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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111477

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111477

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTAVARES DE PINHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, complétée le 10 janvier 2022, M. E D, représentée par Me Tavares de Pinho, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté pris par le préfet de Seine-et-Marne le 27 novembre 2021 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 2.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision en litige a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, que le préfet s'est senti en compétence liée après la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile, qu'elle a été prise sans qu'il était été entendu, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le préfet n'établit pas la date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale sur les droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de la Cour nationale du droit d'asile (2ème section, 2ème chambre) en date du 15 juillet 2019 rejetant le recours formé le 31 janvier 2019 par M. D contre la décision du 26 novembre 2018 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides avait rejeté sa demande d'asile :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence du requérant et du préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1 M. E D, ressortissant ivoirien né le 20 janvier 1998, entré en France en février 2017 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 juillet 2019. Le préfet de Seine-et-Marne a pris en conséquence une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours le 8 novembre 2019, non contestée et non exécutée. Interpellé sur la voie publique le 26 novembre 2021, avec un faux permis de conduire, il a fait l'objet, le 27 novembre 2021, par le préfet de Seine-et-Marne, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, il demande l'annulation de cette décision. Dans le cadre de cette requête, M. D a indiqué une adresse de domiciliation à la " Halte Fontenaisienne ", 32 rue de la Fontaine du Vaisseau à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).

2 Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°; () ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3 En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 21/BC/157 du 21 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour n° D77-088, le préfet de Seine-et-Marne a donné à M. A F, sous-préfète de l'arrondissement de Provins, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4 En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5 La décision querellée du 27 novembre 2021 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé était entré irrégulièrement en France et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle dont serait entaché l'arrêté en litige doit être écarté, de même que celui tiré de ce que le préfet se serait considéré en situation de compétence liée, qui ne ressort pas de la décision contestée.

6 En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

7 Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. D a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, statuant en formation collégiale, le 15 juillet 2019. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne pourra donc qu'être écarté comme manquant en fait.

8 En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que M. D n'aura pas pu faire valoir ses observations lors d'un entretien individuel préalablement à la décision qu'il conteste, et que cette décision aurait donc été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne pourra qu'être écarté comme manquant en fait, dès lors qu'il a été auditionné par les forces de police le 26 novembre 2021, audition au cours de laquelle la perspective d'une obligation de quitter le territoire français lui a été soumise.

9 En cinquième lieu, aux termes d'une part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ", et d'autre part de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, et le respect des droits de l'enfant, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé soutient qu'il serait le père d'un enfant ainsi que d'un autre à naître de sa relation avec une compatriote, il n'établit pas que cette dernière serait en situation régulière sur le territoire français ou que sa demande d'asile, à la supposer déposée en son nom ou au nom de ses enfants, ait été acceptée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Rien ne s'oppose donc à la poursuite de leur vie privée et familiale dans leur pays d'origine commun. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation, ni défaut d'examen sérieux de sa situation, que le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours.

11 En sixième lieu, aux termes de l'article L. 614-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

12 Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "" () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13 Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, il est aussi constant que sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile qui a estimé ses craintes non fondées. M. D n'apportant pas, dans sa requête, d'éléments probants susceptibles de contredire cette appréciation, le moyen tiré de ce que la décision fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales sera aussi écarté.

14 Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D formée contre la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ne pourra qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E D, au préfet de Seine-et-Marne et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

B : M. C B : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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