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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200027

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200027

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200027
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantMARTIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Sous le n° 2200027, par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 janvier 2022, 19 juillet 2022 et 1er décembre 2022, M. F D, représenté par le cabinet Agora avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2021 par lequel le maire de Charenton-le-Pont a délivré à la SAS Provini Arsan un permis de construire un immeuble à usage d'habitation de type R+5 et valant permis de démolir sur une parcelle cadastrée section A n° 81 située 162 rue de Paris ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Charenton-le-Pont une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ; en particulier, elle n'est pas tardive et il a un intérêt à agir contre l'arrêté en litige dès lors qu'il est voisin immédiat de la construction projetée ;

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme dès lors que la notice architecturale jointe à la demande est insuffisante pour ne pas indiquer le volume des constructions nouvelles par rapport aux constructions et paysages avoisinants et l'organisation des accès au terrain ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire ne fait pas apparaître les conditions de desserte du terrain par rapport aux réseaux d'eau et d'assainissement ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'architecte des bâtiments de France a émis ses avis du 27 novembre 2020 et du 18 janvier 2021 sur la base d'un dossier incomplet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UH 3 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet en litige prévoit la création de trente-quatre places de stationnement pour les voitures et de neuf places pour les deux roues, ce qui est susceptible d'aggraver la congestion de la circulation de la rue Paris ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UH 7 de ce règlement dès lors que la longueur du mur pignon en limite séparative aurait dû être limitée à 15 mètres pour permettre l'amélioration des constructions existantes ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UH 11 du même règlement dès lors qu'en raison de sa hauteur, le projet fera obstacle à la conservation du rythme architectural des constructions mitoyennes.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 avril 2022, 18 novembre 2022 et 2 mars 2023, la SAS Provini Arsan, représentée par le cabinet Martin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que chaque pièce de la requête n'est pas transmise dans un fichier distinct correspondant à l'intitulé du bordereau des productions communiquées ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2022, la commune de Charenton-le-Pont, représentée par le cabinet Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

II. Sous le n° 2206806, par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 juillet 2022, 25 octobre 2022 et 1er décembre 2022, M. F D, représenté par le cabinet Agora avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel le maire de Charenton-le-Pont a transféré à la SCCV 162 rue de Paris le permis de construire n° 09401820N1008T01 délivré à la société Provini Arsan ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Charenton-le-Pont une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a un intérêt à agir contre l'arrêté en litige dès lors qu'il est voisin immédiat de la construction projetée, que son mur pignon entrainera le dysfonctionnement des tourelles d'extraction situées sur le toit de son immeuble et que la construction d'espaces de stationnement souterrain risque d'affecter son intégrité et sa solidité

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne vise pas l'accord du titulaire du permis transféré ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le permis de construire transféré du 7 juillet 2021 n'est pas devenu définitif ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de ce permis de construire.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, la commune de Charenton-le-Pont, représentée par le cabinet Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 octobre et 18 novembre 2022, la SCCV 162 rue de Paris, représentée par le cabinet Martin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. D la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que M. D n'a pas intérêt à agir et, d'autre part, que chaque pièce de la requête n'a pas été transmise dans un fichier distinct correspondant à l'intitulé du bordereau des productions communiquées ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Grand rapporteur public,

- et les observations de Me Wester, représentant M. D, de Me Azogui, représentant la commune de Charento-le-Pont et de Me Rebière, représentant la SCCV 162 rue de Paris et la SAS Provini Arsan.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 juillet 2021, le maire de Charenton-le-Pont a délivré à la SAS Provini Arsan un permis de construire valant permis de démolir en vue de la construction d'un immeuble à usage d'habitation comprenant vingt-huit logements et un local commercial sur une parcelle cadastrée section A n° 81 située 162 rue de Paris. Par un courrier du 1er octobre 2021, reçu le 5 octobre suivant, M. D a sollicité le retrait de cet arrêté. Son recours gracieux a été rejeté par une décision du 5 novembre 2021. Par un arrêté du 12 mai 2022, le maire de Charenton-le-Pont a transféré ce permis de construire à la SCCV 162 rue de Paris. Par les requêtes susvisées enregistrées sous les n°s 2200027 et 2206806, M. D demande au tribunal d'annuler le permis de construire du 7 juillet 2021 et la décision de rejet de son recours gracieux ainsi que l'arrêté de transfert de ce permis construire.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2200027 et n°2206806, ont été présentées par le même requérant, se rapportent à des décisions d'urbanisme relatives au même projet de construction et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le permis de construire du 7 juillet 2021

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C E, adjoint au maire de Charenton-le-Pont et signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation du maire, par un arrêté du 15 juin 2020, à l'effet d'accomplir tous actes et de signer tous documents dans les domaines d'attribution énumérés par cet arrêté, au nombre desquels figure la délivrance des permis de construire. Cet arrêté mentionne qu'il a été transmis au représentant de l'Etat le même jour et publié le 16 juin 2020. Ces mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, non rapportée en l'espèce. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. ".

6. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet se situe aux abords du vieux château de Bercy, bâtiment protégé au titre des monuments historiques. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire déposée le 10 novembre 2020 a été complétée les 23 décembre 2020, 22 mars 2021 et 15 avril 2021. Si l'avis du 18 janvier 2021 rendu par l'architecte des bâtiments de France a été émis sur la base du dossier modifié le 23 décembre 2020, il ressort de ces mêmes pièces, et n'est pas sérieusement contesté, que les modifications apportées le 22 mars 2021 ont eu pour objet de tenir compte des recommandations et prescriptions émises dans l'avis précité, et que seule l'attestation de prise en compte de la règlementation thermique a été modifiée le 15 avril 2021. Dans ces conditions, eu égard à l'objet et à la portée des compléments apportés ultérieurement au projet, une nouvelle consultation de l'architecte des bâtiments n'était pas nécessaire. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis en application de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. "

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. D'une part, il ressort de la notice architecturale " PC 4 " jointe à la demande de permis de construire que tant l'implantation, l'organisation et la composition des volumes de la construction projetée par rapport aux constructions avoisinantes que l'organisation et l'aménagement des accès sont décrits avec précision. Cette demande de permis de construire était, au surplus, accompagnée de nombreux documents photographiques et graphiques qui permettaient d'apprécier les caractéristiques du secteur d'implantation ainsi que les modalités d'insertion du projet dans cet environnement. Dans ces conditions, M. D, en se bornant à soutenir que la notice architecturale ne précise pas que sa propriété serait " imbriquée " avec l'immeuble dont la démolition est autorisée par le projet en litige, n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, ni en tout état de cause, que le service instructeur n'était pas en mesure, au regard de l'ensemble des pièces composant la demande de permis de construire, d'apprécier l'insertion du projet par rapport, notamment, aux constructions avoisinantes.

10. D'autre part, il résulte du plan de masse " PC 02 " joint à cette même demande de permis de construire que, contrairement à ce que soutient le requérant, les modalités de raccordement du projet en litige aux réseaux existants par la rue de Paris sont indiquées.

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire doit être écarté en toutes ses branches.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article UH 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de l'immeuble ou de l'ensemble d'immeubles envisagé, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut être également refusé si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. "

13. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est desservi par la rue de Paris, située dans un secteur déjà très densément bâti et qui accueille ainsi une circulation importante, et qui est une voie rectiligne à double sens de circulation de vingt-huit mètres de large, trottoirs compris, dont quinze mètres sont dédiés à la seule circulation automobile. Il ressort de ces mêmes pièces, et n'est au demeurant pas contesté, que les accès au projet ne présentent aucun risque tenant à leur position et leur configuration, notamment en matière de visibilité. S'agissant plus particulièrement de la circulation des véhicules de secours, la brigade des sapeurs-pompiers de Paris a émis, le 9 décembre 2020, un avis favorable sur le projet eu égard aux " bonnes conditions de desserte des engins de lutte contre l'incendie et la défense extérieure contre l'incendie ". Dans ces conditions, M. D, qui se borne à soutenir que la création de vingt-trois places de stationnement pour les voitures et neuf places de stationnement pour les deux roues entrainera une aggravation de " la situation existante s'agissant des conditions de circulation sur la rue de Paris ", n'établit ni l'insuffisance des conditions de desserte de l'immeuble projeté par cette voie publique, ni le risque pour la sécurité des usagers de cette voie ou pour celle des personnes utilisant cet accès. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article UH 7 du règlement du plan local d'urbanisme : " L'implantation des constructions devra tenir compte de l'orientation, de la topographie des lieux et de l'implantation des constructions voisines. / I - Règles générales / 1) Les constructions sont autorisées sur les limites séparatives ou en retrait à l'exception de la limite formant fond de parcelle par rapport à laquelle un retrait sera obligatoire. / Dans un souci d'harmonie, les constructions édifiées en limite séparative en application des règles précédentes devront, se rattacher aux constructions voisines si celles-ci sont déjà implantées en limite. La longueur de chacun des pignons en limite séparative ne pourra excéder 15 m. A seront pas pris en compte dans la longueur du pignon, les murs des rez-de-chaussée de moins de 3,50 m de hauteur dès lors qu'ils sont situés dans la bande de 15 m comptée à partir de l'alignement des voies ou de la marge de recul figurée au Plan, cette bande étant portée à 18 m pour les terrains en bordure de la rue de Paris. () / II - Règles particulières / Les règles générales pourront être légèrement modifiées : () / pour tenir compte de la configuration des parcelles ou de la nature du sol ou pour permettre l'amélioration des constructions existantes (en limite séparative le mur pignon éventuellement généré ne pouvant excéder 15 m.) () ".

15. Alors que M. D n'établit pas, ni même n'allègue que le projet autorisé ne respecterait pas les règles générales prévues par ces dispositions, il soutient que le maire de Charenton-le-Pont aurait dû faire application des règles particulières qu'elles prévoient en imposant une longueur de mur pignon en limite séparative inférieure à dix-huit mètres afin d'éviter d'amoindrir la solidité du mur mitoyen de faible épaisseur avec présence de tourelles qu'il partage avec la construction existante destinée à être démolie. Toutefois, la circonstance invoquée par le requérant tenant à la fine épaisseur du mur du restaurant qu'il exploite, à la supposer établie, n'est pas au nombres des hypothèses permettant au projet de déroger aux règles générales précitées de l'article UH 7 du règlement du plan local d'urbanisme. Au surplus, les autorisations d'urbanisme étant délivrées sous réserve des droits des tiers, il n'appartient pas à l'autorité administrative de vérifier si le projet respecte les autres règlementations et les règles de droit privé. Dès lors que les risques que pourraient faire peser la réalisation du projet sur le mur mitoyen relèvent non de la méconnaissance des règles fixées par l'article UH 7 précité, mais de la méconnaissance de règles de droit privé, il appartient au requérant, s'il l'estime utile, de faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH 7 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

16. En septième lieu, aux termes de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'aspect extérieur des constructions et aux aménagement des abords : " () Toute nouvelle construction devra conserver le rythme architectural des bâtiments existants dans le secteur () ".

17. Si M. D allègue que, de par ses dimensions, le projet en litige ne s'insérera pas harmonieusement dans son environnement, en méconnaissance de ces dispositions, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies de l'environnement proche et lointain " PC 8 ", ainsi que des documents d'insertion " PC 6 " joints à la demande de permis de construire, que le secteur d'implantation du projet, et plus particulièrement la rue de Paris, se caractérise par une succession d'immeubles de type R+4 ou 5 qui ne présentent pas de caractéristiques architecturales particulières, de sorte que le futur bâtiment, au gabarit similaire et à l'aspect extérieur classique, s'insérera dans cet environnement. Dans ces conditions, la seule circonstance que ce projet serait mitoyen d'une construction ne comprenant pas d'étage ne remet pas en cause le rythme architectural des bâtiments existants dans le secteur. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UH 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Charenton-le-Pont, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant dans l'instance enregistrée sous le n° 2200027 doivent être rejetées

En ce qui concerne l'arrêté de transfert du 12 mai 2022 :

19. Le permis de construire n'est pas délivré en considération de la personne qui en devient titulaire. Lorsque, pendant la période de validité d'un permis de construire, la responsabilité de la construction est transférée à une autre personne, il n'y a pas lieu pour celle-ci de demander la délivrance d'un nouveau permis mais simplement le transfert du permis précédemment accordé avec l'accord du propriétaire du terrain et, le cas échéant, l'accord du titulaire de l'autorisation s'il n'est plus propriétaire du terrain à la date de la demande de transfert. L'autorisation de transfert est subordonnée à la condition que le permis de construire soit toujours en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente se prononce sur son transfert.

20. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C E. Dans ces conditions et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

21. En deuxième lieu, il ressort du formulaire Cerfa joint à la demande de transfert du permis de construire que la SAS Provini Arsan a bien autorisé le transfert de ce permis dont elle était bénéficiaire au profit de la SCCV 162 rue de Paris. Dans ces conditions, les erreurs et omissions dans les visas étant sans incidence sur la légalité des décisions administratives, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un vice de forme au motif qu'elle ne vise pas l'accord du titulaire initial du permis de construire.

22. En troisième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 19, l'autorisation de transfert d'un permis de construire est seulement subordonnée à la condition que le permis de construire soit toujours en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente se prononce sur ce transfert. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur de droit au motif que le permis de construire du 7 juillet 2021 n'était pas devenu définitif doit être écarté.

23. En quatrième lieu, si M. D soutient que l'arrêté de transfert du permis de construire doit être annulé par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté délivrant le permis de construire initial, il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant tendant à l'annulation de ce dernier arrêté doivent être rejetées. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, qui manque en fait, doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D dans l'instance enregistrée sous le n° 2206806, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Charenton-le-Pont qui n'a pas la qualité de partie perdante dans les présentes instances. Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. D une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Charenton-le-Pont, une autre somme de 1 000 euros à verser à la SAS Provini Arsan et une dernière somme de 1 000 euros à verser à la SCCV 162 rue de Paris au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2200027 et 2206806 sont rejetées.

Article 2 : M. D versera une somme de 1 000 euros à la commune Charenton-le-Pont, une autre somme de 1 000 euros à la SAS Provini Arsan et une dernière somme de 1 000 euros à la SCCV 162 rue de Paris sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à la commune de Charenton-le-Pont, à la SAS Provini Arsan et à la SCCV 162 rue de Paris.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. G, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. G

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2200027, 2206806

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