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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2112072

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2112072

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2112072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPAPAZIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021, M. A, représenté par Me Papazian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente de celui-ci une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation car il ne constitue nullement une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant sa situation professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du CESEDA ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale conformément aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation concernant le pays de renvoi car il ne s'est pas assuré qu'il ne serait pas exposé à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique ni à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- le signataire de la décision est incompétent ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est excessive et disproportionnée eu égard à sa situation familiale et personnelle.

La préfète du Val-de-Marne, à laquelle la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Par ordonnance du 6 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juillet 2023 à midi.

Des pièces complémentaires ont été produites, les 10 et 11 septembre 2023, après la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett,

- et les observations de Me Papazian, représentant de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien, né le 20 mai 1978 en Arménie, a déclaré être entré sur le territoire français le 4 avril 2008. Le 26 juin 2014, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination annulé par une décision du tribunal de céans. Postérieurement, il a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire puis pluriannuelle portant la mention " salarié " valable jusqu'au 29 août 2021. Le 6 août 2021, il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour. Par une décision du 23 novembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé sa demande de renouvellement. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 23 novembre 2021.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, est l'auteur de plusieurs infractions, pour lesquelles il a été condamné sur une période allant du 24 novembre 2009 au 10 mai 2021 par différentes juridictions judiciaires. Il est constant que M. A a été condamné pour des faits de vols en 2009 et 2010 puis pour des faits de conduite sans permis à plusieurs reprises entre 2015 et 2017, enfin en dernier lieu par le tribunal judiciaire de Nanterre en mai 2021 pour des faits d'usurpation de plaque d'immatriculation. L'ensemble de ces infractions commises sur plusieurs années et encore récemment entre septembre et octobre 2020 présente un caractère certain de réitération. La circonstance que le titre du requérant ait été renouvelé en juin 2017, alors que certaines des infractions étaient déjà connues des services préfectoraux, est à cet égard sans incidence. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation en considérant que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de ce que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur d'appréciation en lui opposant l'existence d'une menace pour l'ordre public doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A, célibataire sans enfant, arrivé en France à l'âge de trente ans, soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale du fait de l'intensité des liens familiaux avec sa mère, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel " vie privée et familiale " avec laquelle il indique résider et dont l'état de santé nécessiterait sa présence à ses côtés. Toutefois, le requérant n'établit ni l'état de santé de sa mère, ni que sa présence à ses côtés serait indispensable. Il n'établit pas davantage ne plus avoir de liens avec son pays d'origine. En troisième lieu, si le requérant soutient que le refus de renouvellement de son titre de séjour est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, codifié depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 435-1 du même code et qui prévoit une régularisation exceptionnelle, il ne ressort pas de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la demande de renouvellement du titre pluriannuel " salarié " présentée par M. A ait été fondée sur ces dispositions. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la préfète du Val de Marne aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application de ce texte ou dans l'usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle le préfet fixe le pays à destination duquel sera reconduit l'étranger qui n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français, laquelle constitue une décision distincte de la mesure d'éloignement elle-même en vertu des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constitue une mesure de police qui doit, en principe, être motivée en fait comme en droit.

8. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les articles L. 611-1, L. 612-1 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il procède à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A, dont il est rappelé qu'il est de nationalité arménienne et qu'il n'est pas isolé dans ce pays dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. M. A n'invoque au demeurant aucune crainte ni aucune autre considération qui commanderait qu'il ne soit pas éloigné vers son pays d'origine. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision fixant le pays à destination duquel le requérant sera éloigné, qui est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen sérieux de cette décision doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. A soutient que la décision portant retour vers le pays dont il a la nationalité est contraire aux dispositions précitées, il ne justifie d'aucun risque sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique ni être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Arménie.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné.

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale, délégation de signature aux fins de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

13. En deuxième lieu, tel qu'il a été exposé au point 8 du présent jugement, l'arrêté attaqué vise les articles L. 611-1, L. 612-1 et L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il procède à l'examen de la situation personnelle de M. A et notamment de sa situation familiale. L'arrêté attaqué comportant ainsi les considérations de fait et de droit, il est suffisamment fondé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

14. En troisième lieu, tel qu'il a été exposé au point 5, M. A, célibataire et sans enfant sur le territoire français, ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire inscrit dans la durée et la stabilité. Il convient dès lors d'écarter le moyen tiré du caractère excessif et disproportionné de la mesure eu égard à sa situation familiale et personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2021 de la préfète du Val-de-Marne. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la Préfecture du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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