d'une implantation en limite séparative pour les constructions qui n'excède pas une hauteur de 3,5 mètres, les travaux de surélévation projetés, qui conduisent à une augmentation de la hauteur de la façade Sud de 96 centimètres pour la faire passer à 16,96 mètres, ne sont pas étrangers à ces dispositions et ne rendent pas l'immeuble plus conforme à ces mêmes dispositions. Dès lors, ils ne pouvaient légalement être autorisés. Par suite, le maire de Villejuif a pu, à bon droit, refuser de délivrer le permis de construire sollicité pour méconnaissance des dispositions de l'article UA.7 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. En quatrième lieu, le permis de construire en litige pouvant être régulièrement refusé en raison de la méconnaissance de l'article UA 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige soit entaché d'un détournement de pouvoir.

11. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Villejuif aurait pris la même décision de refus en se fondant sur le seul motif tiré de la méconnaissance de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Si Mme B entend modifier son projet afin de le rendre conforme à ces dispositions, il lui revient, si elle s'y croit fondée, de déposer une nouvelle demande de permis de construire en ce sens.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villejuif, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas davantage lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Villejuif au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Villejuif tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse B et à la commune de Villejuif.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. E, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. E

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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