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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111497

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111497

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantJULIE HOLLARD AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 11 décembre 2021 10 janvier 2022 et 3 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Hollard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

- elle sont insuffisamment motivées.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

- elle est entaché d'inexactitude matérielle des faits en ce qu'elle mentionne qu'elle est entrée en France pour la première fois le 6 octobre 2016 alors qu'elle est entrée en France courant 2015, qu'elle a été reçue en dernier lieu le 29 avril 2021 au guichet alors qu'elle a été reçue au mois de juillet 2021 et en ce qu'elle mentionne que l'avis du collège de médecins de l'OFII indique que son défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'indique pas la durée des soins dont elle doit bénéficier et n'indique pas sa nationalité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en lui opposant la circonstance qu'elle est entrée irrégulièrement sur le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas saisi au préalable l'avis d'un médecin de l'agence régionale de santé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations, mais a transmis un mémoire en production de pièces le 26 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lacote, conseiller rapporteur,

- les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hollard, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante égyptienne née le 22 février 1964 au Caire (Egypte), qui déclare être entrée en France courant 2015 munie d'un visa de type C, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 8 novembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Mme C A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté mentionne que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a émis, le 10 septembre 2021, un avis défavorable au maintien de Mme C A sur le territoire national au motif que l'état de santé du demandeur nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la lecture de l'avis du 10 septembre 2021, que le collège des médecins a, au contraire, indiqué dans son avis que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par suite, Mme B A est fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour est fondée sur des faits matériellement inexacts.

3. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 novembre 2021 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays de destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. Le présent jugement implique seulement que la demande de Mme C A soit réexaminée. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé à Mme C A la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office est annulé.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à Mme C A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

J.-N. LACOTE

Le président,

S. DEWAILLY

La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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