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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2112095

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2112095

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2112095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Desenlis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui a refusé sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat jeune majeur ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui accorder une solution d'hébergement comportant le logement dans une structure adaptée à sa situation et la prise en charge de ses besoins alimentaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à cette autorité, de mettre en place à son profit une prise en charge éducative lui permettant d'accéder à un emploi ou une formation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'erreur de fait et d'absence de prise en compte de sa situation ;

- méconnaît l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- porte une atteinte grave aux droits à l'hébergement d'urgence, à l'éducation et à la protection de la santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'il n'a pas communiqué la décision attaquée ;

- les moyens soulevés sont inopérants dès lors qu'il n'a pas exercé de recours gracieux contre la décision de refus d'attribution ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Potin, conseillère.

En application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au 17 juin 2022 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité ivoirienne, né le 1er janvier 2004 à Faranikan (Côte d'Ivoire) a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 30 août 2019. Par un courrier du 7 décembre 2021, il a sollicité le maintien de sa prise en charge par les services départementaux au-delà de sa majorité. Par un courrier du 16 décembre 2021, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande. Par un recours gracieux du 29 décembre 2021, M. A a demandé un réexamen de sa situation. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision refusant sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat jeune majeur.

Sur le cadre du litige :

En ce qui concerne la décision attaquée :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sous réserve des dispositions des articles L. 111-2 et L. 111-3, toute personne résidant en France bénéficie, si elle remplit les conditions légales d'attribution, des formes de l'aide sociale telles qu'elles sont définies par le présent code ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " L'admission à une prestation d'aide sociale est prononcée au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions législatives ou réglementaires et, pour les prestations légales relevant de la compétence du département ou pour les prestations que le département crée de sa propre initiative, au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions du règlement départemental d'aide sociale mentionné à l'article L. 121-3 ". Aux termes de l'article L. 221-1 dudit code : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Le sixième et le septième et dernier alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prévoient que, sur décision du président du conseil départemental : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa , au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". L'article L. 134-2 du même code dispose que : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée () ".

4. Il résulte des dispositions mentionnées aux points 2 et 3 que lorsqu'un majeur âgé de moins de vingt-et-un ans entend contester la décision par laquelle le président du conseil départemental a refusé de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge dans le cadre des dispositions des sixième et septième alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale ou a décidé de mettre fin à une telle prise en charge, l'intéressé se doit, avant d'introduire un recours contentieux, de présenter auprès du président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, une telle mesure d'accompagnement au titre de l'aide sociale à l'enfance constituant une prestation légale d'aide sociale.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, par courrier du 29 décembre 2021, dont le département a accusé réception le 30 décembre 2021, le conseil de M. A a sollicité le président du conseil départemental de Seine-et-Marne afin que sa situation soit de nouveau examinée. Compte-tenu de ses termes et de son objet, ce courrier doit être regardé comme un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 16 décembre 2021.

6. Le département a répondu à ce recours par une lettre de rejet datée du

4 janvier 2022, postérieurement au dépôt de la requête. Cette dernière s'est entièrement substituée à la décision initiale du 16 décembre 2021.

7. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être regardées comme étant dirigées à l'encontre de la décision du 4 janvier 2022

de rejet de son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision

du 16 décembre 2021.

En ce qui concerne l'office du juge :

8. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt-et-un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.

9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

10. Il résulte de l'instruction que M. A a été pris en charge par le service de l'aide social à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'à sa majorité. Par une décision du 16 décembre 2021, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé la prise en charge du requérant dans le cadre d'un contrat jeune majeur ce qui a eu pour effet de mettre fin à la date de sa majorité, le 1er janvier 2022, à la prise en charge de M. A, qui suivait depuis le mois de septembre 2021 une deuxième année de formation au certificat d'aptitude professionnelle de mécanicien en alternance. En mettant fin à sa prise en charge le 1er janvier 2022, sans lui proposer, comme il en était tenu en application des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, un accompagnement pour lui permettre de terminer l'année scolaire engagée, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a méconnu ces dispositions.

11. Toutefois, à la suite de la mesure d'instruction diligentée par le tribunal et tendant à la production des éléments d'actualisation de sa situation au regard, notamment, de sa scolarité, de son insertion sociale, de son hébergement, de sa situation administrative et de ses relations personnelles et familiales, le requérant a transmis sa convocation aux épreuves du certificat d'aptitude professionnelle ainsi que ses fiches de paye pour les mois de janvier à avril 2022. Par ailleurs, le département fait valoir, sans être contredit par le requérant, que ce dernier est titulaire d'une épargne de plusieurs milliers d'euros, qu'il est titulaire de ses droits à la sécurité sociale et qu'il est accompagné dans ses démarches auprès de la préfecture de Seine-et-Marne en vue de l'obtention d'un titre de séjour. Dès lors, la décision de refus de prise en charge de M. A ne peut être regardée, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans la mise en œuvre des dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, comme méconnaissant ces dispositions. Le défaut de prise en charge du requérant n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par le département, au demeurant, non fondée, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de poursuivre sa prise en charge dans le cadre d'un contrat " jeune majeur ". Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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