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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2112125

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2112125

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2112125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2021, M. B, représenté par Me Langagne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au renouvellement de sa carte de résident ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé pendant la durée de cet examen ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement à intervenir, de procéder à la suspension de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée de nullité du fait de l'illégalité de la décision de retrait de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- La décision est privée de base légale, du fait de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, le Préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2022 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 23 décembre 1986 à El Jem (Tunisie), déclare être entré sur le territoire français le 6 décembre 2010. Le 24 septembre 2011, il a épousé une ressortissante française. A compter du 10 octobre 2012, il a été titulaire d'une carte de résident valable au titre de l'article 10 a) de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Selon ses déclarations, le mariage a été dissout en 2014. Par un courrier du 23 août 2021, le préfet de Seine-et-Marne l'a informé de son intention de lui retirer sa carte de résident. Le 18 novembre 2021, il a été convoqué devant la commission du titre de séjour qui a rendu un avis favorable au retrait de son titre de séjour compte tenu de la rupture de vie commune avec son épouse et de la menace à l'ordre public qu'il représente. Par un arrêté du 15 décembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour valable du 10 octobre 2012 au 9 septembre 2022, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la décision portant retrait d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ; ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 432-4 de ce même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

4. M. B ne conteste pas avoir fait l'objet de plusieurs condamnations pénales à compter de 2016, soit peu de temps après la naissance de sa fille, et jusqu'en 2019. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à sept reprises.

5. M. B fait valoir qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille, A, né le 24 octobre 2015. Cependant, il ressort des pièces du dossier, que cette dernière demeure avec sa mère à Beuzeville (Eure), à cet égard, le requérant produit uniquement des attestations de transfert d'argent pour un montant légèrement supérieur à 1 000 euros pour la période de juin à septembre 2021, sans verser aucune autre preuve d'une participation avant cette période. De plus, le requérant verse également à la procédure des relevés bancaires qui indiquent que la Caisse d'allocations familiales prélève mensuellement sur son compte la somme de 150 euros, par subrogation au nom de la mère de sa fille. S'agissant des liens qu'il entretient avec sa fille, le requérant ne verse à la procédure, hormis l'indication d'un voyage en Tunisie en juillet 2019, aucun élément relatif à la relation entretenue avec sa fille, qu'il s'agisse de la fréquence de ses visites, de témoignages ou d'activités lors des gardes partagées, dont il n'établit pas l'exercice de manière régulière. Enfin, M. B ne se prévaut d'aucune autre attache en France, et n'établit pas être dépourvu de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 24 ans et dans lequel il est déjà retourné séjourner à plusieurs reprises. Dès lors, compte tenu des circonstances de l'espèce, la décision attaquée du préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si M. B fait valoir que l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 5 que, notamment, M. B n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant en prenant la décision litigieuse.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision en date du 15 décembre 2021 portant retrait d'un titre de séjour au profit du requérant étant légale, celui-ci n'est pas fondé à contester par la voie de l'exception d'illégalité la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

9. En second lieu, et ainsi qu'il l'a été dit au point 5, l'intéressé n'ayant pas été en mesure de démontrer l'intensité de sa vie privée et familiale en France ni au jour de la décision attaquée ni au jour du jugement, il n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas non plus fondé à demander l'annulation de la décision du 15 décembre 2021 en tant qu'elle lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions portant retrait de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de son éloignement.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au Préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

S. GHALEH-MARZBANLa greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision ;

Pour expédition conforme,

La greffière

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