mercredi 15 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2112077 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BOUCHOUCHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 décembre 2021, les 8 février, 4 mars et 17 juin 2022, M. B C, représenté par Me Bouchoucha, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel la Préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduite ;
2°) d'enjoindre à la Préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfecture ne l'a pas convoqué et ne lui a pas communiqué la liste des pièces à fournir après que cette administration a été destinataire du rapport de l'Office Français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et alors qu'il n'a pas reçu la demande de complément d'information que la préfecture invoque avoir adressé à l'intéressé le 20 mai 2021 ;
- est illégale dès lors que la case concernant le caractère de longue durée de sa maladie n'est pas cochée ;
- est illégale dès lors que les éléments transmis par l'intéressé à l'OFII n'ont pas été transmis par cet organisme aux services de la préfecture, que l'avis de l'OFII, considérant qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont il a la nationalité risque d'induire " la cour en erreur " et que cet avis mentionne qu'il peut voyager sans risque dans son pays d'origine ;
- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par la préfète ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne peut disposer d'un traitement approprié à sa pathologie en République démocratique du Congo ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de fait, la décision faisant mention d'une date de naissance erronée et de l'absence de justification d'une résidence habituelle en France depuis le 28 juin 2013 ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation alors qu'il réside en France depuis le 28 juin 2013, pays dans lequel il a développé des relations amicales et est inséré culturellement.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît les dispositions de l'article L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée de présence en France, de son âge, de sa pathologie et des liens importants qu'il a noué en France depuis son arrivée sur le territoire en 2013.
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'incompétence ;
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La préfète du Val-de-Marne, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations, mais a transmis des pièces le 1er février 2022.
Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022 à midi.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant congolais né le 23 mars 1966 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), déclarant être entré en France le 28 juin 2013, a obtenu un titre de séjour valable du 4 janvier 2016 au 3 janvier 2017, sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par décision du 1er février 2018, le préfet du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire national dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit. Le requérant a sollicité, le 13 janvier 2021, un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 311-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu L. 425-9 du code précité à la date de la décision attaquée. Par arrêté du 7 décembre 2021, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. /La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. /Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. /Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. /Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. ". D'autre part, aux termes de l'article R.431-13 du code précité : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ( ) ".
3. M. C soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfecture ne l'a pas convoqué et ne lui a pas communiqué la liste des pièces à fournir après que cette administration a été destinataire du rapport de l'OFII ainsi que pour ne pas avoir reçu la demande de complément d'information que la préfecture invoque avoir adressé à l'intéressé par courrier recommandé le 20 mai 2021 et revenue avec la mention " pli avisé et non réclamé " le 9 juin 2021. Toutefois, il ne résulte pas des dispositions précitées que la préfecture doit, une fois qu'elle a enregistré la demande de titre de séjour et recueilli les éléments produits à l'appui de cette demande, convoquer à nouveau le demandeur et lui communiquer une liste des pièces à fournir à l'appui de sa demande de titre après que l'OFII lui a adressé l'avis du collège des médecins. En tout état de cause, il est constant que la décision critiquée fait suite à une demande de l'intéressé, qui a pu, à cette occasion, ainsi que cela ressort de son courrier de demande de titre de séjour en date du 14 janvier 2021, présenter au préfet l'ensemble des pièces et des arguments au soutien de sa demande, de sorte qu'il ne peut utilement invoquer le fait que la procédure serait irrégulière faute pour lui d'avoir à nouveau été convoqué par la préfète afin qu'il puisse faire valoir des éléments complémentaires. Au surplus, il ne ressort des pièces du dossier ni que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la décision contestée, ni même de présenter des informations pertinentes tenant à sa situation personnelle dont il ne disposait pas lors du dépôt de son dossier, étant au surplus relevé qu'il ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les raisons du défaut de réception du courrier du 20 mai 2021 par les services postaux. Par suite, ce moyen sera écarté.
4. En deuxième lieu, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés notamment à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
5. La circonstance que cet avis ne mentionne pas la durée prévisible du traitement requis est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors qu'il conclut que le requérant peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en R.D.C. La mention de la durée prévisible du traitement, qui a pour seul objectif et intérêt de permettre à la préfète de connaître la durée prévisible du traitement en France, n'a d'utilité que lorsque le traitement nécessaire à l'état de santé du demandeur n'est pas disponible dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence d'indication sur l'avis du collège de l'OFII de la durée prévisible du traitement doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, (), de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. /A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté. " Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. " L'article 12 de cet arrêté précise que : " Les certificats médicaux, les rapports médicaux établis par l'office, les avis émis par le médecin ou le collège de l'office sont conservés par le service médical de l'office pour une durée de cinq ans. "
7. Il ne résulte ni de ces dispositions ni d'aucun texte que l'OFII doive transmettre à la préfecture les éléments qui lui sont adressés par le demandeur de titre de séjour afin qu'il apprécie sa situation médicale. Par suite le moyen tiré du défaut de transmission à la préfecture par les services de l'OFII des pièces qui lui avaient été communiquées par M. C sera écarté.
8. En quatrième lieu, il ne résulte pas des termes de la décision que la préfète se soit crue en situation de compétence liée par suite le fait que le requérant conteste les conclusions de l'avis du collège des médecins de l'OFII n'est pas suffisant pour établir que la décision querellée serait irrégulière.
9. En cinquième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII a, par un avis en date du 19 mai 2021, estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque.
11. M. C soutient qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il produit à cette fin le certificat de son médecin généraliste en date du 4 février 2021 mentionnant d'une part, suivre le requérant pour de multiples pathologies psychiatriques consistant en un stress post-traumatique, des troubles de la personnalité avec dédoublement, des délires interprétatifs, de la schizophrénie, une dépression nerveuse, une anxiété généralisée, des hallucinations, insomnies et envies suicidaires fréquentes ainsi qu'une cardiopathie hypertensive et qu'il suit un traitement médicamenteux pour ces pathologies à base d'Atarax, de Seroplex, de Nozinan et d'Exforge. Ce médecin conclut, après avoir repris le rapport établi à sa demande par le conseil des médecins du Centre de neuro-psycho pathologie de l'Université de Kinshasa en mai 2018, que l'état de santé de son patient justifie la prolongation de son séjour en France pour une durée indéterminée, ainsi que la présence d'une personne proche à ses côtés pour un soutien moral et psychique. Le requérant verse également au débat le rapport de trois neuropsychiatres du Centre de neuro-psycho pathologie de Kinshasa daté du 25 mai 2018 mentionnant que le type de traitement administré au requérant n'est pas disponible en R.D.C et qu'en dehors des coûts prohibitifs de médicaments en provenance d'Europe, aucun des traitements administrés aux patients en psychiatrie en R.D.C n'est équivalent aux normes occidentales et que les services de psychiatrie fonctionnent avec des médicaments de qualité douteuse. Toutefois, ce document qui est antérieur de plus de trois ans par rapport à la date de la décision attaquée, ne peut préjuger de la situation en matière d'offre de soins en décembre 2021. En outre, en se bornant à indiquer que les médicaments administrés au requérant ne seraient pas disponibles en R.D.C ou qu'il le serait à un coût prohibitif, ce rapport ne se prononce pas sur l'existence d'équivalents qui leur seraient substituables et auxquels le requérant pourrait avoir accès, un traitement médical approprié n'étant pas nécessairement un traitement identique à celui dont un malade peut bénéficier en France. En outre, l'article du service de l'immigration et des réfugiés du Canada en date du mois de juin 2012 est trop ancien et ses considérations trop générales pour permettre d'en tirer des conclusions quant à la disponibilité du traitement ou d'un équivalent en R.D.C. Il en va de même des articles de presse produits. De même, le compte-rendu des urgences en date du 8 octobre 2019 se prononçant sur une non-admission en hospitalisation ainsi que les ordonnances et le certificat médical du médecin traitant du requérant en date du 28 août 2017 produits ne se prononcent pas sur le caractère disponible du traitement dans le pays d'origine du patient. Enfin, certains certificats médicaux évoquent le fait que ses troubles psychiatriques trouvent leur origine dans un traumatisme subi dans son pays d'origine, toutefois il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas invoqué par le requérant qu'il aurait vécu, dans ce pays, des événements traumatisants tels qu'ils ne permettraient pas, dans ce cas particulier, d'y envisager un traitement effectivement approprié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni termes de la décision qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. C.
13. En septième lieu, M. C qui n'a pas sollicité un titre de séjour au titre de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions par la préfète du Val-de-Marne.
14. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. M. C se prévaut d'une durée de présence en France de près de huit ans à la date de la décision attaquée, des relations sociales nouées depuis son arrivée sur le territoire national ainsi que de ses activités bénévoles au sein de deux associations. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C est célibataire, sans charge de famille en France et ne justifie pas d'un hébergement stable, étant domicilié auprès de la Croix Rouge française de Vitry-sur-Seine. De plus, les photographies, les deux attestations relatives à ses activités bénévoles, dont l'une n'est ni signée ni datée, ainsi que le contrat de travail en date du 22 septembre 2017 pour un emploi de standardiste rompu en raison de la précarité de ses conditions de séjour en France, selon les dires du requérant, ne sont pas de nature à établir l'existence de relations sociales anciennes et stables sur le territoire national. En outre, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. Dans ces conditions, la Préfecture du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
16. En neuvième lieu, M. C soutient que la préfète aurait commis une erreur de fait en mentionnant une date de naissance erronée et en considérant qu'il ne justifiait pas d'une présence habituelle en France depuis le 28 juin 2013. Toutefois, il résulte des termes de la décision attaquée que l'erreur de mention quant à sa date de naissance résulte d'une simple erreur de plume et, est comme l'indique le requérant lui-même sans incidence sur la décision attaquée. De plus, en portant une appréciation sur la durée de séjour en France du requérant au regard des éléments apportés par celui-ci, la préfète du Val-de-Marne n'a commis aucune erreur de fait. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
17. Enfin, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 15 que l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être écartées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
19. En premier lieu, par un arrêté par arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à Mme Mireille Larrède, secrétaire générale de la préfecture du Val-de-Marne, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne. Par suite, le moyen d'incompétence doit être écarté.
20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L.313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.
21. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le pays de destination :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 19 que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée n'est pas établi. Par suite, ce moyen doit être écarté.
23. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel M. C serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, la préfète du Val-de-Marne vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
24. En troisième lieu, il ne résulte ni de ce qui a été dit au point précédent, ni du dossier ou des termes de la décision que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de l'intéressé.
25. En quatrième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. C n'est pas fondé à invoquer l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision fixant le pays de destination en raison de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision portant obligation de quitter le territoire. Au surplus, le requérant n'établit, ni allègue qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
26. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination.
27. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 décembre 2021, par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être écartées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à. M. B C et à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Lacote , conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2022.
Le rapporteur,
S. A
Le président,
S. DEWAILLY La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La grefffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026