jeudi 19 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 décembre 2021 et 5 décembre 2022, M. C A, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé de procéder au rétablissement à son profit des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser rétroactivement les allocations pour demandeur d'asile à compter de la demande de rétablissement, dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter préalablement ses observations ;
- la décision méconnaît l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il n'aurait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à son état de vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né en 1994, a déposé une demande d'asile enregistrée en procédure " Dublin " le 26 février 2019 et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles du demandeur d'asile. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a décidé de son transfert aux autorités suédoises. M. A a refusé d'embarquer dans le vol prévu à destination de la Suède, le 31 juillet 2019, et la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Melun a suspendu, par une décision du 2 août 2019, les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile dont il bénéficiait. Par une décision du 24 février 2021, cette autorité a refusé de procéder au rétablissement de ces allocations. Elle a réitéré ce refus par une décision du 27 octobre 2021, dont M. A demande l'annulation.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission de M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 26 février 2019, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que ces articles étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé qu'il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
5. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment la décision du Conseil d'État n° 428530 du 31 juillet 2019, précise que l'intéressé, qui a fait l'objet d'un précédent refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter le jour de son transfert aux autorités suédoises, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile. Elle mentionne également qu'un entretien a été réalisé le 27 octobre 2021 pour évaluer ses besoins et sa situation personnelle. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil du 27 octobre 2021 étant prise en réponse à une demande présentée par l'intéressé, l'administration n'avait pas à solliciter de ce dernier des observations préalables avant l'édiction de cette décision. En outre, la décision par laquelle l'Office refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'Office a suspendu au demandeur le bénéfice desdites conditions matérielles d'accueil, laquelle ne constitue pas davantage sa base légale. Ainsi, à supposer que M. A ait entendu contester la légalité, par la voie de l'exception, de la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil lorsqu'il soutient qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, un tel moyen est inopérant.
7. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 744-6 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, lorsque l'OFII statue sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et, dans ce cadre, apprécie la situation particulière du demandeur d'asile au regard notamment de sa vulnérabilité, les dispositions de l'article L. 744-6 ne lui imposent pas de mener à nouveau un tel entretien. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII ne prenne la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'Office a procédé, le 27 octobre 2021, à un examen de la situation de M. A, et notamment de sa vulnérabilité, avant de décider de lui refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il n'est pas sérieusement contesté que M. A a refusé de se présenter le jour de son transfert vers la Suède, État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, ainsi qu'en atteste l'extrait du dossier de M. A mentionnant son absence à la convocation le jour de son transfert et son défaut d'embarquement. Dans ces conditions, dès lors que M. A était en fuite, la directrice territoriale de l'OFII a pu considérer qu'il n'avait pas respecté ses obligations, motif qui compte au nombre de ceux susceptibles de justifier d'un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant. Si M. A produit un certificat médical daté du 21 mars 2021 mentionnant qu'il souffre d'un " syndrome psycho traumatique " et qu'il se plaint de troubles du sommeil en raison de violences subies dans son pays d'origine, cet élément ne peut suffire, à lui seul, à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil, alors que l'évaluation de sa situation le 27 octobre 2021 n'a pas fait apparaître de vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de sa vulnérabilité doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Orhant et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Van Daële, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2023.
La rapporteure,
M. B
La présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
C. BOURGAULT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2003586
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026