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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111479

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111479

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDE SA - PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, complétée le 17 décembre 2021, le 1er mars 2022 et le 23 novembre 2022, M. D E, représenté par Me De Sa - Pallix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions en date du 10 décembre 2021 par lesquelles le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai, a fixé le pays de renvoi,

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer son dossier dans le délai d'un mois qui suivra la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard, par application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en cas d'annulation de la mesure d'obligation de quitter le territoire ou de la décision fixant le pays de destination dans le délai d'une semaine qui suivra la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard, par application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de lui restituer sa carte d'identité moldave dans le délai d'une semaine qui suivra la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard,

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de l'Essonne) une somme de 2.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la somme de 13 euros au titre des dépens.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la décision en litige a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée et entachée d'une absence d'examen approfondi de sa situation car elle ne fait pas mention de sa durée de présence en France et de son activité professionnelle, qu'elle a été prise sans qu'il ait été entendu, que la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires a été faite en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, qu'elle est entachée d'une erreur de fait car il ne lui a pas été demandé à quelle date il était entré en France, que la procédure suivie à son encontre était déloyale, que la décision est aussi entachée d'une erreur de droit car il n'avait pas besoin de visa pour entrer en France, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il dispose en France de fortes attaches personnelles et familiales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres et la liste de ceux dont les ressortissants sont exemptés de cette obligation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022, en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me de Sa - Pallix, représentant M. E, requérant, absent, qui maintient que la consultation des fichiers judiciaires a été faite sans habilitation de la personne y ayant procédé et que l'infraction s'étant conclue par une ordonnance pénale en raison d'une conduite sans permis ne constitue pas un trouble à l'ordre public.

Le préfet de l'Essonne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant moldave né le 17 mars 1999 à Briceni, a été interpellé le 10 décembre 2021 à Morsang-sur-Orge (Essonne) au volant d'un véhicule non assuré et le téléphone en main. Il n'a pas été en mesure également de présenter aux forces de police un permis de conduire valide. Auditionné, il a indiqué résider à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), 17 avenue Chanzy, travailler comme installateur, vivre avec une compatriote, être en France depuis août 2021 et ne pas vouloir rentrer dans son pays d'origine. Le préfet de l'Essonne a pris à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français. Par une requête enregistrée le 10 décembre 2021, M E demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ()". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ". Aux termes enfin de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-PREF-DCCPAT-BCA-278 du 9 décembre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de l'Essonne a donné à Mme C F, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. La décision querellée du 10 décembre 2021 du préfet de l'Essonne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé n'avait pas été en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé du 10 décembre 2021 qu'à la question " Si les autorités françaises décidaient de vous reconduire dans votre pays d'origine, accepteriez-vous le mesure où vous y opposeriez-vous ' ", l'intéressé a répondu par la négative. Il ne peut dès lors soutenir sérieusement qu'il n'aurait pas été informé de l'éventualité de la prise à son encontre d'une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré du défaut du droit d'être entendu ne pourra donc qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, s'il résulte de l'annexe II du règlement (UE) 2018/1806 du 14 novembre 2018 que les ressortissants de la république de Moldavie sont dispensés de visa pour entrer et circuler en France, ce n'est qu'à la double condition qu'ils soient titulaires d'un passeport biométrique délivré par la Moldavie en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale et qu'ils ne résident pas plus de quatre-vingt-dix jours sur le territoire français sur une période de cent-quatre-vingt-jours.

8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E, qui a déclaré être en France depuis août 2021, soit en tout état de cause depuis plus de quatre-vingt-jours à la date du 10 décembre 2021, ait été en mesure de présenter aux forces de police, lors de son interpellation, non plus d'ailleurs que dans le cadre de présente instance, un " passeport biométrique délivré par la Moldavie en conformité avec les normes de l'Organisation de l'aviation civile internationale ". Par suite, et pour cette seule raison, le préfet de l'Essonne était fondé à prendre à son encontre, le 10 décembre 2021, en application des dispositions mentionnées au point 2, une obligation de quitter sans délai le territoire français.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation des fichiers de police par les services de la préfecture de l'Essonne, comme celui tiré du " détournement de pouvoir ", de " la déloyauté et de la préfecture " et de la " violation du principe d'égalité des armes et du contradictoire " ne pourront qu'être écartés comme inopérants.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il résulte des propres déclarations de l'intéressé devant les services de police qu'il n'est en France que depuis août 2021, et non 2015 comme indiqué dans son mémoire enregistré le 23 novembre 2022, et que, s'il y indique résider avec une personne qu'il désigne comme sa concubine, il ne soutient pas que celle-ci serait en situation régulière en France. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation, ni défaut d'examen sérieux de sa situation, et quand bien même il apporterait dans le cadre de la présente instance des éléments tendant à démontrer sa présence en France depuis avril 2017, que le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, dès lors qu'il résulte de ces éléments nouveaux, non précisés devant les forces de police, qu'il résiderait depuis plus de quatre ans sur le territoire sans jamais avoir demandé la régularisation de sa situation administrative, soit bien au-delà du délai de trois mois mentionné au 2°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. E ne peut qu'être rejetée dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D E, au préfet de l'Essonne et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

A : M. B A : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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